Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GNÈVE/Les Journées du patrimoine montreront "l'héritage du pouvoir"

Crédits: DR

«On va changer la manière de présenter les Journées du Patrimoine, qui existent depuis vingt-quatre ans à Genève, dont dix avec moi.» Vieux briscard de la politique et actuel maire de la Ville, Rémy Pagani cherche à produire son petit effet. Nous sommes réunis le jeudi 31 août dans le hall de la Mairie des Eaux-Vives. Un lieu qui fera partie de la tournée 2017, puisqu'elle est vouée à l'«Héritage du pouvoir». Il y a là la presse genevoise, c'est à dire bientôt plus personne, plus quelques fidèles. Les Journées possèdent à Genève, comme dans le canton de Vaud, une force d'attraction certaine même si certains chiffres triomphalistes ressemblent un peu aux exploits de Tartarin de Tarascon. 

«Il y a cette année à l'honneur toutes sortes de pouvoirs à analyser», explique à l'assistance Antonio Hodgers, le conseiller d'Etat en charge de l'aménagement, du logement et de l'énergie. "Il peut rester politique, bien sûr, mais aussi se montrer religieux." Le Vert insiste sur ses principaux vecteurs actuels. L'économie, bien sûr. Mais aussi les flux invisibles qui gouvernent désormais notre pensée. «Curieusement, ceux-ci s'affichent peu. Le pouvoir réel est aujourd'hui détenu par ceux qui se montrent le moins.» Effectivement, je n'ai pas encore entendu parler d'une tour Google ou Amazon. N'empêche qu'on restera cette année encore, la dernière placée sous la houlette de Babina Chaillot Calame («j'ai tenu quatorze ans et je pense que cela suffit»), sous le signe du classicisme. Rien que de très habituel que de montrer la cathédrale, le Palais de Justice ou le Palais Eynard, devenu le siège principal du Conseil administratif. Pas le moindre siège bancaire n'est prévu.

Une course à pied 

Bien sûr, il y aura aussi les chantier de l'année, qui rentrent au chausse-pied dans le thème 2017. Le Grand Théâtre connaît une longue et surtout coûteuse restauration. Le Passage des Lions, qui forma un haut-lieu du commerce de luxe juste avant la guerre de 1914, sort tout juste de travaux. Il y aura aussi quelques raretés au programme. Je pense à la Mairie de Plainpalais, moins spectaculaire que celle des Eaux-Vives, ou à l'Hôtel de l'Arquebuse, dont la vaste Salle de Rois est sortie de rénovation en 2014. «Les contre-pouvoirs ne seront pas oubliés», précisent les orateurs, dont fait bien sûr partie Philippe Beuchat, conseiller en conservation du patrimoine architectural. Des participants iront ainsi «Sur les traces du mouvement ouvrier», en partant du buste de Georges Favon. D'autres amateurs, sans doute plus pressés, participeront au premier JEPRUN. Entendez par là qu'ils regarderont des façades en courant à pied depuis les Bains des Pâquis. Les autorités semblent fiers de souligner cette adaptation aux temps modernes. Il me semble, mais je ne le dirai pas trop haut, que Genève aurait pu s'épargner ce genre de sottises. 

Mais il est temps de procéder à la visite. Ce sera celle du chef-d’œuvre de Léon Bovy, devenu politicien après 1914. Il faut reconnaître que cet énorme bâtiment, terminé en 1909, montre une commune (celle des Eaux-Vives, disparue par fusion en 1930) déployant des ambitions architecturales dont on chercherait vainement l'équivalent dans le cadre de la Genève actuelle. La petite troupe, précédées de Messieurs Pagani et Hodgers, entraîne les hôtes jusqu'au haut du beffroi, avant de redescendre dans une salle des mariage sur-décorée, avec des fresques où notre Edouard de Beaumont genevois joue les Puvis de Chavannes du pauvre. Paysages et allégories. Tandis que les discours se prolongent, je me dis qu'il faudrait peut-être un jour penser à des Journées non pas thématiques, mais par artiste. Pourquoi pas un parcours Léon Bovy? Il nous aurait ensuite fait passer par les immeubles «Heimatstil» du boulevard des Tranchées, de Longemalle de l'avenue de la Gare-des-Eaux-Vives. Ce serait à la fois plus cohérent et plus patrimonial, même si (un affreux doute m'assaille) Bovy n'a peut-être jamais été classé (1).

Programme consensuel 

Voilà pour l'édition 2017, dont je vous avais du reste déjà parlé début août. Tout baigne ici dans le consensuel et l'autosatisfaction. En fait, une révolte gronde. Mais vous le savez déjà, après avoir lu qu'il y aura pour la première fois à Genève des contre-journées. Celles-ci se renouvelleront-elles d'année en année?

(1) Cet historicisant n'est pas l'un des chouchous des architectes actuels, qui lui préfèrent les Braillard, soutenus il est vrai par leurs descendants, ou Marc-Joseph Saugey, dont je viens de vous parler. Il leur faut bien se chercher des pères.

Pratique

«Journées du patrimoine», samedi 9 et dimanche 10 septembre. Il existe une brochure carrée qui dit tout sur les cantons romands. Sites www.venezvisiter.ch et www.patrroineromand.ch La plupart des visites sont guidées. Certaines limitent le nombre des participants. 

Photo (DR) La Mairie des Eaux-Vives, l'un des sommets genevois de cet «Heimatstil», ou style patriotique, qui a fleuri entre 1900 et 1914.

Prochaine chronique le mercredi 6 septembre. L'Hôtel de Caumont, à Aix-en-Provence consacre une rétrospective au peintre impressionniste Alfred Sisley.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."