Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Festival d'histoire de l'art à Fontainebleau. Les beaux discours et la réalité

Le rendez-vous annuel vient de se voir présenté officiellement à Paris. Je ne résiste pas au plaisir de vous dire à quel point le discours ministériel n'est plus qu'une lointaine abstraction.

Les grilles du château.

Crédits: DR

Je vous ai déjà parlé du Festival d'Histoire de l'Art, qui doit se tenir au château de Fontainebleau du 7 au 9 juin. De passage à Paris, j'ai tout de même été à la conférence de presse. Elle se tenait dans une salle tristounette de l'Institut national d'histoire de l'art, situé près d'une Bibliothèque Nationale toujours fermée pour travaux. Assistance plus universitaire que journalistique, ce qui n'augurait rien de bon. Accueil par Eric de Chassey. On l'a connu à la Villa Médicis et il a organisé à Genève des expositions tant au Rath qu'au Mamco. Un monsieur qui, à défaut de faire l'unanimité, sait au moins parler. On en sait donc davantage grâce à lui sur «ce rendez-vous unique en Europe». L'assistance a aussi appris que le thème d'actualité, «Le peuple», avait été choisi avant les événements que l'on sait, ce qui prouve une admirable prescience intellectuelle. La présence des Pays Nordiques sera «un événement exceptionnel pour les professionnels et le grand public». Eric de Chassey s'est abstenu d'évoquer «l'excellence française», mais nous sommes passés tout près.

A suivi une sorte de souris grise, comme les musées d'outre-Jura en contiennent beaucoup. Elle représentait le Ministère de la Culture, bien sûr partie prenante. Selon elle, le festival «répond aux objectifs ministériels forts.» Il est «un signe de dynamique». Il s'agit «d'assurer la pérennisation de la manifestation», qui offrira cette année 300 événements en trois jours. De la folie pure, à mon avis. «Le thème retenu prouve que la discipline est ouverte sur la société.» Pas un mot de concret. Nous sommes restés dans le domaine des idées passe-partout, aisément recyclables d'un discours à l'autre. Un Monsieur Cinéma a ensuite occupé le micro, vu qu'il y aura une partie films dont je me demande bien qui aura le temps de la voir. Puis ce fut enfin la nouvelle directrice, Verle Thielemans. Elle nous a révélé que le festival sera non seulement tourné vers le peuple, mais vers les femmes, les minorités (plus ou moins racisées) «et même un peu queer», comme la dame l'a dit avec un sourire gourmand. Décidément toutes les audaces seront permises! J'ai même cru comprendre qu'une chaise paillée serait placée près du trône à Fontainebleau, histoire de montrer l'importance du personnel dans les maisons royales. Il s'agit bien sûr de lui «restituer la parole»...

Et les transports?

Après ce flot de fadaises, très France d'en haut, il y avait les questions. Une seule, en réalité. Y aura-t-il cette année des trains pour aller à Fontainebleau? Ce n'a pas toujours été le cas... Il faut dire que contrairement à Versailles, accessible en RER, et Compiègne, situé sur une ligne normale, la petite ville se niche quelque part entre la France profonde et le Zimbabwe européen. Il faut non seulement emprunter un chemin de fer incertain, mais un bus pour arriver jusque dans l'ancienne demeure de François Ier et de Napoléon. La réponse s'est voulue positive. Il ne devrait pas y avoir de grèves à ce moment-là. «Ce sera plutôt cet automne, à cause de la réforme des retraites.» N'empêche que je n'irais pas au château autrement que dans une voiture amie. Nous voilà retombés d'un coup dans la réalité, qui n'entretiendra bientôt plus aucun rapport avec le monde idéal proposé sous l'égide des ministères.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."