Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Genève Enchères va bientôt disperser les photos de Marion Lambert. Un personnage!

Morte en 2016, la baronne avait collectionné le 8e art. Le gros des images s'est vu dispersé à New York dès 2004. Il y a cependant de beaux restes signés de grands noms.

La baronne Lambert.

Crédits: DR, photo parue partout dans la presse anglaise en 2016

Coucou, la revoilà! Marion Lambert sera la vedette «post mortem» des vacations de septembre chez Genève Enchères. La maison de la rue de Monthoux reprendra du service les 22, 23 et 24 septembre avec des ventes «présentielles», comme on dit depuis mars les choses avec un affreux néologisme. Il y aura aussi les anciennes «ventes silencieuses», devenues «online only». Le virtuel progresse, même si ce n’est pas autant que de l’autre côté du Rhône, chez Piguet. Je ne dispose pas encore du programme détaillé des réjouissances. Mais il me semble que la dispersion des photos de la succession de la baronne devrait faire partie des événements mondains et donc publics (1).

Née de Vries, Marion Lambert était connue comme le loup blanc à Genève, où elle vivait partiellement en bonne «jet-setteuse». On se souvient de la silhouette de cette femme de banquier belge. Immense. Autoritaire. Squelettique. Elle semblait avoir adopté le mot d’ordre de la duchesse de Windsor: «Never too rich, never too slim». La femme s’était distinguée comme collectionneuse, avec des ambitions de mécène. Elle s’était spécialisée dans le 8e art, achetant des images supposées audacieuses (Nan Goldin, Larry Clark, Robert Mapplethorpe…). Une partie d’entre elles devait se voir montrée à Genève en 1997 à l’intérieur de la banque familiale, qui ne les avait pas voulues. C’est alors que j’avais parlé en tant que journaliste de la chose, ce qui m’avait fait rencontré cette grande dame (du moins en centimètres). Nous avions failli finir en Justice, ce qui ne m’était jamais arrivé. Je l’avais cherchée. Elle m’avait trouvé. Tout a fini par une conciliation avec avocats. Elle lui a valu un droit de réponse… que la baronne n’a jamais exercé.

Douloureuse affaire familiale

En 2004, Marion Lambert avait vendu le gros de sa collection à New York. Trois cents clichés. Plus de neuf millions de dollars d’encaisses. Et on n’avait plus trop entendu parler de cette femme, toujours présentée comme «difficile». Du moins sur le plan artistique. En 2016 la banquière chutait à Londres. Elle se faisait écraser par un autobus. A Bond Street tout de même, question de «standing». La presse commençait par parler de «la fin tragique d’une septuagénaire». La dame était née en 1943. Puis quelques journalistes se souvinrent de «l’affaire». En 1997, sa fille de 20 ans s’était suicidée à Genève. Elle révélait dans une lettre qu’elle aurait (je suis obligé légalement d’user du conditionnel) été abusée par un ami de la famille entre 12 et 14 ans. La baronne a passé des années à tenter de faire condamner l’homme. Un ami de la famille. Ce dernier a toujours démenti, alléguant que les Lambert mère et fille étaient pour le moins perturbées. La plainte s'était vue classée.

Ce n’est bien sûr pas le cas humain qui se verra proposé rue de Monthoux, mais des images. Moins de grands noms américains qu’à New York. Du plus classique aussi. J’ai cependant relevé la présence de Brassaï, de Cecil Beaton, de Marcel Imsand (mais oui!), de David Seymour ou de Martine Franck. C’est tout de même pas mal! Il y a là de quoi largement doper les séances de Genève Enchères, qui se déroulent toujours dans une ambiance quasi familiale. On visitera les 18, 19 et 20 septembre. Pas de vernissage, mais un étalement des visites dans la journée. «Le mal court», comme disait le titre d’une pièce du dramaturge Jacques Audiberti. Espérons juste qu’il ne courra pas trop vite...

(1) Ouf! Le catalogue est en ligne depuis mardi matin. Il y a cinq ventes à la criée, dont celle de la baronne, les autres en ligne. Tapez www.geneve-encheres.ch

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."