Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

GALERIE/Pierre Huber ferme. Laurence Bernard le remplace en septembre

Crédits: DR

Il y a des choses qui font bizarre. Quand je passais à la rue des Bains, j'avais depuis longtemps pris l'habitude de voir dans le bureau du Cabinet PH, la dernière version en date de la galerie de Pierre Huber, sa collaboratrice Françoise imperturbablement posée face à son ordinateur. Quand elle me remarquait à travers la vitrine, ce qui était rare vu sa concentration, elle me faisait un petit signe. Eh bien, c'est fini! Depuis le 1er juillet, le lieu reste désert. Comme le sont du reste plusieurs enseignes ayant quitté Genève. S'il y a des frémissements (en l'occurrence du papier blanc) derrière les vitres de l'ex-Jancou, rien ne se passe depuis bientôt deux ans dans l'ex-Mitterrand & Cramer. 

Pour Pierre Huber, c'est la fin d'une «aventure de trente-cinq ans». Elle avait commencé en marge de la cuisine dans un restaurant de Cartigny, qui s'appelait L'Escapade. Puis il y avait eu un bel et grand espace au boulevard Helvétique, situé sous la terrasse Saint-Victor. On a ensuite connu celui qui était devenu un galeriste international coté (Art/Basel, la foire de Shanghai...) rue de l'Arquebuse. Puis ce furent les Bains. L'homme a lancé le quartier en tant que pôle d'art contemporain. La vie de galerie se cantonnait auparavant dans la Vieille Ville. Pierre a d'abord occupé un espace gigantesque, avec sous-sol et passage public, où une fresque se voyait régulièrement renouvelée par un autre créateur. Puis ce furent, dans la maison d'à côté, deux cabinets séparés par une entrée d'immeuble. C'était petit, mais raffiné avec ses murs gris et la vue sur le jardin derrière.

La Chine, puis l'Inde 

Je ne vais pas ici vous refaire toute la carrière de Pierre Huber, qui fut auparavant, dans ce qui semble maintenant d'autres vies, professeur de gymnastique au Rosey ou responsable de la salle de sport d'un palace de Lisbonne. Elle a connu ses très hauts et ses très bas, avec une véritable persécution judiciaire provoquée par un confrère. Celle-ci a duré de nombreuses années, empiosonnant la vie du Genevois. Mieux vaut dire ici que ce «flaireur», qui avait découvert un art international et dynamique et ouvert à New York, fut l'un des premiers à s'intéresser à la création non conventionnelle chinoise, puis indienne grâce à une curiosité sans cesse en éveil. Qu'il est aussi un collectionneur du genre sympathique, c'est à dire boulimique. Une petite partie de son ensemble a ainsi été présenté il y a bien des années au Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne. 

Pierre Huber a décidé de s'arrêter «quand il était en forme». C'était pour lui la solution sage. Son départ de Genève coïncide de plus avec la retraite de sa collaboratrice Françoise. Dire qu'il s'agit d'une disparition serait cependant tout sauf exact. Il y a longtemps que l'ex-galeriste a entamé une autre activité. Elle se situe au Portugal, devenu une patrie d'adoption. C'est là qu'il a restauré une ancienne petite fabrique, aux murs extérieurs en partie couverts d’azulejos. Il y a eu d'énormes travaux, qui ont duré des années. Tout était à refaire. Une fondation, dont le premier accrochage a été révélé en mai dernier, présentera par roulement sa collection d'une qualité muséale. Il s'agit là d'un endroit plus privé que public. Retenez le nom. C'est la Villa Rafaela.

Nouveau départ 

Et que va devenir la galerie? Eh bien, elle ne va pas changer d'affectation. Laurence Bernard va prendre la place laissée libre, quittant pour cela la rue des Vieux-Grenadiers, où elle occupait l'arcade laissée libre par le départ de Tracy Müller. J'ignore ce qui arrivera à la rue des Vieux-Grenadiers, où reste Skopia. Je peux en revanche vous dire quand le nouveau lieu ouvrira ses portes. Ce sera le 12 septembre. Un mardi. Deux jours plus tard, il y aura la Nuit des Bains. 

Pierre Huber est ravi d'avoir Laurence comme repreneuse. Il est persuadé qu'elle fera «du bon travail». C'est qu'il lui faudra tenir la comparaison, même si la jeune galeriste propose un tout autre genre de programmation à pas tout à fait les mêmes prix. Si vous voulez vous faire une idée de ses options, passez d'ici le 22 juillet au 2, rue des Vieux-Grenadiers. Il y a là une exposition Koka Ramishvili. Un Georgien, né en 1955 qui s'est installé à Genève il y a quinze ans. Le public y découvre des aquarelles, des photos de Grèce et des maquettes inspirées par Giorgio de Chirico. C'est une jolie présentation. Très cohérente.

Pratique 

www.galerielaurencebernard.ch Tél.076 329 60 28.

Photo (DR): Pierre Huber et Laurence Bernard. Passage des pouvoirs.

Texte intercalaire.

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