Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Mamco s'ouvre à la figuration moderne, avec en tête "Zeitgeist"

Crédits: Mamco

Ce n'était plus la grand messe, comme au temps de Christian Bernard, mais une polyphonie à quatre voix. Aucun chant grégorien, cependant. Ce n'est pas le genre du Mamco, où Lionel Bovier partageait sa table de conférence, ce mardi 21 février, avec Andrea Bellini, directeur du Centre d'Art contemporain (ou CAC), le commissaire Paul Bernard et Fabrice Stroun. Ce dernier intègre l'équipe du Musée d'art moderne et contemporain après avoir dirigé la Kunsthalle de Berne, comme commissaire associé. Une fonction semblant le ravir. 

Lionel Bovier commence par poser le cadre, ce qui semble normal pour une saison vouée à la peinture, essentiellement figurative qui plus est. Cela fait plus d'un an qu'il se trouve à la tête du Mamco. Il y a des amorces de collaborations entre les utilisateurs du Bâtiment d'Art contemporain (ou BAC). La preuve! Le Mamco et le CAC se retrouvent non seulement à la même table, mais ils vernissent le même jour, et la chose se reproduira cet été. Lionel Bovier a trouvé un conservateur en chef en la personne de Julien Fronsacq, qu'on connaît du Palais de Tokyo parisien et via l'ECAL. Je vous ai aussi parlé de la récente et excellente exposition de Julien sur Blanc-Gatti au Musée de Pully.

Un dispositif global 

«J'ai cherché à définir un dispositif global du musée», poursuit Lionel Bovier. Un, ce dernier est ouvert toute l'année. Deux, il possède désormais un plateau de 1000m2 correspondant aux formats internationaux. Trois, il offre un parcours cohérent couvrant les cinq dernières décennies en matière de création. Quatre, le dernier étage sera ouvert en avril prochain avec tous les «lieux» caractérisant l'institution, à part l'«Appartement» qui reste en dessous. Cinq, les accrochages entrent en résonnance les uns avec les autres. Effectivement! Vu dans la foulée, l'itinéraire offre maintenant une logique qui va d'Helen Frankenthaler ou de Morris Louis, représentés par des œuvres de qualité, à aujourd'hui. Style muséal. Murs blancs. Peu de pièces sur chaque mur, avec de grand vides. Explications claires et lisibles. 

Due à Paul Bernard, la grande exposition s'intitule «Zeitgeist». J'y reviendrai prochainement en détail. Elle fait référence, explique le commissaire maison, à une grande manifestation organisée à Berlin en 1982. Elle offrait un constat qui eut surpris quelques années auparavant. Non seulement la peinture était rentrée en grâce, mais la figuration y dominait, des «nouveaux fauves» allemands à la «trans-avant-garde» italienne, «le phénomène s'étendant jusqu'aux Etats-Unis.» Autour d'une pièce historique, le diptyque de David Salle qui figurait à Berlin, Paul Bernard a réuni beaucoup d’œuvres allant jusqu'aux années 2010, «en privilégiant celles se trouvant chez nous.» C'est le retour du refoulé. Je rappelle au passage que Francis Bacon considérait l'art abstrait comme de la pure décoration. «Notre «Zeitgeist» entend montrer une autre tradition de la modernité que celle qui reste aujourd'hui largement convenue.»

Deux peintres américains 

Ce n'est bien sûr pas tout! Fabrice Stroun a conçu les deux rétrospectives complémentaires. La première est consacrée à Jack Goldstein, décédé en 2003 à 58 ans. Un créateur multimédia produisant aussi bien de la peinture que des performances ou de la vidéo. La seconde est vouée au jeune (il a en tout cas l'air très jeune) Greg Parma Smith. Un homme se voulant, lui, très peinture. Après divers tâtonnements, dont des pièces sur miroir, l'Américano-Suisse a connu une période hyper-classique dénotant d'un beau métier académique avant de se tourner vers un art multi-couches, à la façon du mille-feuille ou des lasagnes. De la toile accrochée aux murs se détache une couche montrant un autre sujet en dessus, et parfois une autre en dessous. Une forme de virtuosité rejoignant l'idée ancienne de vanité. 

Je terminerai en disant que le Mamco participe aujourd'hui à l'hommage monté par les musées en hommage à celui de Jean Paul Barbier Mueller, qui fête ses 40 ans. Les "Barbus Müller" s'y voient confrontés à Jean Dubuffet. Il y a enfin le livre. Je dis bien «enfin». Il célèbre en textes et en images les 20 ans du Mamco, qui remontent à... septembre 2014. Là aussi, j'y reviendrai à l'avenir. C'est agréable, les institutions ne se laissant pas embrasser d'un seul article! Quand je pense qu'il y en a d'autres ne faisant presque rien avec des dizaines de millions de subventions...

N.B. Il me faut aussi signaler un don spectaculaire. Un privé avait déposé en 1994 au Mamco une quinzaine de grandes sculptures métalliques de Royden Rabinowitch. Il les a données, toujours de manière anonyme, en 2016 à l'institution. Celle-ci les a aujourd'hui regroupées sur un grand plateau. Deux gtandes installations avec vidéo du Coréen Nam June Paik sont aussi arrivées dans la collection, via la succession de Marika Malacorda, la légendaire galeriste genevoise des années 1980.

Pratique 

Mamco, 10, rue des Vieux-Grenadiers, Genève, du 22 février au 7 mai. Tél. 02 320 61 22, site www.mamco.ch Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h, les samedis et dimanches dès 11h.

Photo (Mamco): Les affiches des présentations actuelles.

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