Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/"No' Photo" jouera en octobre le rôle d'une nuit du 8e art

Crédits: Leila Alaoui

Cela devait arriver. La chose va donc se produire. Genève connaîtra sa première nuit de la photo les 14 et 15 octobre, puisqu'il y aura l'avant et l'après minuit. Lausanne organisait depuis longtemps la sienne fin juin dans les jardins de l'Elysée. La Chaux-de-Fonds possédait une manifestation analogue en février (brrrrrrrrrrrr!). Il fallait donc que notre cité développe un projet similaire. La Ville n'en finit pas de courir après ce que font les autres, si possible en plus touffu et en plus gros. Avec son content de morale, en prime. Le samedi 14 et le dimanche 15 se révéleront ainsi aussi multiculturels que possible avec ce qu'il faut de migrants, d'internationaux et de Droits de l'homme pour avoir le Ciel avec soi. Le tout étant comme il se doit conçu dans une «Ville durable». 

Difficile d'intituler le tout «Nuits de la photo»! Partenaire de l'opération, l'Elysée lausannois aurait pu se froisser même, si sa directrice Tatyana Franck arbore un visage lisse en toute circonstance. Ce sera donc «No' Photo». Et pourquoi donc? Suivi jeudi 21 septembre par une foule d'orateurs , Sami Kanaan s'en est expliqué lors d'une conférence de presse au Palais Eynard, «un lieu symbolique, vu que Jean-Gabriel Eynard constitue l'un des pionniers du 8e art» (1). «Le titre a été choisi pour sa polysémie. Il s'agit aussi de dire non à l'omniprésence de l'image, dont l'espace public se retrouve aujourd'hui envahi. Ou plutôt de lui donner une réponse. «No Photo» constituera un bref espace culturel face au flot marchand.»

Ambitions multiples 

En fait, comme toujours sous nos latitudes, Genève multiplie ici ses ambitions. La nuit veut à la fois promouvoir la création locale, «très riche», et refléter l'abondance des collections municipales, qui débordent à tous les sens du terme. «Elles formaient déjà le socle de l'exposition «Révélations» du Musée Rath.» Il y aura donc de nombreuses expositions éphémères, mais aussi des rencontres, des tables rondes, des projections et des films, plus deux studios avec un «programme participatif», poursuit le magistrat. N'en jetez plus! L'annonce du programme, paraphrasé ensuite au micro par Véronique Lombard, coordinatrice et responsable de l'Unité public et promotion (sic!), m'a ainsi parue interminable. Il est clair que chacun («et chacune» puisque nous sommes à Genève) devra opérer ses propres choix. Irai-je à l'Alhambra, au BAC, au MEG ou au Bastions? Notez qu'il sera toujours possible de passer d'un point à un autre en vélo-taxi (2). 

Que dire de plus? Que l'Alhambra se focalisera sur la migration et les territoires. Que l'art contemporain, en bonne logique se retrouvera au BAC (3). Que les droits humains se verront rappelés à l'Auditorium Arditi. Les collections patrimoniales seront reflétées au MEG. Les créateurs locaux se retrouveront en famille au Grütli. Les habitants, les plus nombreux, finiront enfin au Musée Rath, sorti de son coma pour l'occasion. L'exposition s'annonce bourrative. «Genève, Sa gueule» ne contiendra pas moins de 1500 portraits. Indigestion garantie. Pourquoi pas 15 000 pendant qu'on y était? Notez que les visiteurs auront ici davantage de temps puisque, ouverte le 14 octobre, la manifestation ne fermera ses portes que le 29.

Des noms, des noms...

Peut-être faudrait-il donner pour terminer quelques noms? En voici. Parmi les Genevois, je citerai des gens comme Steeve Iuncker, Jean Revillard, Magali Girardin ou Daniel Winteregg qui rappelleront l'existence, aujourd'hui bien menacée, du photo-reportage. Fred Boissonnas pourra jouer les grands ancêtres avec son travail sur Emile Jaques-Dalcroze, qui est aussi l'un de ses sujets les plus connus. Côté international, puisque «No' Photo» a aussi envie de s'ouvrir sur l'extérieur, je vois Gianni Motti, Harry Gruyaert ou Leila Alaoui. Il y aura de quoi faire dans cet Arles-express, splendeurs architecturales en moins. Je doute cependant que la soirée suffise à faire de Genève une capitale du 8e art. Tiens, à ce propos, je ne vois pas traces de la Fondation Auer d'Hermance dans le programme... Ellel fait pourtant du bon travail. Aurais-je mal regardé? 

(1) Cela dit la grande exposition Eynard, prévue pour Genève et à l'intention de laquelle des fonds (notamment privés) avaient été débloqués, n'a jamais eu lieu dans notre ville.
(2) Mais attention, il n'y aura que deux vélos!
(3) BAC signifie, je le rappelle, Bâtiment d'art contemporain.

Pratique

«No' Photo», divers lieux dans Genève, du samedi 14 octobre à 17 heures au dimanche 15 octobre à 2h. Site www.nophoto.ch Il existe aussi une petite brochure n'ayant pas le luxe du catalogue de «La nuit de la photo» de La Chaux-de-Fonds.

Photo (Leila Alaoui): La photographe, victime d'un attentat en novembre 2013, a documenté la vie de migrants syriens au Liban.

Ce texte remplace la chronique romaine prévue pour le vendredi 22 septembre. Le samedi 23 je vous parlerai de la nouvelle foire "Trésor" à Bâle.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."