Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Béatrice Micheli-Guenet prend la tête des Amis de l'Ariana. Portrait

Crédits: Artcurial

«Vous verrez, c'est une femme charmante.» Il est rare qu'une phrase de ce type se prononce avant un entretien. Généralement, vous recevez plutôt des conseils de prudence. N'abordez pas tel ou tel sujet. N'interrompez pas votre interlocuteur (ou votre interlocutrice). Et de fait, avec Béatrice Micheli-Guenet, qui vient de reprendre la présidence des Amis de l'Ariana, la glace est vite rompue. Même en hiver. La Genevoise donne l'impression d'être une vieille connaissance après trois minutes. Un net «plus» pour les fonctions qu'elles vient d'endosser. Du liant demeure indispensable pour gérer une société ou présider un comité. Le fameux «carnet d'adresses» ne suffit pas. 

«Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise?» Béatrice Micheli-Guenet le racontera volontiers. Elle est née à Genève. Elle a grandi, mais oui, rue Etienne-Dumont. «L'immeuble numéro 22 reste lié à mes souvenirs d'enfance et d'adolescence, tout comme la propriété familiale à Landecy.» La nouvelle présidente vient de l'autre branche que les Micheli de Jussy, «chez qui nous allions tout de même de temps en temps.» Le nom de Guenest lui vient d'un de ses deux mariages. «C'est trop tard, mais je milite aujourd'hui pour le nom unique.» Sachez cependant que son époux actuel est lié à la maison de vente parisienne (et même internationale) Artcurial. «Je fais doublement partie du monde de l'art, puisqu'une de mes casquettes est de m'occuper des collectionneurs de la foire ArtParis.»

Des débuts de restauratrice d'art 

L'art, justement, n'était pas une tradition familiale. Du moins pas par des liens aussi proches. «J'ai tracé moi-même mon chemin de manière intuitive.» La débutante a ainsi commencé par la restauration des œuvres anciennes. Formation à Florence, «sur le tas». C'était la grande époque des travaux qui suivaient la catastrophique inondation de l'Arno. «J'avais l'impression de vivre la chance de ma vie.» Béatrice (je ne mets que le prénom, maintenant que nous avons lié connaissance) a poursuivi ses expériences en Valais. Elle se retrouve, professionnalisée, sur un joli chantier plus rustique que Florence. «C'était en plein hiver à Viège, dont on reprenait les peintures de l'église. Un froid glacial, mais un bon souvenir.» 

Par la suite, la Genevoise a repris ses études. Pris le chemin du Paris des années 80. «Je me suis retrouvée au Centre Culturel Suisse, qui en était à ses débuts.» La maison se trouvait alors aux mains du metteur en scène de théâtre bâlois Werner Düggelin. «Je suis restée là onze ou douze ans.» Pas toujours au même poste. «J'avais besoin de gagner ma vie. J'ai commencé par le gardiennage, puis je me suis occupée du programme des activités, tandis qu'à Düggelin succédait Daniel Jeannet.» Puis les choses sont dégradées. Béatrice est partie. «Je suis allée chez Chantal Crousel, dont j'ai dirigé la galerie. J'ai développé des projets avec l'artiste Allemand Jochen Gerz. Je suis devenue mère. J'ai travaillé pour une misère auprès de l'ambassadeur suisse auprès de l'Unesco...»

Entre deux villes 

Patience, patience... Nous revoici dans le marché de l'art, même si ce n'est pas encore ArtParis. «J'ai ouvert à Paris, pour des amis genevois, un espace voué aux pièces uniques. On y vendait un peu, bien sûr, mais parler de galerie commerciale me semble exagéré.» Il y a ainsi eu des mises en évidence de Jean-Luc Verna. De Marc Couturier. «Et cela a duré jusqu'en 2013. Depuis, j'ai monté des projets personnels. Je suis revenue à Genève. Et je me suis retrouvée à ArtParis. Je vis donc aujourd'hui entre les deux villes.» 

Mais les Amis de l'Ariana, alors? «Alors là, je me demande encore comment je suis arrivée à leur présidence! La céramique n'est ma spécialité. Aujourd'hui, j'apprends avec elle une nouvelle fois. J'ai été un peu poussée à me présenter, notamment par Nicolas Gagnebin. J'y ai vu un défi. Il fallait le relever. Je ne sais pas si j'ai l'étoffe d'une présidente.» Reste que Béatrice a été élue, en remplacement d'Ariane Bory. Et qu'il lui faut prendre les choses en mains. «Mais il s'agit d'une petite société, vous savez! Rien à voir avec les Amis des musées d'art et d'histoire dont s'occupe Charlotte de Senarclens. Nous restons pour l'instant dans les 250.»

Activités diverses

Il n'y en a pas moins plusieurs catégories. Les membres normaux, si j'ose dire. «Plus les couples. Les jeunes jusqu'à 30 ans.» Tout cela avec des cotisation différentes. «Le sommet, c'est bienfaiteur, qui deviennent membres à vie.» L'association ne sert cependant pas qu'à engranger de l'argent. «Il faut trouver des activités de visites, de conférences. De voyage aussi, J'en prévois un à Munich.» Parmi les Amis se trouvent aussi les bénévoles, qui donnent de leur temps. Il y a ainsi un petit bureau de renseignements au pied de l'escalier montant au premier étage. 

L'essentiel demeure cependant d'appuyer. «Il est écrit dans nos statuts que nous devons contribuer à la notoriété du musée et qu'il nous faut participer à l'enrichissement de ses collections.» Là se situe une pierre d'achoppement. Le comité est nombreux, neuf personnes, et du coup les avis aussi. Il y a donc des divergences, pour en pas dire plus, sur la pièce à acheter. «Mais aussi sur le fond. Je le sens bien. En ce moment, il y a ceux qui penchent pour l'acquisition d'une des pièces montrée par Fang Lijun dans le cadre de l'exposition «Espaces interdits». Mais il s'agit là de sculptures hyper fragiles, et donc à la conservation problématique. Cette sculpture ne se verrait pas montrée de manière permanente. L'extension destinée à la création contemporaine, que tout le monde désire naturellement, n'est pas pour demain. Certains Amis préfèrent du coup l'idée d'une belle poterie islamique du XIIIe siècle. Elle entrerait tout de suite, et pour longtemps, dans une vitrine des salles.» Il faudra bien trancher... 

Photo (Artcurial): Béatrice Micheli-Guenet dans le cadre de ses activité parisiennes.

Prochaine chronique le dimanche 12 février. Une nouvelle revue de photographie à été lancée à Artgenève. Elle se nomme «Transbordeur».

 

 

 

 

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