Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Olafur Eliasson se retrouve en petit format à l'Espace Muraille

Crédits: RTS

En 2003, les visiteurs du Turbine Hall de la Tate Modern, inaugurée trois ans avant, recevaient leur premier choc visuel. Il s'agissait du «Weather Project» d'Olafur Elisasson. Un énorme soleil rouge semblait se coucher au fond de l'ancienne usine électrique. C'était effectivement électrisant. 

Né en 1967, le Danois d'origine islandaise est devenu depuis une de ces stars internationales que les biennales ou les grandes entreprises s'arrachent. Un coup à Venise. Un autre chez Vuitton à New York. L'artiste offre le mérite de proposer à la fois un concept esthétique, une réflexion intellectuelle et une mise en scène. Il y a d'ailleurs belle lurette qu'il ne reste plus tout seul. Ce chef d'entreprise dirige aujourd’hui une équipe de quatre-vingts ou cent personnes, comme Damien Hirst ou Jeff Koons. La différence réside sans doute dans la prétention philosophico-écolo-scientifique du monsieur. Le produit se voit ici emballé dans toutes sortes de considérations fumeuses sur la perception et la relativité du réel. Après tout, pourquoi pas?

Produits dérivés 

Basée sur «le questionnement, la recherche et l'expérimentation» (je cite ici un peu de littérature sur lui), la production d'Eliasson ne saurait se contenter des énormes pièces produites pour un musée ou une biennale. Il lui faut des produits dérivés. Je ne veux pas dire pas là que l'homme donne dans les T-shirts ou les sacs (je vous rappelle que Koons a fait des sacs!). Il réalise ou fait réaliser des pièces de plus petites dimensions, pouvant trouver place dans des appartements «arty». Le nom d'Eliasson donne une solide caution morale. C'est le gage d'une culture à la fois actuelle et progressiste. Il faut bien cela pour faire passer certaine choses évoquant l'op-art des années 60. 

L'Espace Muraille, qui se trouve à Genève sous une belle maison du XVIIIe de la rue Beauregard, propose aujourd'hui seize pièces d'Eliasson, réparties entre un rez-de-chaussée donnant presque de plain-pied sur les Casemates et son sous-sol. On connaît le lieu, financé par Caroline et Eric Freymond. Un couple de collectionneurs d'art contemporain haut de gamme. Les Genevois ont déjà pu voir grâce à eux des artistes comme Sheila Hicks ou Monique Friedman. Eliasson y est représenté par des aquarelles (lavis résultant de la fonte d'un fragment glaciaire, bien sûr!) comme par des boules transparentes jouant avec l'optique.

Lumière stroboscopique 

Le plus original de cette exposition initiée par Laurence Dreyfus se trouve néanmoins à la cave, derrière un rideau noir. Il y a là trois pièces jouant de l'eau et de la lumière stroboscopique (1). Le visiteur voit, tout en voyant pas. En fait, il devine et il ressent. Ces apparitions lui brûlent la rétine. Il s'agit là d'«Objects defined by activity». Ils font comme il se doit le titre de l'exposition. Le seul instant où tout se perçoit avec précision se situe sur le carton d'invitation ou sur les affiches. Il y en avait du reste une énorme, il y a quelques jours, à l'entrée d'Artgenève. On dirait à ce moment-là une fontaine figée. 

(1) Il faut évidemment supporter la lumière stroboscopique!

Pratique

«Olafur Eliasson, Objets définis par l'activité», Espace Muraille, 5, place des Casemates, Genève, jusqu'au 28 avril. Tél. 022 310 42 92, site www.esapacemuraille.com Ouvert du mardi au vendredi de 10h à 12h et de 13h à 18h.

Photo (RTS): Olafur Eliasson. Un chef d'entreprise dirigeant presque cent personnes.

Texte intercalaire.

 

 

 

 

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