Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Le Centre d'iconographie fait ses emplettes chez Piguet

Crédits: Piguet-Hôtel des Ventes

Le Centre d'iconographie genevoise (CIG), qui dispose d'un budget idoine contrairement aux musées genevois, a effectué mercredi soir 27 septembre l'achat qui s'imposait. C'était chez Piguet, ex-Hôtel de Ventes, dont les vacations se poursuivent ce jeudi 28 septembre avec les bijoux. Séance interminable. Un peu plus de quatre heures. Ne serait-il pas raisonnable de couper la poire en deux, avec une série classique et une autre contemporaine par exemple. J'ai failli m'endormir hier sur le coup des 22 heures... 

L’œuvre entrant pour 7500 francs (plus 21 pour-cent environ de frais et taxes) dans les collections locales est un portrait. Il s'agit de celui du duc Henri de Rohan-Chabot (vers 1615-1655). L'homme est lié à notre histoire. Devenu duc de Chabot à la suite de son mariage avec Marguerite, la fille du duc de Rohan (le monsieur qui est enterré avec un monument à la cathédrale Saint-Pierre de Genève), Henri faisait partie d'une branche protestante. Il a à ce titre organisé les églises grisonnes. Selon Jules Crosnier, «il pria le Conseil de Genève de lui déléguer à cet effet Théodore Tronchin, avec qui il noua des relations durables d'amitié.» La mise en place des églises se passait dans un contexte tout sauf pacifique et il lui fallait bien un théologien...

Un gage d'amitié 

Ce portrait a été donné par le duc de Rohan, dont il était donc le gendre, en compagnie de celui de Marguerite et du sien propre, à Théodore Tronchin, en gage affectueux. Il est resté dans la famille jusqu'à la vente du domaine de Bessinge aux Givaudan en 1938. «Le tableau est doublement important pour nous», explique tout sourire Nicolas Schaetti, directeur du CIG. «D'abord, c'est le personnage qui nous importe. Il s'agit ensuite d'un cas presque unique de peinture conservée dans une collection locale depuis la première partie du XVIIe siècle.» J'ajouterai qu'il s'agit là d'une bonne peinture, dans le goût franco-flamand. Le catalogue, à la notice 886A, parle de l'entourage de Frans Pourbus. Entourage lointain. Pourbus est mort en 1622, quand Henri avait environ sept ans...

D'autres portraits Tronchin se retrouvaient «pour la première fois» sur le marché. Datant du XVIIIe siècle, ils valaient presque uniquement par la personne représentée. Le CIG a ici perdu. «Je n'avais plus assez d'argent.» Un descendant a aussi dû baster. Tout est curieusement bien parti. Il faut préciser que la vente a bien marché, avec de jolis prix pour des Anker d'un genre couvercle de boîtes de chocolats: 160 000, 90 000 et 45 000 auxquels il faudra ajouter les échutes. Pas de lot important «ravalé», mais les estimations se montraient douces. Le reste des ventes s'est semble-t-il favorablement déroulé, même si les meubles anciens restent à la peine quand ils se révèlent moyens.

P.S. ajouté le 29 septembre. Le plus gros prix des ventes de septembre chez Piguet a été atteint par le collier Art Déco de Molly de Balkany se terminant par deux émeraudes mahousses. Il a fait jeudi 28 septembre 632 300 francs, soit sept fois l'estimation. Des gens avaient fait le voyage d'Inde pour enchérir. Ils ont dû s'arrêter à 510 000 francs. La série de vacations de décembre aura lieu du 11 au 14.

Photo (Hôtel des Ventes): Le portrait d’Henri de Rohan-Chabot. Fragment.

Texte intercalaire

 

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