Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

FLORENCE-VIENNE/Le super-directeur Eike Schmidt fait des vagues

Crédits: Alberto Pizzoli/AFP

Cela ressemble à de la cuisine interne. Avec trois étoiles cependant pour ce qui est de la qualité des établissements. Eike Schmidt succédera en 2019 à Sabine Haag à la tête du Kunsthistorisches Museum de Vienne. La dame, que l'on a vue au cinéma dans le magnifique documentaire «Das grosse Museum» de Johannes Holzhausen en 2014, n'a pas obtenu de prolongation. Il faut dire qu'arrivée au pouvoir en 2009, cette femme de 55 ans a déjà rempli ses deux mandats. Il y a une fin à tout... 

Né en 1968, l'Allemand Eike Schmidt la remplacera au terme d'un parcours sans faute, du genre bon élève. L'homme a passé par différents postes à la National Gallery de Washington, au Getty Center de Los Angeles et à Sotheby's Londres. Il est monté sur la plus haute marche du podium à Minneapolis avant d'arriver, mais oui, à la tête des Offices de Florence en 2015. Sa connaissance du terrain avait aidé à sa nomination, le ministre italien Dario Franceschini ayant pour la première fois dans son pays élargi le concours aux étrangers. Schmidt avait vécu en tant que boursier plusieurs années à Bologne et à Florence. Voilà qui tombait bien!

Projets déjà lancés 

Là où les choses tombent mois bien, c'est que ce monsieur rend son tablier après moins de deux ans, même s'il restera près de ses Botticelli et de ses Piero della Francesca jusqu'en 2019. Les Offices sont une institution fragile. Il y a d'innombrables problèmes à résoudre dont celui, lancinant, des flux de visiteurs. Pour avoir redécouvert la file (ou plutôt les trois queues, vu qu'il y a les pass, les réservations et les gens sans billets) la semaine dernière, je peux vous dire qu'il faudra une fois s'attaquer de front à la question. Mais comment Schmidt aura-t-il maintenant la moindre crédibilité face à son personnel et à l'administration? Déjà que ses relations avec le maire Dario Nardella tournaient à la catastrophe.

Schmidt avait de plus lancé de vastes projets. Il y avait la réouverture, après des décennies, du Corridor Vasari séparant les Offices du Palazzo Pitti, ce dernier figurant aussi dans son dicastère. L'Allemand avait promis d'élever le département mode, logé à la Meridiana du Pitti, au statut de musée en soi. Il avait prévu de dédoubler le parcours des Offices, ce qui s'était vu vivement critiqué. Il y aurait ainsi eu le circuit des chefs-d’œuvre à l'intention des gens pressés et celui des pièces un peu moins importantes, sans tomber pour autant dans la Série B. Un chambardement qui aurait obligé à déplacer presque toutes les œuvres exposées. Des milliers.

Presse déchaînée 

La presse s'est déchaînée après l'annonce du transfert, comme on dit en football. "La Reppublica» a parlé de «douche froide». «Il Giornale dell'Arte», que je cite souvent, a évoqué les lourdeurs bureaucratiques ayant amené à ce qui constitue finalement une démission. Antonio Natali s'est enfin lâché lors de ses interventions dans la presse. Il faut dire que l'Italien avait été démis de la direction des Offices par Franceschini. Il tenait sa revanche. Et le malheureux Schmidt avait osé dire de son prédécesseur qu'il avait mené «une politique de supermarché». 

Cette affaire misérable resterait sans importance si elle ne touchait pas une institution aussi importante que le complexe Offices-Pitti. Elle apparaîtrait moins grave si elle n'était pas symptomatique d'un mal actuel. Les musées ne réussissent plus à trouver les figures charismatiques les symbolisant aux yeux des spécialistes comme du public. Avant de passer d'un directeur à l'autre, l'avant-dernier en date ayant même été révoqué, le «Met» new-yorkais s'incarnait dans la personne de Philippe de Montebello. Le Louvre a été représenté par Pierre Rosenberg, puis Henri Loyrette. Orsay se résumait presque à Guy Cogeval. Neil McGregor vient de quitter le British Museum à 71 ans. Et les Offices portaient naguère un nom. C'était, en dépit d'une personnalité difficile, celui d'Anna Maria Petrioli Tofani, partie à la retraite en 2005.

Des pions 

Aujourd'hui, comme dans les banques ou les ministères, les gens vont et viennent. A peine sait-on leur nom qu'ils ont déjà changé de poste. Cela n'est-il pas préjudiciable à ce qu'on appelle une politique muséale et culturelle? A un calendrier d'expositions? Aux liens avec le privé? Au poids nécessaire vis-à-vis de politiciens? A l'image publique? Oui, bien sûr. Mais qui s'en soucie dans un monde où les gens se déplacent comme des pions?

Photo (Alberto Pizzoli/AFP): Eike Schmidt devant «La naissance de Vénus» de Botticelli.

Texte intercalaire.

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