Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le "Swiss Pop" se revisite au Mamco comme au Kunsthaus d Aarau

Crédits: Mamco

Les idées flottent dans l'air. Il suffit de les saisir. Ainsi en va-t-il pour le pop-art suisse. Je viens de vous parler de «Swiss Pop Art», qui se tient au Kunsthaus d'Aarau. Le Mamco propose un aujourd'hui un autre accrochage sous le titre raccourci de «Swiss Pop». «C'est une proposition de Samuel Gross, de l'Institut suisse de Rome, qui vient d'organiser une exposition autour de La Vittoria de Jean Tinguely», explique le conservateur Paul Bernard. Rappelons qu'il s'agit là d'un «happening» de 1970, durant lequel un phallus doré géant s'est consumé en quelques minutes devant le Duomo de Milan. Sur se socle, les gens du Mamco ont planché, Paul Bernard ayant œuvré avec Sophie Costes et Julien Fronsacq, le cinquième du quatuor étant Lionel Bovier. «Il s'agissait d'un jeu de ping-pong, comme pour le récent Zeigeist.» 

«Le thème des années pop recommence à passionner», poursuit Paul Bernard. Effectivement! Il y a eu fin 2015 «The World Goes Pop» à la Tate Modern. L'Allemagne a produit en même temps «German Pop» à la Schirn Kunsthalle de Francfort. Paris, puis Venise, se sont intéressés à la figure du Français Martial Raysse. «La Suisse pouvait s'y mettre. La réhabilitation devait suivre celle du monde anglo-saxon, auquel on confine trop souvent ce mouvement planétaire.»

Le morceau de fromage

Encore faut-il s'entendre sur sa définition! «On estime trop facilement que le pop se caractérise par ce qui est sexy, bon marché, issu du quotidien et surtout lisse.» Un artiste fictif dont presque personne ne sait le vrai nom, Vern Blosum, peut ainsi ouvrir l'exposition avec un morceau de fromage joliment troué qui s'appelle précisément «Swiss Pop». Une pièce de 2014. «Nous poursuivons le parcours jusqu'à nos jours, alors qu'Aarau ne tient compte que de la période historique 1962-1975.» Une manière de raccorder avec Kelley Walker, qui sérigraphie et multiplie les images. Le tout est construit en partant des collections du musée, qu'il a fallu compléter. «Le pop ne constitue pas notre fort. Le Mamco s'est davantage axé sur le minimalisme et l'art conceptuel.» 

Autour du Vern Blosum inaugural, il y a des pièces rares. «Aussi étrange que cela puisse paraître, les deux sculptures colorées sont de Hans Ruedi Giger jeune. Il les avait produites en hommage à Che Guevara.» Cela se passait bien avant que le Grison ne lance son esthétique biomécanique, qui a fait le tour de la Planète. «Nous avons aussi voulu donner une place à Rico Weber, un ami de Tinguely, avec ses tentatives de photos en trois dimensions.» L'exposition donnait l'occasion de ressortir le monochrome jaune citron d'Olivier Mosset, signé de manière très voyante par Andy Warhol, ou la chambre à coucher de Sylvie Fleury, tapissée de fourrure synthétique. «Il a fallu la restaurer. Elle trouve ici logiquement sa place dans la mesure où elle se réfère à «Bedroom Ensemble», une pièce célèbre de Claes Oldenburg.»

Sacs poubelle

Tout n'est pas lisse et net au Mamco, comme du reste à Aarau. «Il existe une composante morbide dans le pop, tenant un peu de la vanité. Warhol a vite montré une chaise électrique et des accidents de voiture.» Le pop intervenait de plus dans un moment de trop plein, avec ce que la chose impliquait de dégoût et de déchets. Souvenez-vous du discours sur la fameuse «société de consommation»! «Alfred Hofkunst nous a du coup intéressé à cause de ses sacs-poubelles imprimés. Il vivait alors du côté de Fribourg. On a retrouvé les invendus chez sa veuve.» Tinguely, Dieter Roth ou Daniel Spoerri reflètent aussi ce monde de rebuts. Ces artistes ont tous entretenu des liens forts avec la France ou l'Allemagne. «La Suisse, qu'on limite trop à l'art brut ou concret, a ici parlé un langage international avec son propre dialecte.» 

Ce texte suit immédiatement celui, plus général, sur les nouvelles expositions du Mamco.

Photo (Mamco): Une salle de l'exposition, avec notamment les sacs poubelle d'Alfred Hofkunst, un relief de Markus Raetz et un tableau de Franz Gertsch.

L'exposition du Kunsthaus d'Aarau dure jusqu'au 1er octobre.

 

 

 

 

 

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