Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La Société des Arts passe 2018 avec l'inconnu Alfred Dumont

Crédits: Société des Arts/Musée d'art et d'histoire, Genève 2018

Nous sommes dans la salle en forme de corridor du rez-de-chaussée de l'Athénée. La résidence de la Société des Arts, fondée comme on le sait à Genève en 1776. En ce moment, il n'y a que nous, autrement dit Etienne Lachat, Frédéric Hueber, Sylvain Wenger et moi. Il s'agit de parler assis autour d'un guéridon Restauration du grand projet de la Société et de d'une de ses concrétisations immédiates. L'année locale de sera pas vouée qu'à Gustave Révilliod, collectionneur et mécène. Elle tournera plus modestement autour d'Alfred Dumont. Un illustre inconnu même si quelques personnes attentives (il en existe encore) ont vu son nom inscrit comme donateur sur des cartels de l'actuelle exposition «Schnaps et röstis» de l'Ariana. 

A vrai dire, je vous ai déjà entretenus une fois du plan de la Société. Il s'agit d'en explorer, d'en trier, d'en numériser et d'en rendre accessibles les énormes archives. Une jolie exposition s'était tenue au lancement de cette action dans la Salle Jules-Cronier, normalement réservée à la création locale émergente, dont la Société s'occupe aussi via sa Classe des beaux-arts. C'est là le travail d'un jeune historien enthousiaste, Sylvain Wenger. C'est aussi, en sous-main, celui d'Etienne Lachat. Un homme en qui cette entreprise a trouvé sa cheville ouvrière. Son organisateur. Il faut en effet de l'argent. Or Etienne est parvenu à en trouver. «Nous avons été d'une manière générale bien accueillis» Les dons se sont même révélés «substantiels». On retrouve là les partenaires habituels. Sandoz. La Loterie romande. Göhner. Plus bien sûr une fondation «qui ne veut pas donner son nom.» Une pure coquetterie. Vu qu'elle reste seule en son genre, tout le monde sait qu'il s'agit de Wilsdorf.

Montrer et publier 

Les sommes récoltées donneront des produits visibles et lisibles. «On ne nous les a pas confiées juste pour faire de l'ordre», explique en souriant Etienne Lachat. Si le but premier reste la recherche, il faudra donc montrer. Et publier. «Ce sera un livre important.» Quoiqu'on en dise, le papier conserve son prestige en notre époque du tout virtuel et du tout-à-l'égout. L'un n’exclut pas l'autre. La Société lancera bien entendu aussi une plate-forme numérique. «Il y aura fatalement un choix dans les documents proposés en ligne», explique Sylvain Wenger. «Ce sera en tout cas la base. Par la suite, nous pouvons imaginer des développements, comme celui sur Alfred Dumont, afin d'arriver à un site global.» Une valorisation à distance. «Celle-ci ne devrait pas supprimer pour autant, pour ceux qui en auraient besoin, une consultation physique des textes.» 

Qualifiée par Sylvain Wenger et Frédéric Hueber, qui sont des dynamiques, de «gros morceau, mais passionnant», cette exploration de plus de deux siècles de documents avance mieux que gentiment. Elle donne de vrais résultats. «Frédéric a découvert dans nos papiers beaucoup de choses qui nous ont convaincu d'aller de l'avant», explique Etienne Lachat, en revenant au projet Alfred Dumont. «On se retrouve ici dans la phase de la sélection.» Précisons qu'il y a pour ce faire l'habituel comité scientifique. Il comprend des gens connus. Un deuxième Frédéric s'ajoute au jeune Hueber. J'ai nommé Frédéric Elsig, qui enseigne l'art médiéval à l'Université de Genève et fait quantité d'autres choses. Il y a Caroline Guignard, du Cabinet des arts graphiques du MAH. Jean-Marie Marquis, ancien directeur du Musée de Carouge, et Sylvain Wenger complètent ce quintet. «Cinq, c'est suffisant», conclut Etienne Lachat.

Fils de pasteur, peintre et rentier 

Il serait temps maintenant d'en venir à ce mystérieux Alfred Dumont qui sert de cobaye à la mise en valeur patrimoniale. Il s'agit d'un Genevois, bien sûr. Né en 1828, ce fils de pasteur, qui n'était pas sans moyens (une propriété dans le canton de Vaud, des actions en Bourse...), a abandonné le droit afin de s'adonner à la peinture. Il a passé par l'atelier de Jean-François Lugardon avant de compléter son «cursus» à Düsseldorf (dont l’Académie était alors célèbre jusqu'en Amérique), puis à Paris chez le Vaudois Charles Gleyre. «Il s'est montré très actif à Genève sur le plan institutionnel», explique Frédéric Hueber. «L'homme a fondé le Cercle des artistes, comprenant aussi les architectes ou des musiciens.» A partir de 1887, le sexagénaire voyage, ce qui offre le mérite d'avoir laissé des correspondances. «Il se lance même dans un tour du monde en 1891.» Ceylan, la Chine, le Japon, les Etats-Unis... L'homme meurt en 1894 à 66 ans. «Il n'aura pas vu l'exposition nationale de Genève, qu'il avait appelé de ses vœux.» 

Alfred Dumont a peint et surtout beaucoup dessiné. «On connaissait de lui 3000 dessins et on en a retrouvé 300 autres qui avaient passé entre le gouttes au Cabinet des arts graphiques du MAH, où la Société a depuis longtemps déposé ses collections», détaille Frédéric Hueber. Inutile de préciser que les visiteurs de l'exposition, prévue pour l'automne 2018, n'en verront qu'un petit choix. Mais il y a quantité d'autres choses à présenter. Des photos, ce qui semble bon pour le côté documentaire. Et puis Dumont a collectionné! «Près d'un millier d'objets.» Si ses céramiques ont été léguées à la Ville, il a possédé bien d'autres choses. «Une vente après décès s'est tenue au Palais Eynard en 1895. Là même où nous sommes.» Il y avait un peu de tout, dans le goût de l'époque. «Beaucoup d’œuvres d'artistes genevois.»

Colloque les 2 et 3 février 

Si je vous parle déjà début janvier d'Alfred Dumont, pour lequel l'exposition avec catalogue scientifique est prévue de septembre à mi-novembre 2018, c'est parce qu'il y aura d'abord le colloque. «Deux journées d'études sont prévues les 2 et 3 février», reprend Etienne Lachat. Titre général «Alfred Dumont, Le second XIXe siècle, Regards croisés sur les arts, 1846-1896». Et février, c'est demain! «On entendra notamment Vincent Chenal, Danielle Buyssens ou David Ripoll, plus Sylvain Wenger et moi-même», précise Frédéric Hueber. La chose se déroulera comme de juste à l'Athénée, où ont été dispersées non pas les cendres, mais les objets d'Alfred Dumont. Notez que c'est un peu la même chose. Je vous raconterai après comment les choses se seront passées.

Photo (Société des Arts/Musée d'art et d'histoire, Genève): Une vue d'Osaka en 1891 réalisée pendant le tour du monde d'Alfred Dumont.

Prochaine chronique le mardi 16 janvier. Avant la BRAFA de Bruxelles. Profil d'une foire généraliste qui monte.

 

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