Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Marc Bauer va illustrer la Bible pour le Musée de la Réforme

Crédits: RTS

Comme John Armleder, Mai-Thu Perret et Vidya Gastaldon, Marc Bauer va donc illustrer la Bible qui s'imprime à la main, page après page, sur la presse du Musée international de la Réforme depuis le 4 juin. C'est l'occasion de retrouver un artiste rare à Genève, où il est pourtant né en mai 1975. Je me souviens juste de «L'espèce de chose nommée mélancolie» au Mamco, en 2009. Deux ans plus tôt, il y avait déjà eu «L'histoire de la masculinité» chez Attitudes, un lieu plus marginal. La Suisse romande a peu suivi, à part Pully et Vevey, dont le Musée Jenisch présentait il y a quelques mois «Le bal». Une suite de dessins très figuratifs sur un collectionneur imaginaire vivant et spoliant sous l'Occupation. L'amour de l'art fait souvent fi de ce qu'on appelle aujourd'hui l'éthique. 

Marc Bauer était au Musée de la Réforme pour lancer l'opération. Présence discrète. Ce n'est pas un monopolisateur de projecteurs. Son truc, c'est de raconter des choses. A sa manière. «Qu'il s'agisse d'une histoire personnelle ou de l'Histoire, c'est une réécriture. Ce n'est donc qu'une question de point de vue, tout comme la morale», disait du reste le texte introductif du Mamco. Comme bien d'autres créateurs de sa génération, Marc pratique avant tout le dessin «sur papier ou sur film, puisque je fais aussi, tout seul, du dessin animé.» Il a passé par l'école d'art genevoise. «Elle s'appelait à l'époque l'ESAV. Pas encore la HEAD, qui est devenue une chose énorme». Puis il a suivi une autre filière à Amsterdam. L'homme «vit et travaille» depuis longtemps à Berlin. Comme tout le monde, serais-je tenté de dire. A l'actuelle Biennale de Venise, les participants ont beau venir du monde entier. Innombrables se révèlent ceux qui possèdent un atelier dans la capitale allemande. «Il faut dire qu'il reste encore facile d'en trouver un, dans un quartier restant, ou redevenu, peu à la mode.»

Un homme de séries

«Je produis avant tout des séries», explique Marc Bauer. «J'en conduis en principe plusieurs de front.» Et pourquoi donc? «Parce qu'il m'est toujours pénible d'en terminer une. C'est un moment dépressif, un peu comme après un accouchement.» Il y a donc toujours celle qui reste par bonheur inachevée, en attendant une nouvelle à naître. Le principe d'une suite, parfois assez longue, de dessins ne va pas sans poser des problèmes de diffusion. Comment éviter de la fragmenter? C'est ainsi que Marc, qui travaille cependant avec une bonne galerie, préfère collaborer avec des institutions. «Elles m'achètent un ensemble, et je sais qu'elles ne le revendront pas.» Ne vous attendez donc pas à retrouver une feuille sur ce qu'on appelle le «second marché». «Les privés conservent également ce qu'ils ont acquis de moi. Heureusement!» Je précise que le prix d'une feuille de Marc Bauer reste moyen par rapport à ce que l'on voit aujourd'hui. «Elle tourne aux environ de 5000 francs.» 

L'Histoire constitue donc le thème d'inspiration majeure. Une Histoire sombre, où la période 39-45 revient souvent. La forme demeure réaliste. On constate du reste (il suffit d'aller chaque mois de mars au salon «Drawing Now» de Paris) que c'est aujourd'hui une tendance, voire même la tendance. Nous sommes aux antipodes des avant-gardes. Marc Bauer fait pourtant partie d'un jury distribuant des bourses. «Nous sommes cinq à décider. Nous voyons énormément de choses. Il s'agit de trancher, en deux étapes, afin de refléter le meilleur de la création dans sa diversité.» Notre homme se sentira donc à l'aise pour mettre la Bible en images. Des illustrations qui se révéleront sans doute très différentes de celles de ses trois coéquipiers. «Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père», lit-on sous Jean 14:2. 

Photo (RTS): Marc Bauer devant une des ses œuvres.

Ce texte intercalaire complète celui sur le Musée international de la Réforme.

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