Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Piguet va mettre aux enchères une partie de la collection Givaudan

Crédits: Piguet, Genève

Les ventes aux enchères, c'est pour mars à Genève. Il n'y aura cette fois pas de Genève Enchères. La jeune maison se réserve pour mai. Quant à Koller, il s'agit dans notre ville d'une tournée de promotion. Les «highlights», comme on dit dans le jargon commercial, seront à l'Athénée le mercredi 1er mars et le jeudi 2 de 10 heures à 18 heures. Il devrait y avoir là des tableaux et des dessins, des livres et des manuscrits, du mobilier et de l'argenterie, de la céramique et de la joaillerie. Le tout devra tenir sur quelques mètres carrés. Il repartira ensuite à Zurich, où les vacations se dérouleront courant mars. 

Le gros morceau local sera donc Piguet, ex-Hôtel des Ventes. Menu habituel. En hors-d’œuvre la maroquinerie. En plat de résistance les meubles et les tableaux. Les montres et bijoux en guise de dessert. Pas de grande collection annoncée comme telle, cette fois. Le contenu de la Villa Balkany de Prangins reste pour mai, et ce sera une «house sale» comme on dit dans le métier. J'ai cependant noté sur le site, où le contenu des ventes des 13, 14, 15 et 16 mars est apparu le samedi 25 février, la provenance commune des objets phares. Ils ont appartenu à Xavier Givaudan (1867-1966). Ce Lyonnais a créé avec son frère Léon sur France la société Givaudan. Les établissements se verront transférés à Vernier en 1916. L'homme avait réuni une importante collection de peintures, des meubles et d'objets du XVIIIe siècle. Aujourd'hui très daté, son goût restait encore celui des frères Goncourt sous Napoléon III et de Jacques Doucet avant 1912, quand le couturier passa au contemporain.

Fragonard et Boilly 

Qu'y a-t-il dans cet ensemble comme on n'en réunirait sans doute plus aujourd'hui, même si Jean Claude Gandur s'intéresse aussi au mobilier du XVIIIe? J'ai noté trois dessins à la sanguine, un de Fragonard (40 000-60 000) et deux d'Hubert Robert (15 000-20 000 chacun). Il y a aussi, dans les tableaux, une scène de genre peinte par Boilly, «La tendresse conjugale» (60 000-80 000). Parmi les objets d'art figurent deux bougeoirs attribués au bronzier Pierre Gouthière (à qui le Musée des arts décoratifs de Paris consacrera une exposition dès le 16 mars). Ils se voient prisés entre 50 000 et 80 000. Un couple de candélabres, coulée des vers 1800, se retrouve estimée entre 50 000 et 80 000 également. Une ravissante paire de luminaires mêlant le bronze et les porcelaines de Meissen et de Vincennes, ne devrait, elle, atteindre qu'entre 30 000 et 50 000. Notons que toutes les œuvres Givaudan jouissent d'un «pedigree» irréprochable. Toutes les factures figuraient encore dans les archives familiales. 

Entre une avalanche de tapis et une autre d'argenterie, je vois encore plusieurs choses à signaler dans des genres divers. Elles vont d'un bronze de François Pompon du début des années 30, un grand duc (18 000-22 000), à un grand dessin de Diego Rivera représentant des mineurs de fond (15 000-20 000). Le tout en passant par des photos très «bling bling» d'Ellen von Unwarth (4000-7000). Comme toujours, il y aura beaucoup de choses à des petits prix. Certains objets valent peu parce qu'ils demeurent modestes. D'autres sont tout simplement tombés en défaveur. J'ai ainsi vu de la porcelaine de Nyon, que se seraient arrachées nos grands-mères, à 150 ou 250 francs. Dans la peinture suisse tout ce qu'il y a de plus honorable, un Karl Girardet devrait s'obtenir entre 600 et 800 francs. Même montant attendu pour un Albert Lugardon. Tout en XIXe siècle descend vraiment au Purgatoire. J'ai même relevé un beau paysage de Pierre-Louis de La Rive, daté 1808, dans son cadre, avec les mentions «de 6000 à 9000». Il aurait atteint le décuple il y cinquante ans.

Pratique 

La vente principale sera bien entendu doublée d'une autre, silencieuse. Le public visitera les vendredi 10, samedi 11 et dimanche 12 de 12 à 19h. L'adresse reste toujours le 51, rue Prévost-Martin. Tél. 022 320 11 77, site www.hoteldesventes.ch Le catalogue devrait bientôt sortir de presse. C'est plus facile de regarder le papier que le site.

Photo (Piguet): "La tendresse conjugale" de Boilly, provenant de la collection Givaudan. Un détail.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."