Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Genève Encheres proposera à la mi-septembre ses ventes d'automne. A découvrir!

Les oeuvres peuvent déjà se voir en ligne. Aucun lot fabuleux ne se détache. En regardant bien, l'amateur y fera cependant nombre de trouvailles à petits prix.

Le groupe en bronze de Barye, qui fait la couverture du catalogue.

Crédits: Genève Enchères, Genève 2019.

2014-2019. Cinq ans d'existence déjà. Une petite éternité dans le monde où nous vivons aujourd'hui. Genève Enchères repart en septembre pour une nouvelle série de ventes. Elles se dérouleront 38, rue de Monthoux les 17, 18 et 19 septembre, avec les jours de visite fixés aux 13, 14 et 15. Pas de «House Sale» ici. Tout se passera sur place, Olivier Fichot faisant comme de coutume office de commissaire priseur. On restera en famille, avec une partie de celles de ses co-équipiers Cyril Duval et Bertrand de Marignac au téléphone, à la comptabilité ou à l'accueil. Il y aura du coup le petit café et les biscuits maison de la grande-mère de Bertrand, qui aura passé un ou deux jours aux fourneaux. Le savoir-dépenser des uns fait ici face au savoir-vivre des autres.

Au vu du catalogue, visible en ligne depuis quelques jours, nous avons cette fois affaire à ce que l'on appelle une «vente courante». Pas de collection venue d'un bloc, comme ce printemps le contenu de l'appartement lausannois occupé par David Sassoon. Pas d'ensemble archéologique à même de faire fulminer les ayatollahs du patrimoine. Aucun objet nazi en mesure de titiller les garde-chiourme du politiquement correct. Rien qu'un millier environ de tableaux, de meubles et d'objets, plus une partie (invisible pour l'instant sur ordinateur) qui se verra proposée en «vente silencieuse». Cela ne signifie pas que la salle doive parler pendant les autres ventes. Mes bavardages m'ont déjà valu plusieurs rappels à l'ordre. «On vous entend trop, Monsieur Dumont.» Je n'en ai pas moins une réputation d'enfant terrible à soutenir.

Montres et bijoux

Pourquoi ai-je écrit d'emblée «courante»? Parce qu'il n'y a là aucun lot estimé à un prix fou. Pas de «highlights», comme disent en se gargarisant le gosier Christie's ou Sotheby's. La plus forte estimation va ainsi au numéro 936. Une Patek à calendrier annuel. Entre 20 000 et 30 000 francs. Autrement, ce sont les bijoux qui obtiennent en général les plus hautes prisées. Ils peuvent sembler discrets comme le 1102, une bague avec un diamant en taille émeraude (7000-9000), ou se révéler tapageurs. J'ai ainsi un faible pour le 1018, un bracelet serpent dans le genre que celui que conçu vers 1900 Alphonse Mucha pour Sarah Bernhardt (5000-8000).

Le canapé des frères Bouroullec. photo Ronan et Erwan Bouroullec, Genève Enchères, Genève 2019.

Autrement, il y aura comme de coutume du contemporain, de l'art asiatique, des pièces anciennes et des production suisses qu'on eut jadis qualifiées d'«helvetica». Le marché du meuble classique passe pour difficile. J'ai cependant noté une belle console Louis XV en fer forgé (657, entre 10 000 et 15 000) et une intéressante fontaine d'intérieur en marbre de la même époque (656, entre 8000 et 10 000). Si vous possédez un appartement assez haut de plafond, je vous recommande un régulateur de parquet toujours Louis XV, de 217 centimètres de haut (655, entre 3000 et 5000) ou une somptueuse armoire bordelaise des années 1770 en acajou (lot 678, entre 1000 et 1500). Mais là, je vous signale tout de suite qu'elle mesure 278 centimètres, ce qui limite le nombre des acheteurs. Il y a aussi un joli marbre signé Carrier-Belleuse. Plus petit, mais lourd (lot 563, entre 3000 et 5000).

Coups de coeur

A par ça, c'est comme dans toutes les ventes courantes. Le lecteur se dit au départ qu'elles ne contiennent rien. Rien de bon, en tout cas. Puis il y déniche une chose. Ensuite une autre. Et ce n'est pas fini! Il s'ajoutera encore de petits coups de cœur au moment des visites. Tout ne se voit pas placé ici sous le signe de l'évidence. Il y a des curiosités comme ce portrait de femme parfaitement réaliste réalisé par celui qui deviendra en pleine nature Christo (lot 65, entre 1500 et 2000 francs). Certains peintre apparaissent sous-cotés, même si l'Olivier Debré (lot 76) se voit tout de même prisé entre 10 000 et 15 000 francs. Les amateurs d'exotisme regarderont les aquarelles réalisées en Perse par Jules Laurens (lots 481-488, entre 500 et 700 francs). Un canapé conçu par les frères Ronan et Erwan Bouroullec ravira les amis d'un design pas encore trop vu (lot 220, entre 300 et 500 francs).

Je terminerai en disant que la couverture du catalogue, comme toujours très réussie ici, représente un beau groupe en bronze de Barye représentant Thésée luttant avec le centaure Biénor. Numéro 577. Entre 5000 et 7000 francs. Belle pièce. Son acquéreur pourra en plus se targuer d'une certaine culture. C'est qui, Biénor, au fait? Allez, je vous dis tout! Il s'agit d'un des participants au banquet de mariage de Pirithoos, roi des Lapithes. Encore un repas de famille qui a mal tourné!

Pratique

Site www.geneve-encheres.ch

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