Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Genève Enchères revient à la fin avril avec la collection lausannoise de David Sassoon

L'homme d'affaires liquide son immense pied à terre vaudois. Une centaine de lots, de taille mahousse. Il y aura en outre aussi bien les lettres d'Horace Bénédict de Saussure que des stylos.

Le Vallotton en vedette.

Crédits: Photo Genève Enchères.

C'est reparti pour un tour! «La plus grosse série que nous ayons eu jusqu'ici, sur le plan des estimations tout au moins», explique Olivier Fichot, l'un des membres du triumvirat de Genève Enchères avec Bertrand de Marignac et Cyril Duval. Les visites se dérouleront les 26, 27 et 28 avril rue de Monthoux, dans un quartier qui devient (hélas?) à la mode. Pour les ventes, il faudra attendre la semaine suivante. «Il y aura six vacations entre le 30 avril, le 1er et le 2 mai.» Le catalogue papier, avec une couverture très graphique, est bien sûr sorti de presse. «Le site a montré depuis longtemps déjà tous les lots des ventes ordinaires. Ceux de la vente silencieuse y ont été ajoutés quelques jours plus tard. Nous avons mis les objets en place le plus vite possible dans nos locaux afin de pouvoir permettre aux internautes une visite virtuelle.»

L'une des six vacations se verra entièrement dédiée à la dispersion de l'appartement lausannois de David Sassoon. «Un pied à terre immense, en dessous de la gare avec, en supplément, un studio dont se contenteraient bien des familles à Genève.» L'homme y passait de temps en temps quelques jours. «Il l'avait fait décorer en tenant compte des goûts locaux.» Le lot vedette sera ainsi un énorme Félix Vallotton, modestement estimé entre 100 000 et 150 000 francs. Il représente un baigneuse, un pied dans l'eau. Mais pour une fois, le modèle se voit presque flatté. L'amateur ne retrouve pas ici la légendaire misogynie du Vaudois. Un autre nu, nacré celui-ci, est dû au pinceau de son compatriote Rodolphe-Théophile Bosshard. «Il devrait faire entre 7000 et 9000 francs.» Nous voici loin des prix de naguère pour l'artiste, d'autant plus que la toile possède un bon pedrigree. Mais cette toile, très séduisante, peut naturellement «grimper».

Les Rothschild de l'Orient

Tout semble par ailleurs démesuré dans cette vente Sassoon. Les canapés permettraient des parties fines à au moins quatre personnes. Un éléphant, conçu comme un élément de décor, risque de se révéler bien encombrant chez le commun des mortels. «Genève Enchères a obtenu cette vente grâce à des relations. Nous connaissions quelqu'un qui connaissait David, encore bien vivant.» D'autres maisons de la place étaient bien sûr intéressées. Il faut dire qu'il s'agit lé d'un nom un peu magique. Les Sassoon, du nom de la ville turque de Sassoun, constituent un peu les Rothschild orientaux. Une famille avec laquelle ils se sont du reste tôt alliée par mariage. La fortune du clan remonte à un autre David, né en 1792. Elle a commencé à Bagdad, puis elle s'est poursuivie aux Indes à cause de persécutions antisémites. Les Sassoon ont beaucoup fait en matière de synagogues et d'organisations charitables, ce qui correspond bien à l'éthique actuelle. Leurs immenses richesses étaient basées sur le commerce de l'opium en direction d'une Chine que les Anglais voulaient abrutir pour mieux la coloniser. Voilà qui correspond moins à nos valeurs présentes.

Dans l'appartement de David Sassoon à Lausanne. Photo Genève Enchères.

Les cinq autres ventes à la criée, et Olivier Fichot crie très bien, proposeront comme de coutume un peu de tout. «Il y a une série asiatique, avec laquelle il faut toujours compter sur des surprises.» Une quantité effarante de stylos. De luxe, bien évidemment. Un sarcophage romain, petit modèle, avec Pluton et Proserpine. Un étonnant tableau de 1761 montrant Frichting d'Uttige en apiculteur. L'atelier du peintre genevois John Torcapel (1887-1965), à ses débuts disciple de Ferdinand Hodler, dont les meilleures pièces se verront Dieu merci vendues à l'unité. Un magnifique paysage tout en largeur du Chaux-de-Fonnier Charles l'Eplattenier, digne d'Orsay, daté de 1904. Trente-sept lettres autographes d'Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799) qui feraient bien à la Bibliothèque de Genève, qu'a solidement reprise en mains Frédéric Sardet. Des quantités d'objets en forme de Tintin. Une vue de Dunkerke d'Eugène Boudin remontant à 1889. «C'est un tableau bien connu, catalogué, que nous proposerons entre 50 000 et 80 000 francs.» Boudin s'adresse à un public vieillissant, comme bien des choses, mais il s'agit là d'un bon exemple de son art.

Albert Anker et André Lhôte

Voilà. Quand j'aurai cité l'aquarelle d'Albert Anker, avec l'inévitable fillette en train de lire (notez qu'elle aurait aussi pu tricoter), une nature morte précoce d'un goût cézannien d'André Lhôte et une suite de Bouddhas aussi bien chinois que thaïlandais, j'aurai tout dit. Enfin tout dans le cadre d'un article. Il sera bien sûr possible d'enchérir par téléphone ou sur le Net. Le spectacle vaut cependant ici la peine d'être ici la peine d'être vu et entendu, ce qui n'est pas forcément le cas dans les ventes genevoises. Et puis, la passion se sent dans la salle. Pas au bout d'un portable! Notez que vous prenez tout de même des risques. Olivier Fichot donne envie d'acheter, rien que pour lui faire plaisir.

Pratique

Genève Enchères, 38, rue de Monthoux, Genève, visites du 26 au 28 avril de 12h à 19h, ventes les 30 avril, 1er et 2 mai. Tél. 022 710 04 04, site www.geneve-encheres.ch 

Post-scriptum

Où en est-on par ailleurs avec les maisons d'enchères helvétiques? Si Piguet multiplie à Genève les communiqués de victoire, il n'en va pas de même pour tout le monde. Jugez plutôt. A Lausanne, Galartis a mis la clef sous le paillasson. Faillite en février dernier. Une mauvaise nouvelle pour Catherine Niederhauser, qui fête cette année les trente ans de sa galerie du Grand Chêne. Elle s'était associée avec le Valaisan Pierre-Alain Crettenand, qui dirigeait à Sion la Galerie du Rhône. Les compères avaient d'abord vendu à Martigny, puis près de Lausanne, sur les hauts de la ville. En Suisse alémanique, la galerie Fischer n'est pas la seule à s'être mise en veilleuse il y a deux ou trois ans. Stucker a limité au maximum son personnel à Berne. Plus que trois personnes, dont bien sûr le comptable. Il n'y aura (à moins d'une surprise) pas de ventes ce printemps. Bailly & Beuret, à Bâle, ont été amenés pour leur part à s'associer avec Widmer de Saint-Gall. Le trio est installé à Bâle.

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