Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Musée Rath ferme ce soir. Mais pour combien de temps?

Crédits: Tribune de Genève

Je ne sais pas si vous vous en rendez compte. Mais, si vous allez en ce dimanche 19 mars au Rath voir «Le retour des ténèbres», vous figurerez parmi les derniers à voir, et pour longtemps, les murs du musée de l'intérieur. Vous vous imaginez sans doute bêtement que celui-ci rouvrira d'ici trois mois (les changements de décors se révèlent extrêmement lents à Genève) avec une autre exposition. Eh bien non! Aucune ne se voit inscrite au très discret programme que les Musée d'art et d'histoire font figurer sur leur site. Il n'en est pas davantage question dans le journal rempli de vide publié par les MAH trois fois par an sous la direction de Sylvie Tréglia-Détraz, responsable de la communication depuis 2010. Vous l'avez sans doute remarqué, et peut-être même déploré. Une bonne partie de ce dernier vantait l'«after» du 9 mars sur les femmes. Que voulez-vous? On communique ce que l'on peut. 

Que va-t-il donc se passer ensuite? Le secret en est mieux gardé que la formule du Coca-Cola. J'ai bien sûr tenté de sonder différentes personnes proches du MAH. Tantôt de manière faussement innocente. Tantôt de manière brutale. Aucune révélation claire n'en est sortie. J'ai d'abord cru que l'omerta régnait une fois de plus, jointe à la peur récurrente du bâton. Eh bien non! Il m'a fallu admettre l'impensable. Sauf dans les plus hautes sphères sans doute, et je n'en suis même pas sûr, personne ne sait rien. La seule chose évidente reste qu'il n'y aura au Rath aucune nouvelle exposition en 2017, et pas davantage probablement en 2018. A moins que le Hodler promis pour le centenaire de sa mort se déroule là

Deux sortes de rumeurs

Restent les rumeurs. Elles se divisent en deux types. Le premier, minoritaire, c'est que le musée a de nouveau besoin de travaux. Il y aurait eu des insuffisances dans ceux qui ont pris fin en 2009, mettant enfin le bâtiment de la Place Neuve aux normes après des mois et des mois de chantier (et l'inévitable crédit complémentaire). Reste bien sûr qu'une nouvelle campagne coûtera cher, et qu'il n'a pas été jusqu'ici question de demandes de crédit. L'autre bruit, plus largement répandu, est l'installation ici d'un Musée de l'horlogerie, celui de la route de Malagnou étant fermé depuis 2002 à la suite du braquage que l'on sait. Des crédits existent ici, suspendus dans les airs. On se souvient qu'ils avaient été compris dans le projet Nouvel refusé par le peuple le 28 février 2016 à 54 pour-cent. Une exposition sur les collections, que gère aujourd'hui Estelle Fallet, avait du reste été présentée en ces lieux début 2012. 

Côté expositions, le MAH met donc les visiteurs au pain sec. En 2017, il n'y en aura qu'une à la Maison Tavel, une au MAH lui-même, plus deux dans son Cabinet des Arts graphiques, la Bibliothèque d'art et d'archéologie prévoyant aussi quelque chose pour la fin de l'année. Et encore! La manifestation sur «Les Musées du XXIe siècle» (il fallait oser un tel sujeet ici!) à Charles-Galland ne sera pas montée par des gens de la maison. Il s'agira d'une réalisation de l'Architekturmuseum de Bâle. On délègue, on délègue...

Propositions balayées 

Pourquoi pas davantage, vu que les MAH sont tout de même dotés de 33,5 millions de subventions municipales par an? Par manque de volonté, à moins qui s'agisse de punir les méchants votants. A ce que je me suis laissé dire, il y a en effet eu plusieurs propositions de l'intérieur de construire de petites manifestations bon marché, avec le fonds des collections. Des mises en valeur, quoi! Toutes se sont vue balayées d'un geste ferme, sous prétexte de manque d'argent ou de bras. Il faut dire que le gros de la manne étatique consiste en salaires. Il reste peu de sous pour que la grosse machine puisse réellement produire quelque chose. 

Alors que font les gens? Très simple. Ils se retrouvent sur «le chantier des collections». C'est la folie qui a pris Genève il y a quelques années. Il s'agit de tout inventorier, de tout classer, de tout étiqueter en prévision d'un déménagement futur dans des réserves à venir (1). Des réserves dont la présence souterraine à Artamis, à la jonction d'un fleuve et d'une rivière, fait un peu trembler (il y a déjà eu une rallonge de 7 millions en avril 2015). Tout le monde s'agite donc mollement autour du fameux «chantier des collections», dont la perspective n'offre à vrai dire rien de bien excitant. On se souvient à ce propos de celui du MEG (ou Musée d'ethnographie) il y a quelques années...

Une maladie fatale 

Vue de près, la situation fait peur. Vue de loin aussi, d'ailleurs. On a longtemps parlé d'un MAH «malade», puis «bien malade». A force de maux supplémentaires, ne serait-il pas tout simplement en train de mourir? La pente semble aujourd'hui impossible à remonter, d'autant plus que le nombre des conservateurs fond (encore deux départs récents) et que le nombre de salles ouvertes diminue (2), tandis que le contingent des médiateurs croît. Mais pour médiatiser quoi, je me le demande... Il existe pourtant des gens attachés au Musée Rath, qui aimeraient bien quelques informations!

(1) Pour l'instant, nous en restons aux "prolégomènes", si j'ai bien lu le site du MAH. Quand j'ai passé au MAH mercredi matin, le compteur électronique affichait 97 720.
(2) Après les salles byzantines, il y a eu celles du château de Zizers et celles de l'argenterie, à l'entresol.

Photo (Tribune de Genève): L'accrochage du "Retour des ténèbres". La dernière exposition à l'affiche.

Prochaine chronique le lundi 20 mars. Le Landesmuseum, ou Musée national suisse, traite et maltraite la Révolution russe de 1917.

 

 

 

 

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