Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Koller refait à l'Athénée une vente en novembre. Art suisse

Crédits: Koller Auctions, Genève 2017

Nous voilà! Il y a trente ans, Koller débarquait à Genève. Il installait ses pénates dans le premier sous-sol de l'Athénée, la Fondation Braillard, vouée à l'architecture, occupant le second (sous-sol, donc). Au début, la maison zurichoise organisait  régulièrement des ventes à la Salle des Abeilles, au rez-de-chaussée. Il y avait là du design et de l'art suisse. Au fil du temps, comme Christie's, Koller a ramené presque toutes ses vacations à Zurich. Un phénomène de rétractation. On sait que la maison aime à y proposer des semaines kilométriques. Il s'en tient en ce moment une, avec des milliers de lots. A l'art asiatique les 4 et 5 novembre succédera la «fashion» (le 6), la photo à des prix d'estimation parfois très doux (le 6 aussi). Viendront ensuite les montres et bijoux (le 7), le design (le 8), l'Art Nouveau et Art Déco (le 8), les tableaux et l'art suisse (le 9). Vous parlez d'un marathon! Douloureux pour le commissaire priseur. Il faut en plus trouver des clients pour tout ça! 

Afin de marquer ses trois décennies de présence à Genève, où Koller garde ses bureaux et où des présentations de «highlights» se voient régulièrement organisées, il y aura cependant une vente d'exception. A l'américaine. Je veux dire par là que le catalogue, déjà disponible, ne comprend qu'une centaine de numéros. Au-delà de ce nombre, l'attention du public diminue et les attentes pour les gens pendus au téléphone deviennent trop longues. J'ai failli m'endormir lors de la dernière vente genevoise de Piguet dans l'ex-Hôtel des Ventes. Plus de quatre heures. Un véritable choc wagnérien, en moins bruyant.

Une histoire romande et alémanique 

Qu'y aura-t-il le mercredi 15 novembre à 19 heures, la session ayant été précédée de celle des vins à 14 heures? De l'art suisse, avec 97 lots. L'idée est d'offrir un parcours à travers son histoire, que l'on fait en général remonter à la fin du XVIIIe siècle. Les amateurs découvriront des œuvres davantage romandes qu'alémaniques, Genève jouissant d'un coup de projecteur spécial. Il se trouve ainsi, sous le numéro 517, le pastel de Liotard voulu. Période anglaise, puisqu'il représente Edward Tucker. Le tableau, aux aplats rouges et bleus très francs, comporte un beau cadre Chippendale sans doute d'origine. Vous l'aurez pour le même prix. Estimation entre 50 000 et 70 000 francs. Le monsieur n'est pas très séduisant. Ceci explique cela.

Autrement, il y a bien sûr les Wolfgang-Adam Töpffer, les De la Rive ou les Firmin Massot d'usage. On sait que cette peinture très estimable connaît aujourd’hui une nette défaveur. Ses amateurs ne sont souvent plus de ce monde. D'où des estimations raisonnables. Entre 5000 et 7000 pour le portrait de Madame Firmin Massot, née Anne-Louise Mégevand. Même somme prévue pour un ravissant lac d'Annecy de Töpffer. De ce dernier, je note cependant une grande «Collation campagnarde» de 1805 prisée entre 45 000 et 65 000. Un «Paysage italien» de Pierre-Louis de La Rive de 1810 se voit également estimé entre 35 000 et 40 000, alors qu'une œuvre analogue vient de se vendre à 12 000 chez Piguet, ce qui constituait déjà plus du double de l'estimation. Mais, comme me l'a une fois dit un chef de département chez Christie's, «Nous ne faisons jamais que refléter des prétentions.»

Bocion et Anker 

Pour les époques plus récentes, j'ai noté un énorme Alexandre Calame orageux à souhait (entre 40 000 et 60 000) et des Bocion nettement plus calmes, dont un «Grand Lac vu du port d'Ouchy (entre 70 000 et 100 000). Bien moins cher (entre 4000 et 6000), le «Voilier sur le Léman» d'Albert Lugardon se révèle pourtant autrement plus plaisant. Moins "miquelet". Anker ne pouvait pas ne pas figurer au programme. Il l'est grâce à des aquarelles me semblant plutôt décourageantes (entre 25 000 et 35 000). Que de formules toutes faites chez le cher homme!

Pour ce qui est du XXe siècle, le catalogue regorge de Rodolphe Théophile Bosshard aux qualités très diverses. Le plus important se révèle sansdoute «La Tresse» de 1915, réalisé avant que le peintre devienne dangereusement répétitif (entre 12 000 et 18 000). Il y a six Théophile Robert (1879-1954), un Neuchâtelois à redécouvrir. Le Genevois Maurice Barraud a vu sa cote s'effondrer. On vous en promet deux très corrects entre 3000 et 5000 francs. J'ai remarqué six dessins de Louis Soutter, mais aucun d'eux ne s'est hélas vu tracé au doigt. La vente se termine avec une pièce du seul artiste vivant de cet aréopage. Il s'agit de «Trois tabliers», 1999, de Marc-Antoine Fehr, né en 1953. Un gros morceau pour ce qui est des dimensions. L'homme était soutenu naguère par Jan Krugier. On n'est plus tout à fait chez Koller aux tarifs de cette galerie internationale chérisssime. Le lot 597 devrait réaliser entre 3000 et 5000 francs. Conditionnel, bien sûr...

Pratique 

«Art Suisse», Koller Genève, Palais de l'Athénée, 2, rue de l'Athénée, vente le mercredi 15 novembre à 19h. Visite du samedi 11 au lundi 13 novembre de 10h à 18h. Tél. 022 311 03 85, site www.kollerauctions.com

Photo (Koller Auctions): Le haut du Portrait d'Edward Tucker par Liotard.

Texte intercalaire.

 

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