Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Feuilleton. La Biennale des Antiquaires parisienne est cette fois bien morte, mais...

La manifestation de prestige créée en 1962 annonce aujourd'hui sa fin officielle, mais elle envisage tout de même à s'associer à une foire en devenir!

La Biennale reste associée à un certain goût en voie de disparition.

Crédits: Galerie Gismondi, Paris.

Suite du feuilleton. Mais pas fin, hélas. Diffuser le dernier épisode d’une saga a toujours quelque chose de sinistre. Or donc, la Biennale des Antiquaires, qui n’en finit pas de mourir, compte nous proposer un dernier soubresaut cet automne. Elle n’existera plus en tant que telle, mais «sous forme d’associée». Un communiqué amphigourique envoyé (en français et en anglais, of course!) à la presse annonce ainsi une fin qui ne s’avoue pas telle. Jugez plutôt. «Le Syndicat national des antiquaires (SNA) souhaite devenir partenaire d’un nouvel événement qui célébrera l’excellence des arts et de la haute facture, tournant ainsi la page de la Biennale Paris.» Avouez qu’on se la pète vraiment! J’ai l’impression d’entendre parler feu Valéry Giscard d’Estaing avec une patate chaude dans la bouche…

Evidemment, le message n’en dit pas plus. Je suis supposé resté comme tout le monde suspendu bouche bée à ce qui va bientôt suivre. Des tas de gens planchent sur «ce projet ambitieux», qui devrait se dérouler en novembre de cette année dans le Grand Palais Ephémère près de la Tour Eiffel. La seule chose que je puis déjà vous dire est qu’il s’agit d’une «manifestation d’un nouveau genre». Lequel, mystère (1). Depuis le temps que la Biennale, née en 1962, se réinvente je ne vois pas ce qu’elle peut encore trouver. Il y a eu l’idée fumeuse de la rendre annuelle. Puis est venu le changement de nom. «Complètement repensée», l’édition 2020 n’a comme vous l’imaginez pas eu lieu en septembre. Est enfin venue la proposition saugrenue d’en faire une vente orchestrée par Christie’s. La chose s’est déroulée avec un résultat calamiteux. Il semblait temps de tirer la prise. Définitivement. Eh bien non! L’acharnement thérapeutique continue.

Signaux au rouge

Tous les signaux semblent pourtant au rouge. La Biennale, qui a régné sans partage au Grand Palais jusqu’en 1992, puis au Carrousel du Louvre avant de revenir sous une Nef restaurée, a souffert du développement de la TEFAF de Maastricht. Puis de la BRAFA de Bruxelles. Ces dernières foires ont à à leur tour (espérons-le provisoirement) été déstabilisées par la pandémie. Aujourd’hui, elles flottent. Le goût des amateurs a parallèlement évolué. Les touristes américains, les plus lucratifs, ont fui Paris après les attentats de 2015. Le commerce en ligne s’est développé, même pour des pièces de haut niveau. La clientèle a rajeuni, délaissant ce genre de mondanités. Il n’y a donc plus qu’à souhaiter «bonne chance» à la future manifestation, dont le titre reste à déterminer. Ce n’est vraiment pas gagné d’avance!

(1) Selon le site de "Connaissance des Arts", il s'agirait d'une alliance avec l'horlogerie et la bijouterie. Hautes, cela va de soi!

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