Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le MAH prolonge son exposition sur les "Musées du XXIe siècle"

Crédits: Musée d'art et d'histoire, Genève

Tiens! Surprise! Le Musée d'art et d'histoire de Genève (MAH) prolonge son exposition sur le «Musées du XXIe siècle». Elle devait durer jusqu'au 20 août. Ouverte au public le 11 mai, la manifestation restera en place jusqu'au 8 octobre (1). On ne peut pas dire que ce soient les pressions de la foule qui justifient cet étirement. Mais que voulez-vous? L'institution n'a rien à proposer d'autre. Il suffit de consulter son site. Sous la rubrique «à venir», vous ne trouverez comme expositions qu'une série de dessins italiens anciens, venue de Düsseldorf. Elle se déroulera au Cabinet des arts graphiques de la promenade du Pin du 29 septembre au 7 janvier. Il a aussi, soyons justes, une présentation de la Bibliothèque d'art et d'archéologie. «Made in Lausanne», occupera quelques vitrines à la même promenade du Pin du 6 novembre au 25 mai. A part cela, le grand vide.

Je ne dis pas que «Musées du XXIe siècle» demeure sans intérêt. Le parcours présente des projets spectaculaires, issus de tous les continents, tenant presque tous du geste architectural. On pourrait cependant reprocher à ses commissaires bâlois de ne tenir compte que des créations, sans laisser la place voulue aux transformations constituant l'ordinaire des musées. Tout va de plus dans le même sens. Il eût été bon de citer un ou deux lieux dissidents. Je me contenterai ici de rappeler l'exemple du Musée de la chasse et de la nature parisien. Il va à l'opposé de ce qui se voit montré au MAH.

Un air de dynamisme à donner 

Je ne prétends pas non plus que ce dernier n'ait pas su faire parler de «Musées du XXIe siècle». Il y a eu de gros papiers dans la presse française, concernant avant tout le thème traité. Vu la présence quasi simultanée d'une avalanche d'articles sur «L'effet boomerang» du MEG, je soupçonne là l'existence d'un voyage organisé depuis Paris. Il s'agissait sans doute de montrer que Genève bouge. 

Il est vrai qu'elle gagnerait à se bouger les fesses! Un peu au MEG et énormément au MAH. Vous vous souvenez que la commission de six sages a rendu son premier rapport sur le MAH fin juin. Il y en aura un second en juin 2018. Les grandes options ont déjà été prises. Maintien sur le site actuel, avec annexion de l'Ecole des beaux-arts et creusement sous la cour, comme le proposaient du reste les opposants au projet Jean Nouvel. Recentrement sur l'histoire de Genève, ce qui fera rentrer la plus grande partie des collections au chausse-pied dans les salles devant respecter un tel concept. Abandon de la Maison Tavel, dont le futur destin reste laissé dans un flou artistique. Utilisation du Musée Rath comme tremplin au nouveau MAH.

Le grand vide 

Reste cependant à galvaniser le public. Comment le faire sans une politique d'expositions un peu ambitieuse jusqu'à l'ouverture, pas si proche que cela, d'un chantier? Le MAH donne aujourd'hui l'impression que plus rien ne s'y passe, à part quelques «afters». Rien d'autre pour mobiliser le public, les «Amis» (dont on n'entend plus guère parler), plus les généreux sponsors et mécènes qu'il faudra bien trouver. Il s'agirait de donner l'impression que le musée reste doté d'un dynamisme, d'une politique, voire même d'une direction. Or l'actuelle reste aux abonnés absents. A la limite, c'est même pire. On a l'impression qu'elle désire faire le vide. Je me suis laissé dire que tout projet d'exposition, même bon marché, se voyait balayé d'un revers de la main. Pas d'argent pour cela, alors que la dotation en subventions du MAH ferait pâlir de jalousie les autres institutions suisses. Trente-trois millions... 

Comme projet d'accrochage pour la maison-mère, rue Charles-Galland, je ne vois pour 2018 guère que la rétrospective Ferdinand Hodler, qui marquera les 100 ans de sa mort. Un peintre déjà montré par deux fois au Rath ces dernières années. Avouez que c'est peu, alors que la Suisse entière fourmille de choses souvent formidables, dont je vous parle autant que possible. Est-il normal que Genève fasse moins bien qu'Aarau, une ville comptant moins de 20.000 habitants? 

(1) Le MAH avait déjà fait le même coup avec l'exposition Jean-Pierre Saint-Ours. Bel hommage, mais échec public.

Pratique

«Musée du XXIe siècle», Musée d'art et d'histoire, 2, rue Charles-Galland, Genève, prolongé jusqu'au 8 octobre. Tél. 022 418 26 00, site www.institutions.ville-geneve.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (DR): L'affiche de l'exposition.

Texte intercalaire.

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