Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Fin du feuilleton patrimonial! La démolition de Saint-Joseph à Lille a commencé

L'Université catholique voulait abattre sa chapelle pour construire un campus. Toutes les instances ont refusé un classement exigé par 12 400 pétitionnaires.

La chapelle en démolition.

Crédits: Etienne Poncelet, La Tribune de l'art.

C’est le dernier acte, et la pièce ne finit pas bien. Depuis le 10 février, les démolisseurs (pardon, les «déconstructeurs»!) sont à l’œuvre à Lille. Ils grignotent à toute vitesse la chapelle Saint-Joseph, édifiée en 1886 par l’architecte Auguste Mourcou (1823-1911) dans le style néo-gothique. Une église en fait de grande taille, liée par définition à l’Université catholique de la ville construite par le même Auguste Mourcou (1). L’affaire dure depuis des années. Elle a fini par prendre, du fait de son exemplarité, un caractère national. Le refus de classement de l’édifice par toutes les instances est apparu choquant. Et on ne peut pas dire que le propriétaire ait soigné son image de marque en voulant construire sur les ruines un campus à 128 millions d’euros. Avouez qu’une université catholique abattant sa chapelle, cela fait tout de même un peu désordre!

Je vous ai déjà raconté l’affaire. Je n’y reviendrai donc pas en détails. L’Université catholique avait besoin de place. Le terrain libre ne manque pas dans le quartier, mais celui-ci était à elle. Exit donc la chapelle Saint-Joseph désaffectée. Le permis de démolir n’a pas été difficile à obtenir, pour un édifice vite disqualifié pour son manque d’intérêt artistique (restant à prouver) et son mauvais état (qui semble un évident mensonge au vu des photos). Quatre instances auraient pu empêcher le massacre, comme le rappelle Didier Rykner dans son journal en ligne «La Tribune de l’art». Tout d’abord l’Unité départementale de l’architecture et du patrimoine. Puis la maire de la cité Martine Aubry. En troisième le directeur général du Patrimoine et de l’Architecture, «qui n’a même pas fait le déplacement pour une visite». Et enfin deux ministres successif de la Culture. Mais, si Frank Riester avait accepté de surseoir à la démolition, Roselyne Bachelot n’a pas levé le petit doigt. Pour elle, un bâtiment éducatif tout neuf à 128 millions primait sur tout.

Problème politique

Des Lillois se sont pourtant mobilisés. Une pétition a réuni 12 400 signatures. En vain. Stéphane Bern s’est une nouvelle fois démené comme un beau diable. En pure perte. Il faut dire que le patrimoine, très menacé en France, souffre d’un grave défaut politique. Il se trouve par définition considéré comme réactionnaire, et donc à droite. Comme s’il existait des flopées de promoteurs de gauche! Personne ne semble avoir noté l’effrayante banalité (pour ne pas dire la médiocrité) du projet de remplacement signé par l’agence chargée du projet. Je vous en mets une image de synthèse. Toujours est-il que la chapelle a été prioritairement soutenue dans les médias par «La Croix» (tout de même) et «Le Figaro», mais surtout par l’agence pro-russe Sputnik ou le compromettant «Valeurs actuelles». Deux mauvaises publicités.

Le projet de remplacement. Photo Agence Saison Menu Architectes Urbanistes.

L’étonnant est que l’actuelle ministre n’ait pas pris conscience du guêpier dans lequel elle allait se fourrer, alors qu’un petit classement semblait possible. Elle y a encore laissé un peu de crédibilité. Didier Rykner conclut ainsi son article par: «Que n’a-t-elle pas tenu sa promesse de ne jamais revenir à la politique! Elle était meilleure aux «Grosses Têtes». C'est encore beau qu'il ne lui dise pas de retourner à ses casseroles! C'eut été terriblement sexiste. Il est vrai que  Roselyne en traîne une déjà assez grosse comme cela...

(1) Le «Palais Rameau» d’Auguste Mourcou se verra en compensation restauré. Une belle preuve d’incohérence!

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