Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Hazan publie un livre d'images sur "Raphaël par le détail" signé par Stefano Zuffi

Mort en 1520, l'artiste aurait dû avoir son "année" en 2020. Il n'en est resté que des bribes. Parmi elles figure cet ouvrage, pensé en Italie pour le grand public.

La couverture du livre, avec le haut du "Saint Michel" au Louvre.

Crédits: RMN.

Il devait avoir son «année» en 2020. Elle est pratiquement tombée à l’eau. Des manifestations centrées sur Raphaël (1483-1520) à l’occasion du cinq centième anniversaire de la mort, il n’a pas subsisté grand-chose. La grande rétrospective des Scuderie del Quirinale de Rome a certes eu lieu, mais dans des conditions de visite épouvantables. Elles n’ont pas rebuté les 162 000 clients. Le château de Chantilly, qui ne peut ni prêter ni accueillir d'oeuvres, a effectivement sorti ses tableaux et ses dessins du maître. Mais là dans le désert. La National Gallery de Londres a annulé son exposition. Heureusement que Vienne avait pris de l’avance pour montrer ses feuilles graphiques à l’Albertina, histoire de griller tout le monde. Là au moins, il a pu y avoir la foule.

Le front du portrait de Margarita Gonzaga des Offices. Photo DR.

L’«année» aurait dû remettre en selle l’artiste, considéré comme «le peintre des peintres» depuis Giorgio Vasari. Ce dernier a publié ses «Vies» une première fois en 1550, la seconde en 1568. Cette faveur a traversé les siècles, confinant au fétichisme. Ingres a ainsi glissé dans le tapis du trône, sous son Napoléon de 1806, une image stylisée de «La Vierge à la chaise» (considérée comme le chef-d’œuvre du maître). Elle n’avait bien entendu rien à faire là. Vers 1860, le public a pourtant commencé à préférer les primitifs italiens. C’était le début du déclin, du moins pour les amateurs cultivés. On s’est en compensation mis à préférer un autre Raphaël, celui des dessins à la sanguine. En 1983 pourtant, les commémorations des 500 ans de la naissance n’ont pas suscité d’enthousiasme démesuré. En 2012, le Louvre ne trouvait pas de «sponsor» pour financer l’arrivée à Paris de l’exposition «Raphaël, Le dernières années», montée à Madrid par le Prado. Le richissime directeur de l’institution Henri Loyrette avait dû taper à la porte du cabinet familial.

Des détails identifiables

Il peut donc sembler logique qu’avant même la pandémie, Raphaël n’ait pas suscité un délire éditorial. Il y a eu peu de livres en français, d’autant plus que le pays se limitait à la petite présentation de Chantilly. C’est pour cette raison que je vous cite «Raphaël par le détail» de Stefano Zuffi, paru chez Hazan. Il s’agit bien sûr là d’une traduction, même si le texte se veut succinct. L’idée est bien sûr d’attirer le regard vers des fragments. On sait qu’elle est née en 1938 à la National Gallery de Londres, avec un ouvrage novateur de Kenneth Clark (1). Il y a cependant une nette différence. Il s’agit ici de détails importants. Identifiables sans peine. L’amateur un peu au fait des choses reconnaîtra facilement un morceau de «La messe de Bolsène» dans les Chambres du Vatican, le sein faussement recouvert de «La Fornarina»de la Galleria Barberini, la Vierge en pâmoison de «La Mise au tombeau» de la Galleria Borghese ou les petits anges de «La Madone Sixtine» de Dresde. Le livre ne va en effet pas plus avant afin de révéler le presque invisible.

Les célébrissimes angelots de la "Madone Sixtine" de Dresde. Photo DR.

Dans ce volume grand public, le texte demeure lui aussi volontairement basique. Il s’agit de fixer des dates, d'inscrire le peintre dans son cadre d’époque et de donner de lui un portrait vivant. On sait finalement beaucoup de choses sur cet homme, même s’il a vécu il y bien longtemps. Stefano Zuffi écarte de sa sélection l’œuvre graphique. C’est un choix. La qualité des reproduction se révèle très inégale. Il s’agit là d’une fatalité. Certaines images n’auraient cependant pas dû selon moi passer la rampe. Mais il faut dire que la «Madone Sixtine», iconographiquement indispensable, reste un tableau particulièrement jauni…

(1) «Hundred Details from the National Gallery», un ouvrage souvent imité depuis.

Pratique

«Raphaël par le détail» de Stefano Zuffi, aux Editions Hazan, 224 pages. La même maison a publié «par le détail» Léonard de Vinci, Van Eyck, Vermeer, Le Caravage ou Jérôme Bosch.

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