Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Elisa Lavergo montre les jeunes sportifs en photos aux Bastions

Crédits: Elisa Lavergo/Ville de Genève

L'accrochage au Parc des Bastions précède et suit l'opération «No' Photo» genevoise des 14 et 15 octobre. L'enquête photographique d'Elisa Lavergo résulte en effet d'une mise au concours. L'artiste de 32 ans s'est vue mandatée en 2016 par la Ville parmi d'autre photographes genevois(es) professionnel(les) afin de montrer «les pratiques sportives locales». Elle disposait de plusieurs mois pour réaliser ce travail renouant d'une certaine manière avec les reportages commandés par le Canton dans les années 1980. Tout n'est qu'un éternel recommencement. La présentation d'une trentaine de ses clichés durera jusqu'en novembre. D'où le mot "suit".

Elisa sort de l'école de Vevey, puis de la HEAD. Cela se voit. La Genevoise a de plus remporté toutes les bourses possibles et imaginables, de la Berthoud à la Leenhards. Autant dire qu'elle a été bien formatée. Les images aujourd'hui proposées en plein air correspondent aux schémas plasticiens aujourd'hui à la mode. Ce sont des portraits, et non des scènes vécues. La photo actuelle n'aime plus le mouvement. Les images répondent toutes au même protocole. Cela fait intellectuel. Elles demeurent d'une extrême froideur. C'est la tendance depuis le couple Hilla et Bernd Becher dans les années 1980. Il s'agit bien de réifier les choses et les gens. Un peu de raideur ne semble donc pas malvenue. Les jeunes sportifs vus par Elisa à la sortie d'un entraînement (que ce soit le football américain ou la danse classique) demeurent raides comme des piquets. Là, je vois plutôt l'influence cannibalisante de la Néerlandaise Rineke Dijkstra.

Une vision compassée

Bien sûr, il s'agit d'un travail propre. Mais il l'est comme un sol de cuisine peut se révéler impeccable. Rien de tangible à reprocher. Cette commande, qui est supposée pouvoir témoigner dans vingt ans de ce que fut Genève au début du XXIe siècle, n'apparaît pas moins compassée et hors sujet, même si les sports envisagés, du yoseikan budo à la natation synchronisée, sont bien ceux de 2017. J'aurais préféré de l'élan, de la vie, de la vitalité, de la personnalité. C'est tout de même étonnant de se dire qu'avec un équipement pesant des tonnes (il lui fallait transporter les plaques de verres sur le terrain), le photographe sportif Jules Decrauzat pouvait réaliser à Genève en 1910 des images aussi vibrantes que celles de Lartigue (1) alors qu'en 2017 on se croirait revenu aux temps empesés du daguerréotype.

(1) La Fotostiftung de Winterthour a révélé cet inconnu en 2015.

Pratique 

«Elisa Lavergo, Les pratiques sportives», Parc des Bastions, côté Place Neuve, en plein air, Genève, jusqu'au 5 novembre.

Photo (Elisa Lavergo/Ville de Genève): La jeune nageuse après l'entrainement.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."