Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Grassi et Punta della Dogana. Bruno Racine dirigera la Fondation Pinault à Venise

La nomination soulève le problème de ces parcours trop ciblés en France. Racine a déjà presque tout obtenu. Ce pays reste celui des énarques et des cooptations.

Bruno Racine en 2010. Il coiffait alors la Bibliothèque Nationale.

Crédits: DR

C’est dans l’ordre des choses. Alors que la Fondation Pinault de Paris est en instance d’ouverture dans l’ancienne Bourse de Commerce, il fallait bien que quelqu’un s’occupe du Palazzo Grassi et de la Punta della Dogana. Martin Béthenod ne peut pas tout faire. Sachez donc que les deux lieux d’expositions vénitiens seront dirigés par Bruno Racine, 68 ans. Une jolie fin de carrière pour un homme qui aura su cocher toutes les cases justes. Il ne lui a manqué que l’Académie française, puisque le monsieur se pique de littérature. Il a ainsi écrit une bonne demi douzaine de romans. En vain pour ce qui est de la postérité. Les immortels n’ont pas voulu de lui l’année dernière.

Cette désignation donne pourtant matière à réflexion, surtout à l’heure actuelle. Elle constitue en effet la caricature d’une certaine France. Je n’ai rien contre Bruno Racine, que je ne connais d’ailleurs pas. Mais son itinéraire me fait tout de même tousser. Fils d’un Conseiller d’Etat, il a accompli ses études secondaires à Louis-le-Grand. L’un des lycées où il faut avoir usé ses fonds de culottes pour réussir ensuite dans la vie. L’adolescent est ensuite entré à l’Ecole normale supérieure, dont il n’est sorti que pour intégrer l’ENA, ou Ecole nationale d’administration. Vous savez ce que je pense des énarques. Le débutant a ensuite passé à la culture. Agrégation classique. Vous me direz qu’il porte le nom d’un grand dramaturge.

La Villa Médicis, Beaubourg...

Racine a ainsi pu intégrer le cabinet de Jacques Chirac, puis d’Alain Juppé. Il a dirigé les affaires culturelles de la Ville de Paris de 1988 à1993. Puis il a coiffé la Villa Médicis à Rome de 2007 à 2003. En quittant la Ville éternelle, il avait déjà un pied au Centre Pompidou, qu’il a présidé de 2002 à 2007. Est ensuite venue la Bibliothèque nationale de 2007 à 2016. Je dois dire que les expositions qu’il y a consacrées à Sophie Calle et à Anselm Kiefer ont donné des réussites. Mais avouez tout de même qu’en France il y a un seul profil possible pour arriver au sommet. Tout repose sur les grandes écoles d’abord. La cooptation ensuite. Ou les réseaux, si vous préférez. Bref, ce qu’on reproche aujourd’hui à «la France d’en haut», avec ses «grands serviteurs de l’Etat». La France des premiers de classe, quoi, dont fait partie Emmanuel Macron. L’Angleterre, que nos voisins considèrent avec une moue outragée comme une société stratifiée, se montre souvent plus audacieuse dans ses choix. Neil McGregor était journaliste culturel (et ouvertement gay) quand elle lui a confié la National Gallery de Londres. Et le travesti Grayson Perry est «trustee» auBritish Museum.

Marié à Béatrice de Bégon de Larouzière-Montlosier, avec qui il a eu les quatre enfants faisant bien dans le paysage, Bruno Racine constitue ainsi le prototype même du notable. Avec une ouverture art contemporain. Bien sûr, le privé, ici incarné par François Pinault, fait ce qu’il veut, et l’homme possède sans doute des compétences. Mais on a tout de même l’impression qu’il pleut toujours où c’est mouillé. Quand la France tiendra-t-elle compte des profils atypique? Il serait ainsi temps, par exemple, que ses musées ne soient pas tous dirigés par des conservateurs du patrimoine, formatés comme des lapins en chocolat. Tous Français, comme de bien entendu! Et cela dans un pays où l’on met en avant la diversité. Diversité mon œil!

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