Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/La Fondation Baur s'agrandit pour accueillir les donations

Crédits: Tribune de Genève

«C'est le dernier agrandissement possible pour notre musée», explique Jean-Pierre Zehnder, président de la Fondation Alfred et Eugénie Baur. Effectivement! A moins d'acquérir l'immeuble voisin, ce qui serait sans doute possible vu les moyens financiers de cette dernière, je ne vois guère où le musée privé de la rue Munier-Romilly pourrait trouver une place supplémentaire. J'ai connu le bâtiment d'origine, un petit hôtel particulier néo-rococo, lors de l'ouverture. Puis est venue une aile copiant si bien l'architecture originale qu'on la croirait aujourd'hui d'époque. Il y a ensuite eu un sous-sol, somptueusement pavé de marbre, afin d'accueillir les expositions temporaires. Les combles se sont vus une nouvelle fois aménagés. Et maintenant, c'est l'ancien appartement du concierge qui se mue en espace pour les nouvelles donations. 

La chose n'est pas allée toute seule. Je ne sais pas si le gardien a fait de l'obstruction, mais le testament des Baur si. Jean-Pierre Zehnder rappelle ainsi le temps où l'institution ne pouvait accueillir aucun apport extérieur en œuvres. «Puis mon prédécesseur Olivier Reverdin a obtenu l'autorisation formelle d'accepter des dons et des legs.» A condition qu'ils ne concurrencent pas les collections originelles, pour autant que ma mémoire soit bonne. Reverdin était ce qu'on appelle un notable à l'ancienne, avec des ramifications partout. Une version très protestante de la chose, comme l'imagineraient volontiers les pays catholiques. L'homme était froid, distant, un peu méprisant, persuadé qu'il était de sa haute intelligence. Quand j'aurai ajouté que ce personnage hautain habitait le bon côté de la rue des Granges, le portrait sera complet. En dire plus tournerait à la caricature.

Des laques pour commencer 

Il faut aussi dire que les offres extérieures se faisaient alléchantes. «On ne pouvait pas refuser un héritage comme celui d'Edmund et Virginia Chow en 1995», rappelle Monique Crick, dont le mandat directorial se termine. Ces objets chinois de laque rouge se révèlent d'une exceptionnelle qualité. Trente-six autres apports sont venus depuis. Deux d'entre eux dominent, ne serait-ce qu'en nombre. Il y a les objets pour la cérémonie du thé de Philippe Neeser, que ce dernier catalogue en ce moment à fin de publication. Quatre cent. Et les céramiques d'exportation bleues et blanches provenant de Charles Müller et de son épouse. Trois cent. «Ce sont, en comptant tout, plus de mille pièces qui sont entrée dans notre fonds, et pour lesquelles nous ne disposions d'aucun espace permanent.» Notez que tout ne pourra jamais se voir exposé en permanence, ce qui ne serait d'ailleurs pas souhaitable vu la fragilité des textiles ou des peintures sur soie. 

«Il fallait utiliser au mieux l'espace. Nous avions été ravis de la qualité du travail fourni pour la création de notre sous-sol. Nous nous sommes donc adressés au même bureau (1)», poursuit Monique Crick. Ce dernier a de nouveau produit un travail de qualité. Chez les Baur, tout baigne dans le luxe. L'ancien appartement «relifté» peut sembler petit, mais il a fallu installer de profondes vitrines, des cloisons coulissantes et prévoir toutes les infrastructures techniques. «Nous disposons aujourd'hui d'un lieu très mobile, très flexible, permettant des changements complets de présentation.» Ceux-ci ne seront pas trimestriels, comme prévu au départ, mais semestriels.

Kimonos et éventails 

Le premier accrochage tient du panachage. Il s'agissait de dire à chacun (même décédé depuis) sa reconnaissance. Il y a la grande vitrine sur la cérémonie du thé. Une autre accueille des kimonos provenant de deux dons acceptés en 2008 et 2015. Quelques éventails, eux aussi d'exportation, proviennent d'une largesse consentie au musée en 2011. Il me semble avoir aussi aperçu un peu de céramique thaïlandaise. Les pays satellites de la Chine ancienne n'étaient jusqu'ici que peu représentés dans les collections. Une situation presque normale. Si vous visitez à Paris le Musée Guimet, vous verrez que le Vietnam, la Birmanie ou la Thaïlande y occupent des places congrues.

Un tel lieu, aménagé temporairement avec goût (j'y sens la main de la décoratrice Nicole Gérard) devrait à l'avenir acquérir un statut d’aspirateur. Les gens donnent aux musées les plus dynamiques et surtout à ceux qui leur manifestent un intérêt suivi d'une gratitude. Ce n'est pas pas le cas partout, surtout à Genève, où le principal d'entre eux, public celui-là, n'a jamais appris à dire merci.

(1) Architectes Joël Jousson et Léonor Vinzio, du bureau Baillif, Loponte & Asssociés SA.

Pratique 

Fondation Baur, 8, rue Munier-Romilly, Genève. Tél. 022 704 32 82, site www.fondation-baur.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h.

Photo (Tribune de Genève): Philippe Neeser, qui a donné au musée sa collection d'objets pour la cérémonie du thé.

Prochaine chronique le mercredi 27 septembre. De l'art contemporain aux milieu des ruines romaines du Palatin.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."