Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Les Bains, qui organisent jeudi leur nuit, se portent plutôt mal

Crédits: Tribune de Genève

C'est reparti avec le printemps! Le quartier des Bains propose sa première «Nuit» de l'année le jeudi 23 mars. Une nuit pensée pour les couche-tôt, même en comptant un ou deux «afters» chez Birdie, Ou bien Encore ou au Café des Bains (où il n'y a pas de risques que l'on me voie). Tout se terminera aux alentours de 21 heures. Autant dire qu'il s'agira de faire vite, les festivités commençant autour de 18 heures. 

La question récurrente qui se pose depuis quelques années est: «mais comment vont les Bains?» On sait que ce quartier, à la vie totalement artificielle, est né de l'installation de Pierre Huber, qui peu à peu se retire aujourd'hui, puis de l'ouverture du Centre d'Art contemporain et enfin du Mamco en 1994. Il y a ainsi eu la montée. Glorieuse. Les galeries s'inauguraient les unes après les autres, prenant la place des commerces de proximité. L'épicerie devenait lieu alternatif. Le bistrot populaire laissait place à une nouvelle gargote pour bobos, en changeant un peu le décor et beaucoup les prix. Tout ne marchait pas forcément. Mais dès qu'il y avait un mètre carré de libre, quel que soit le prix de location ou celui du pas de porte, un repreneur se présentait, prêt à se lancer dans l'aventure. Des esprits échauffés parlaient même d'un SoHo genevois. Mais, après tout, n'y avait-il pas existé auparavant un éphémère SoHo lausannois au Flon?

Une bulle

Il s'agissait plutôt d'une bulle, comme en économie. Il y a cinq ou six ans, les affaires ont commencé à ralentir. La tourne s'est accélérée. Phénomène connu. Guy Bärtschi, qui servait de locomotive et qui marchait du feu de Dieu, s'est installé à la route des Jeunes. Plus calme. Simon Studer allait au Port Franc. Analix Forever se rabougrissait. Faye Fleming quittait Genève. Evergreene mettait franchement la clé sous le paillasson, en ayant la chance de trouver l'international Ceysson pour reprendre sa boutique (1). Mezzanin succédait à Blancpain. Laurence Bernard à Tracy Müller. Même scénario chez Saks, relayé par Frédéric Ormond. L'une des dames des Saks, à ce que je me suis laissé dire l'autre jour, vend aujourd'hui des matelas. Carré Rouge était dévoré par Birdie. Personne ne prenait en revanche la succession de Charlotte Moser, obligeant la Ville à y installer le Centre d'édition contemporaine. Au moins l'énorme arcade ne restait-elle pas vide, même si le Centre donne plutôt dans le genre minimal. C'est un vide d'art. 

Aujourd'hui, on n'en reste plus là. Si le multinational Xippas s'est non seulement installé à Genève, mais y a ouvert un second espace, la baignoire est un peu vide, si je peux oser le jeu de mots. Depuis plus d'un an, la galerie de Mitterrand & Cramer cherche un nouvel occupant. Plus question de pas de porte, bien sûr. Guy Bärtschi, à qui l'endroit a été proposé, a préféré deux petits espaces au haut de la rue du Vieux-Billard pour Art Bärtschi & Cie. Libéré plus récemment, le magasin de Jancou reste tout aussi disponible. Rue Bergalonne, un lieu dont je n'arrive même pas à me rappeler le nom s'est évaporé dans la nature. Plus rien! Et il y a le reste... Rue du Vieux-Billard, l'énorme surface occupée jadis par Guy Bärtschi et reprise par un bureau de design, est à remettre. Tout comme la gigantesque agence immobilière de la rue des Bains (la CGI), dont une partie des locaux fut un temps occupée par Pierre Huber. Un comble! Ne pas arriver à relouer une agence de location...

Difficultés au quotidien 

Je finis donc par me poser des questions même s'il reste Art & Public, Skopia, Blondeau, ou plus loin, sur un boulevard d'Yvoy où personne ne passe jamais, Ribordy. Tout va-t-il si bien que ça? Fin janvier, Artgenève faisait bonne impression. C'était vraiment un joli salon. Certains y ont bien "travaillé", comme on dit dans le métier. Mais qu'en est-il de l'existence vie quotidienne des galeries, hors des soirs de vernissage? Ne subit-elle pas le sort de la vie commerciale genevoise, voire de la vie commerciale en général, qui va rétrécissant. Se virtualisant. S'il y aurait, à ce qu'on murmure, quinze commerce à remettre à Carouge, pourtant lieu de promenade par excellence, s'il se découvre des trous noirs de bouche édentée jusqu'à la Corraterie, si la Vieille Ville connaît de nouveaux problèmes (2), pour quelle raison les Bains se verraient-ils épargnés? Il s'agit d'une zone très calme en temps normal. Déserte en fin de semaine. Pourquoi demeurer là, surtout après un début d'année désastreux (les gens préfèrent dir "très calme") pour bien des commerces? 

Reste que les Bains font la fête ce jeudi 23 mars, que les galeries ouvertes soient ou non membres d'une association dont elles peinent parfois à payer les frais de gestion. Il y aura treize galeries et institutions publiques, plus trois lieux culturels en «in». Le reste, en «off», je ne sais pas trop. Je vous fais une case plus loin dans le déroulé un résumé de tout ça.

(1) Ce sont maintenant les Ceysson qui ont plié boutique, préférant tenter l'aventure à New York, en plus de Paris, Luxembourg ou Saint-Etienne (leur base d'origine). Le lieu a pu se relouer à une nouvelle galerie de tableaux, mais le moins qu'on puisse dire est qu'elle correspond peu aux standards de Quartier des Bains.
(2) Je vous résume. Sébastien Bertrand, qui avait repris comme seconde arcade l'ancienne galerie de Michel Foex, se concentre sur la rue du Simplon. Interart, une émanation de Daniel Malingue à Paris, ferme boutique. Daniel Besseiche a disparu sans demander son reste. Il y a des espaces à louer partout. L'encadreur Buchs, parti à Carouge, a trouvé une suite en la personne d'un galeriste qui n'a vraiment pas le niveau de l'Association Art en Vieille Ville (AVV).

Ce texte est suivi d'un petit complément sur le programme du jeudi 23 mars.

Photo (Tribune de Genève): La galerie Ceysson, qui n'existe aujourd'hui déjà plus. Elle est partie pour New York.

 

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