Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Genève Enchères a renoué avec les ventes avec spectateurs. Succès presque total!

L'invendable est parti. Il n'y avait pas là des merveilles, mais les gens se sont montrés très acheteurs. La vente "à la criée" a apparemment encore de beaux jours devant elle.

Dans la vente d'art suisse figurait "Le philosophe" de Baldo Carugo, un Tessinois mort à 27 ans en 1930. Prix: 3300 francs au lieu de 400 ou 500. Un tableau aussi étrange risque de faire maintenant carrière. A mon avis, on le reverra ailleurs.

Crédits: Genève Enchères, 2020.

Tout s’est bien passé! Genève Enchères a proposé les mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 juin les premières ventes locales avec public depuis le confinement. Piguet fera de même à la fin du mois. A Bâle, il en ira également ainsi pour Bailly et Beurret. J’ignore en revanche si beaucoup de spectateurs étaient présents cette semaine à Zurich chez Koller, dont je n’ai pas de nouvelles récentes. Et comme tout change chaque jour, dans le bon sens pour le moment…

Rue de Monthoux à Genève, où les travailleuses du sexe se sont parallèlement remises au turbin, la première surprise a été le monde. Bien sûr, les sièges (assez peu rembourrés, j’ai encore l’arrière-train en capilotade) avaient été espacés. Il n’en demeure pas moins que pour la vacation consacrée à l’art classique, tous étaient occupés. Il en allait presque de même pour celle vouée à l’art du XXe siècle «et contemporain». Voilà qui dément la doxa voulant que les salles se voient désertées au profit des ordres écrits, du téléphone et d’internet. Un peu trop de moyens d’acheter à surveiller, comme l’a souligné le commissaire priseur Olivier Fichot, qui a en plus dû parfois meubler la conversation. Problème technique… Les acquéreurs sur Internet devraient aussi noter que le clavier d’ordinateur reste plus lent que le doigt se levant. Ils sont souvent sortis perdants.

Des ventes courantes

Durant les cinq séances, presque aussi longues qu’on opéra wagnérien, presque tout a trouvé preneur. C’est là le vrai miracle. Il s’agissait en effet de ce que l’on pourrait appeler des ventes courantes. Aucun chef-d’œuvre. On n’est ni chez Christie’s, ni chez Artcurial à Paris, l’Hôtel Drouot redémarrant à ce que je me suis laissé dire pour le moins mollement. Et pourtant… Avec beaucoup de bagout, le commissaire priseur s’est livré à un numéro tenant tantôt du dompteur de lions (air sévère, verbe haut) tantôt du charmeur de serpents (voix douce, geste encourageant). Ce savant mélange, qui devait pallier l'absence sur scène des objets présentés "en vrai", a porté ses fruits. L’invendable est parti. Oh, à des prix que l’on qualifie dans ces cas-là de «très doux». La chose n’en signifie pas moins que des tableaux faibles, des meubles encombrants et des tapis démodés ont changé de propriétaire.

Y a-t-il eu de grosses surprises? Pas vraiment. Ah si! Une coupe en argent aux armes des Wattenwyl de Berne, prisée entre 200 et 300 francs a fini par partir à 60 000. Il semble, d’après un ami expert, que la pièce ne soit en fait pas une copie du XIXe siècle, mais un original du XVIIe. Les beaux meubles 1880 dont je vous ai parlé sont restés sur le carreau. Goût anglo-saxon. Et comme les Anglais et les Américains restent en ce moment chez eux... Enormes et lourds un plus. Plus léger, presque aérien, le porte-manteau viennois de Marcel Kammerer a cependant passé de 12 000-15 000 francs à 50 000 (prix au marteau). Il s’est aussi plus modestement trouvé quelqu’un (ou quelqu’une, ne soyons pas sexiste) pour payer 7 500 francs les vingt-deux éléments d’un canapé modulable de 1972 cosigné par Eleanore Peduzzi, Uli Berger, Riva Heinz Ulrich et Klaus Vogt pour DeSede. La crise du logement ne sévit apparemment pas pour tout le monde.

La suite en septembre

Au final, le trio d’associés était content chez Genève Enchères. Aussi bien Olivier Fichot au marteau que Cyril Duval (avec des souliers argent)au téléphone et Bertrand de Marignac à Internet. La suite en septembre. Soyons optimistes! Après tout, il n’y a que les médias pour souhaiter le retour le plus terrifiant possible de la pandémie. C’est bon pour les affaires. Enfin, les leurs! Parce que pour celles des autres...

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