Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Giverny veut faire entrer la musique électro chez Monet

Tout est désormais mis en place pour gagner de nouveaux publics. D'où des dérapages comme celui-ci. C'est l'oeuvre du nouveau directeur Cyrille Sciama.

Cyrille Sciama lors d'une exposition impressionniste qu'il avait organisée à Nantes.

Crédits: 20 Minutes France.

C'est désormais une tendance lourde. Les musées les plus traditionnels se mettent à battre la campagne. Ils sont à la recherche d'un nouveau public, ce qui excuse apparemment tout. Je viens ainsi d'apprendre que Giverny, institution axée autour de Claude Monet (dont le domaine s'est vu reconstitué quasi de toutes pièces), allait se mettre à l'électro. Le temps d'un soir, est-il précisé. Mais il semble clair que l'expérience se verra rééditée, ce qui ne sera sans doute pas le cas de «Ma nuit au Louvre». Un couple choisi au hasard avait pu dormir au champagne en compagnie des chefs-d’œuvre.

«Dès sa nomination en juin 2019, Cyrille Sciama (1), directeur du Musée des impressionnismes Giverny, exprimait son souhait de dynamiser la programmation de l’institution. C’est maintenant sur les rails», explique l'attaché de presse. Un premier rendez-vous se voit donné au public le samedi 5 octobre. De 20 à 23 heures, les gentils organisateurs vont convier les foules à danser dans le hall au rythme de sonorités Deep House. La programmation musicale sera assurée par M. A. Brains, un «collectif caennais habitué du Cargo (scène de musiques actuelles) et de festivals». Deux de ses membres seront aux platines, Etherea Structure et Fred H. «Ils proposeront respectivement un live et un dj-set aux sonorités planantes et dansantes.» Une phrase bien tarte termine le communiqué.«Cyrille Sciama affirme souhaiter un musée ouvert sur la société, convivial et festif, en étant à la fois exigeant et pédagogique.» En voilà un qui n'a pas peur des contradictions!

Un but social

Il est clair que de genre de dérapages va se multiplier. On ne peut pas dire que Monet soit vraiment électro. Mais tout se voit aujourd'hui fait pour conquérir des parts de marchés, notamment chez les jeunes. Ceci au risque de perdre la clientèle traditionnelle, comme le fait en ce moment le Louvre en se vendant au tourisme extrême-oriental. Nous arrivons de plus à un moment de changements de génération à la tête des principales institutions. Elles passent aux mains de gens du contemporain n'ayant que faire du patrimoine et des collections. Ils subissent en plus la pression des biens-pendants, pour qui le musée est moins axé sur une collection que sur les visiteurs. Son but est désormais avant tout social. Avec ce que cela suppose. Un directeur de ma connaissance doit se battre pour contrer la proposition d'une de ses subordonnées. Elle voudrait qu'une salle au moins soit occupée par des migrants afin qu'ils puissent discuter au calme de leurs problèmes.

Pendant ce temps, les musées privés, eux, voient le problème à l'envers. Il leur faut toujours plus de visiteurs, certes, mais pour remplir les caisses...

(1) Cyrille Sciama était auparavant à Nantes. Cela dit, il s'agit vraiment d'un spécialiste de la peinture française de la fin du XIXe siècle. On verra bientôt en France son exposition sur James Tissot.



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