Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La Société des Arts a colloqué sur la fin du XIXe siècle genevois

Crédits: Société des Arts

Je vous l'avais annoncé. Il a eu lieu les 2 et 3 février. Secrétaire général de la Société des Arts, Etienne Lachat a ouvert le nouveau colloque organisé à propos des archives de l'institution. La série s'inscrit dans un partenariat lancé en 2010 avec l'Université. Trois publications ont par ailleurs vu le jour. Le pow-wow actuel donnera droit à une quatrième publication, pour laquelle les auteurs se verront fouettés jusqu'au sang afin qu'ils rendent le plus vite possible leur copie. L'ouvrage devra paraître, selon ce qui me semble une saine gestion, en 2018. 

Le thème de l'année tourne autour des «regards croisés sur les arts à Genève, 1846-1896». Le parcours part donc de la révolution radicate pour aboutir à l'Exposition nationale à Plainpalais. Une ombre discrète plâne sur le sujet. C'est celle d'Alfred Dumont (1828-1894). Une exposition sera organisée cet automne à l'Athénée autour de ce dessinateur, collectionneur et voyageur. Elle offrira un modeste pendant aux fastes de la célébration à l'Ariana du culte de Gustave Revilliod (1817-1890), collectionneur et mécène. Un double prétexte pour parler d'une époque où l'on n'aura jamais autant peint et autant rassemblé d'objets. Créé de sociétés aussi... Tamara Chanal nous parlera de la «vie sociétaire genevoise», avec leurs comités quelque peu incestueux à force de gemellité. Les choses n'ont du reste guère changé depuis lors dans ce domaine.

Mise en abîme 

C'est Frédéric Hueber, l'un des deux initiateurs du projet Dumont, qui se se chargera du protagoniste. Un exposé rondement mené par un orateur à l'aise, qui saura intéresser un public venu bien plus nombreux que prévu, chaque intervenant bénéficiant d'un petit fan club personnel. D'autres interventions vont aussi bien aborder les bustes de l'Athénée, ce qui offrira à l'assistance une petite mise en abîme vu que nous trouvons dans le bâtiment achevé en 1864. Il sera également question de gens fort peu connus comme Hermann Amman (1807-1875) ou Edmond Reuter (1845-1917). Deux artistes et pédagogues. Emile Duval, conservateur du Musée Fol absorbé dès 1910 par le Musée d'art et d'histoire, se verra également évoqué, tout comme le photographe Fred Boissonnas et le peintre Barthélémy Menn, qui figurent eux en bonne place au panthéon local (1). 

Tout cela sentira évidemment l'université à plein nez. Agrippés à leur texte, qu'ils liront plus ou moins bien (en général moins), docteurs et doctorants auront beaucoup de pien à mettre en valeur des recherches pourtant bien réelles. «La relève est assurée», murmure ma voisine. Relève intellectuelle sans doute, même si l'auditeur a parfois l'impression de savoirs étroitement spécialisés. Si Hélène Virenque s'en tirera bien avec Edmond Reuteur, à qui elle saura conférer une réelle épaisseur, on se demandera vite si Estelle Sohier a jamais regardé une photo avant de parler de Fred Boissonnas et Daniel Baud Bovy dans une communication par ailleurs monocorde.

Dons de comédien 

Ce qu'il faudrait à ces jeunes et moins jeunes pousses (Sylvain Wenger, autre maître d'oeuvre du projet Dumont, se contentant cette fois d'un rôle de modérateur), c'est d'abord de la personnalité. Ils auraient pour beaucoup besoin aussi de dons d'acteur. On ne demande pas à tout le monde d'acquérir le talent de baleteur de Jan Banc, doyen de la Faculté de Lettres. Mais un minimum d'art de la transmission me semble indispensable. C'est à ce prix seulement qu'il est possible de sortir du (petit) monde académique. Et y parvenir deviendra fatalement un jour prochain indispensable.

(1) Grégoire Gonin offrira pour sa part, porcelaine oblige, un prolongement nyonnais.

Photo (Société des Arts): Le salon de l'Athénée où s'est déroulé le colloque.

Texte intercalaire.

 

 

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