Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Fine Arts Paris a confirmé sa jeune réussite au Carrousel du Louvre parisien

La jeune foire d'art ancien a réuni 45 marchands du 13 au 18 novembre dans un cadre intime. Trop intime sans doute. La manifestation déménagera en 2020 aux Invalides.

La "Vénus verte" de La Piscine, qui faisait l'affiche de 2019.

Crédits: La Piscine, Roubaix 2019.

Essai confirmé! L'an dernier, Fine Arts Paris s'installait au Carrousel du Louvre début novembre. La foire n'en était pas à sa première édition. Celle-ci avait eu lieu en 2017 à la Bourse, vite jugée trop petite. Il fallait autre chose. Un cadre plus large, puisqu'on y parle essentiellement de peinture. A vrai dire, cette foire intime constituait déjà une résurgence. Il y avait eu auparavant et sous une autre houlette Paris Tableau, qui avait fini par intégrer la Biennale des Antiquaires. On sait que celle-ci connaît une agonie dont la lenteur rivalise avec celle des héroïnes d'opéra. Paris Tableau avait donc repris ses billes pour une calamiteuse édition à.... Bruxelles. Je vous en avais parlé. La capitale française s'imposait. Un nouveau nom aussi. Une autre équipe itou. Il y a par conséquent beaucoup de tableaux anciens à Paris Fine Art, les participants tendant fatalement à rester les mêmes.

Du 13 au 17 novembre 2019, Fine Arts Paris s'est donc redéployé au Carrousel. Dans une seule des trois halles, et c’est là le problème. Le lieu ne peut accueillir que 45 participants, dont la plupart devront se contenter de vingt-cinq mètres carrés. Autant dire que les toiles présentées, comme les sculptures et objets restaient pour la plupart de petite taille. Le salon n'offre du coup rien de muséal, et c'est sans doute tant mieux. Il semble logique de s'adresser pour une fois aux particuliers. La chose n'empêche pas les directeurs d'institutions les plus dynamiques de venir faire leur marché. Olivia Voisin, qui a entrepris avec succès de réveiller Orléans (qui n'a pourtant rien de Los Angeles ou de Shanghai!), a ainsi fait le sien chez Descours, de Lyon et Paris. Une esquisse de Deshays, le gendre de Boucher, mort en 1765. Un bronze de Pradier, qui était je vous le rappelle Genevois.

Un long vernissage

Le 12 au soir, c'était bien sûr le vernissage. Une chose de longue haleine: 15 heures-22 heures. Un habile moyen d'éviter la foule, même si les Parisiens se déplacent toujours tard. A 15 heures, le curieux pouvait apprécier le décor. Simple. Sobre. «Il s'agit de mettre le contenu des stands en valeur et non le scénographe», expliquait le directeur Louis de Bayser. Le visiteur avait ainsi envie d'entrer chez les exposants, et, pourquoi pas, de discuter. Les lumières tamisées et la faible hauteur de plafond n'incitaient peut-être pas à la confidence, mais du moins aux échanges. Il y avait en plus tout le monde voulu pour cela. Echarpe rouge autour du cou, c'est son emblème, Pierre Rosenberg, directeur honoraire du Louvre voisin, était entré le premier au Carrousel. A tout seigneur, tout honneur, aurait-on dit jadis.

Antiques et tableaux italiens chez Antoine Tarantino. Photo Connaissance des Arts.

Entre deux bavardages (dont certains tenaient inévitablement de la gentille médisance commune à tous les petits milieux), le public choisi avait cependant bien des choses à se se mettre non pas sous la dent, mais l’œil. Les marchands avaient presque tous accompli un effort pour présenter de manière agréable de bonnes choses. Le stand de Perrin tournait autour d'un immense tableau du Chevalier Volaire représentant une éruption du Vésuve au XVIIIe siècle. Chez Aaron, c'était une esquisse pour un gigantesque plafond de Pierre, sans doute jamais exécuté. Chez le même spécialiste, le visiteur retrouvait (mais à un autre prix!) «La tendresse conjugale» du Boilly, vendu naguère bien sale à Genève chez Piguet. L'occasion pour moi de rappeler que l'énorme ouvrage en deux volumes sur le peintre lillois par Etienne Breton et Pascal Zuber sort enfin de presse le 4 décembre après... 28 ans de travail.

