Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les objets Givaudan du XVIIIe se sont bien vendus chez Piguet

Crédits: Piguet, Genève

Je me demandais. Je m'interrogeais. Je me questionnais. Comment allait marcher chez Piguet, ex-Hôtel des Ventes, la dispersion des meubles, tableaux et objets collectionnés au début du XXe siècle à Genève par les frères Léon et Xavier Givaudan? Tout cela me semblait charmant, certes, mais justement un peu trop. C'était du XVIIIe siècle pur sucre, tel que nos contemporains ne l'apprécient plus guère. 

Eh bien, tout a marché! Et souvent largement au dessus des espérances. Je n'étais pas à la séance vouée aux meubles et objets. Elle a été dominée (j'ai été me rancarder) par la superbe paire de luminaires de table en porcelaine de Meissen et de Vincennes sur une terrasse de bronze doré d'un Louis XV comme il n'est pas permis. Du vrai rococo. Prisée prudemment entre 30 000 et 50 000 francs, elle en a réalisé 130 000. Une somme à laquelle il conviendra d'ajouter vingt pour-cent d'échutes et les taxes. Notons à ce propos que la Suisse reste plus indulgente que la France, où la maison Millon facture trente pour-cent de taxes pour un service à peu près nul. La paire de candélabres Louis XVI attribuée à François Rémond est restée entre les clous, si j'ose dire. Estimation entre 50 000 et 8000. Prix au marteau (soit sans les taxes) 65 000. Je vous signale au passage, pour rester dans l'ameublement, que l'hyper kitsch coiffeuse en cuir fuchsia du sellier genevois Gautier est partie pour 1700 francs, légèrement au dessus de l'estimation haute, alors qu'elle semble en parfait état et en coûte 35 000 à la commande (1).

Prix énorme pour un Fragonard 

Les tableaux, maintenant. Estimée entre 60 000 et 80 000 francs, «La tendresse conjugale» de Louis-Léopold Boilly (avant 1819) a atteint 100 000 au marteau. Le dessin à la sanguine de Fragonard, dont la maison attendait entre 40 000 et 60 000 francs, a crevé le plafond à 220 000, soit à environ 270 000 tous frais compris. Un des deux dessins à la sanguine d’Hubert Robert (prisés entre 15 000 et 20 000) est monté jusqu'à 78 000 au marteau, le second se contentant de 68 000. Ils n'avaient pourtant d'exceptionnels qu'une provenance remontant jusqu'à la succession du peintre, mort en 1808. Je m'arrêterai là, en constant que Piguet parvient encore à écouler du moderne qui ne l'est plus trop comme Valtat, Vlaminck ou Tobiasse. D'une manière générale, le taux de lots vendus, qui avait connu un petit creux ici à la fin de l'an dernier, demeure étonnamment haut par rapport à ceux des maisons suisses alémaniques ou parisiennes. Il subsiste donc des clients pour une marchandise aujourd'hui démodée. C'est finalement bon signe. 

(1) La dite coiffeuse n'avait, inutile de le dire, rien à voir avec les Givaudan.

Photo (Piguet): Les luminaires en Meissen, Vincennes et bronze dorés vendus 130 000 francs au marteau.

 

 

 

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