Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Genève distingue trente bâtiments de la fin du XXe siècle autour de la Rade

C'est le triomphe des années 1950 à 1980. Il est permis ne pas toujours être d'accord. Ma chronique partiale, injuste, mais personnelle. On a le doit de penser ce qu'on veut.

Le bâtiment de la place Bel-Air construit à l'époque pour la Lloyds.

Crédits: Tribune de Genève

Soyons clairs. Là, je vous résume quelque chose de publié il y a quelques jours dans la presse genevoise. Vous avez sans doute même lu les articles en question. Rien de neuf apparemment sous le soleil, puisque celui-ci a recommencé à briller. Genève a inscrit à son plan de site de la Rade trente bâtiments datant de la seconde moitié du XXe siècle. Des petits jeunes. Aucun d’eux, ou presque, n’aurait pu candidater lors de la précédente liste, établie en 1993. Il faut chez nous un recul de trente ans pour avoir ensuite droit à un semblant d’éternité.

Un bâtiment ostentatoire édifié près de l'historique Molard. Photo 20 Minutes.

«Plus on lève le nez, plus on découvre que Genève est une ville formidable», a déclaré Francesco Della Casa, architecte cantonal, dans «20 Minutes». Moi je veux bien. Mais il faut alors le dire vite. Je pense, comme beaucoup d’autres, que la cité a été incroyablement amochée dans les années 1950 et 1970. On a lors démoli d’innombrables bâtiments qui auraient mérité de se voir conservés. Bien d’autres ont failli passer sous la pioche, de l’Hôtel de la Métropole, sauvé par un référendum, à la Tour Blavignac en passant par les Halles de l’Ile. Les édiles (je me souviens en particulier que Claude Ketterer, que je détestais) se transformaient en fossoyeurs du patrimoine. Il fallait tout bouleverser, avec des immeubles dont certains étaient prévus pour durer à peine vingt ans. C’est notamment le cas pour plusieurs créations audacieuses, disparues elles aussi, de Marc-Joseph Saugey.

L'art de se chercher des pères

Dans l’actuelle liste, il y a un peu de tout. La chose va d’un bon 1950, comme le bâtiment édifié en son temps pour la Lloyds place Bel Air, au sous-Mario Botta que demeure pour moi le nouveau siège un peu clinquant de la BCGe en l’Ile. Le modeste, dont fait partie le garage abandonné du bout de la rue des Eaux-Vives, côtoie le tape-à-l’œil du bâtiment de la rue du Rhône abritant aujourd’hui Vuitton. Directeur du Service des monuments et sites, Jean-Frédéric Lüscher parle pour la série entière de «bâtiments de très haute qualité». Disons que celle-ci ne m’avait pas frappé jusqu’ici. Mais Lüscher est architecte. Et pour cette profession rien n’apparaît aujourd’hui plus beau que ce qui s’est fait il y a une quarantaine d’années. Que voulez-vous? Ces gens se cherchent aujourd’hui des pères bétonneurs.

Francesco Della Casa. Photo RTS.

Vous me direz que je suis sévère. Mais tout reste affaire de goût. Le personnel, bien sûr. Mais aussi celui d’une génération. La mienne. Je me sens ainsi heurté d’avoir vu retenir l’immeuble du bout du quai Gustave-Ador, que j’ai vu construire presque en face de Baby Plage. Pour moi, c’est une verrue. Le bâtiment remplace surtout un charmant petit hôtel particulier fin XIXe ne demandant qu’à survivre. Cela dit, il ne s’agit quand même pas d’un vrai classement. Genève n’aime guère prononcer une mesure aussi radicale. Le canton ne compte que 279 objets bénéficiant d’une telle protection. Il n’y a pas non plus, si j’ai bien compris, inscription à l’inventaire. Il s’agit juste de maintenir plus ou moins en l’état un ensemble paysager et urbanistique. Autrement dit une certaine ligne. Un gabarit déterminé.

Et les Feuillantines?

Voilà. J’ai dit. Et puisqu’on aborde le sujet patrimonial local, quand classe-t-on enfin la villa les Feuillantines, près de la place des Nations, au lieu d’y construire une Cité de la Musique? Je me le demande. Il faut dire que je n’aime pas beaucoup le bruit.

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