Petits tableaux amassés

Seul, Steinitz proposait un stand surchargé. C'est le péché mignon de ce grand antiquaire, aujourd'hui installé rue Royale, qui tentait ici de faire un Versailles sur un espace à peine plus grand qu'une «studette». Le meuble du fond, «bourguignon, autour d'Hugues Sambin, fin du XVIe siècle», pour reprendre les propos du vendeur, ne s'en révélait pas moins somptueux. Les Enluminures, qui dirige une Américaine aussi Américaine que possible, ne connaissait bien sûr pas les mêmes problèmes de place. C'est petit, un manuscrit. Mais beau. Mais cher. J'aurais hésité entre une Bible de Paris des années 1250-1270 et les Heures de Philipotte de Nanterre, décorées au XVe à Amiens. Des merveilles!

Accrochage serré chez Rafael Valls. Photo Connaissance des Arts

Que faire avec des tout petits tableaux? Les entasser sur un mur, à l'ancienne. C'est ce qu'ont aussi bien imaginé  Fabienne Fiacre, qui ne possède d'ordinaire aucune visibilité rue de l'Université, et Rafael Valls, venu de Londres. Un des rares étrangers, avec le Zurichois Arturo Cuellar ou la New-Yorkaise Jill Newhouse. C'est sans doute là l'un des défauts de jeunesse de Paris Fine Arts. La foire n'a pas encore réussi à s'internationaliser, alors que les gros clients n'habitent en général pas (ou plus) en France. On entendait bien un peu d'anglais dans les allées le soir du vernissage. Mais cela restait très minoritaire. Pas d'espagnol. Et pour ce qui est du chinois, les Chinois passant par ailleurs pour des clients impitoyables et mauvais payeurs, il ne faut pas rêver...

Antiques et bronzes

Il y avait peu de meubles à Paris Fine Art. Peu de dessins aussi, le Salon du Dessin, géré par la même équipe ayant lieu à la Bourse dans quatre mois à peine. Mais de l'archéologie, oui. Le secteur a beau sembler miné, et du coup laminé. Le visiteur découvrait de superbes vases grecs chez Antoine Tarantino, qui aime à les allier à de la peinture baroque italienne, et des marbres chez Jean-David Cahn. Le Bâlois avait refait en plus petit (mais pas en moins beau) son stand blanc de Maastricht. Les bronzes modernes étaient eux aussi bien à la galerie Quai Malaquais (qui ne se trouve plus quai Malaquais...) qu'à l'Univers du Bronze, Sismann donnant plutôt (et plutôt bien du reste) dans la sculpture ancienne.

Le stand blanc de Cahn. Photo Connaissance des Arts.

Sans réel chefs-d’œuvre, mais d'un très haut niveau moyen (je passerai sur les exceptions), la foire se devait d'avoir un invité muséal. Elle a pris un vainqueur dans la mesure où La Piscine de Roubaix constitue l'une des institutions de régions drainant le plus de public dans une ville pourtant déshéritée. La Piscine proposait donc quelques entrée récentes, dont des pièces contemporaines. Elle avait même le droit à l'affiche avec la «Vénus verte» (1929) d'Albert Sala. Une Vénus en robe verte, je précise. Ici, rien n'était à vendre. Je signale cependant que j'ai vu beaucoup de points rouges sur certains stands. Il faut dire qu'il y avait aussi quelques petit prix.

Sous tente

En 2020, Paris Fine Arts ne se déroulera plus au Louvre. «Trop petit et nous faisons face à une importante demande de participation», explique Louis de Bayser. Les halles contiguës n'étant pas disponibles, le salon émigrera aux Invalides. Sous tente donc, avec ce que cela peut supposer comme pluie et comme boue en novembre. Les Invalides (où devait se dérouler le salon d'art Sublime, qui n'a jamais eu lieu) ne me paraît pas un bon lieu. Mais c'est comme ça... Alors rendez-vous bottés de sept lieues l'an prochain! On fera patte de velours (1)

(1) Allusion, naturellement, au Chat botté de Perrault.

P.S. Selon l'habitude, des ventes aux enchères se sont greffées sur le salon. Artcurial a tenu la plus spectaculaire, avec Matthieu Fournier au marteau, le verbe abondant comme d'habitude. La "Lucrèce" d'Artemisia Gentileschi s'est vendue quatre millions d'euros, ce qui en fait environ cinq millions de francs suisses avec les taxes. Une nouvelle réussite pour l'expert Eric Turquin après le Caravage de Toulouse et de Cimabue de Compiègne! En revanche certains tableaux moins médiatiques se sont mal, ou pas, écoulés. Ainsi en est-il allé pour la "Judith et Holopherne" de Johann Christoph Storer. mort en 1671, restée sur le carreau à moins de 30 000 euros. Le tableau est pourtant objectivement presque aussi bien que la "Lucrèce". Mais Storer, du moins à ma connaissance, n'a pas subi de viol et c'était cela qu'on vendait hélas avec Artemisia. Elle devrait plutôt apparaître comme une grande artiste, non?

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