Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GENÈVE/Artvera's présente la production coréenne du Sud actuelle

Crédits: Artvera's

Il s'agit sans doute d'une première suisse. La Corée du Sud se retrouve invitée par la galerie Artvera's de Genève. C'est le résultat pour sa directrice de contacts pris à la Biennale de Venise, où «le pays du matin calme» possède depuis 1994 son pavillon. Un pavillon situé, ô ironie de l'histoire, à côté de celui qu'occupe son ennemi héréditaire le Japon. Comme on se retrouve... 

Neuf artistes de différentes générations se sont vus invités. Ils ont été choisis en commun par Sofia Komarova-Bolshanina et l'organisation Korea Tomorrow. L'idée était de diversifier autant que possible les propositions, comme on dit en art contemporain. Il existe ainsi un abîme entre les tissus tendus de CHA (on aime apparemment les majuscules en Corée...) Seungean et les petits oiseaux partout répandus sur sa peinture par le jeune JUNG Hai Yun. Les grands dessins figuratifs au fusain de LEE Jaesam n'ont rien à voir avec les fausses poteries que SHIN Meekyoung crée avec du savon. Au prix où elles sont, évitez peut-être cependant de tremper ces dernières dans l'eau.

Une occasion rare 

Chapeauté par les aînés KIM Yong-Ku et YOUN Meyeung-Ro, aujourd'hui octogénaires, l'ensemble donne une bonne idée de ce qui se produit du côté de Séoul, une ville comptant aujourd'hui dix millions d'habitants. Les occasions de découvrir globalement la création coréenne, plutôt vouée à la consommation nationale, demeurent en effet rares. Dans mes souvenirs, il n'y a eu en 2015 que celle fournie en marge de la Biennale de Venise, au Palazzo Polignac. Une belle exposition, parfaitement paradoxale. La production du pays le plus connecté du monde se retrouvait dans un bâtiment admirable certes, mais plutôt décati, avec tout juste l'électricité. 

C'est le critique d'art YOON Jinsup qui signe le grand texte du catalogue, après la présentation de Sofia Komarova-Bolshanina. Sa première phrase donne le ton. «Dans une civilisation digitale définie par Internet et les réseaux sociaux, comment des artistes contemporains doivent-ils créer leur langage?» Grave question. Tout est certes pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme dirait Voltaire, mais la Corée du Sud ne donne pas l'idée du pays où il fait bon vivre et créer. L'hyper-connexion jointe à l'hyper compétition a rendu beaucoup de gens fous. Dictature. Délation. Autisme. Corruption. Suicides. Quand on lit les reportages de fond sur ce qui restait une nation sous-développée en 1960, on se dit qu'on s'y trouve à peine mieux qu'en Corée du Nord. Mais ceci reste bien sûr une autre histoire...

La Galerie Artvera's maintiendra l'exposition jusqu'à la fin février. Elle l'emmènera une semaine à Artgenève, verni le 31 janvier, qui ouvrira au public le 1er février. Une exposition de classiques modernes, davantage dans la ligne de cette maison qui fête en 2017 ses dix ans, devrait suivre en 2018.

Pratique

«Korean Spirit», galerie Artvera's, 1, rue Etienne-Dumont, Genève, jusqu’au 28 février. Tél. 022 311 05 53, site www.artveras.ch Ouvert du lundi au vendredi de 9h30 à 18h, le samedi de 11h à 17h.

Photo (Artvera's): Fragment d'une oeuvre textile de CHA Seungean.

Texte intercalaire.

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."