Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Fermé au public, le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds accueillera les artistes

Sa direction entend maintenir une vie culturelle. Elle recevra donc pour des ateliers les artistes en formulant la demande. Une initiative qui mériterait de se voir suivie.

La façade rouge et jaune du musée.

Crédits: Ville de LaChaux-de-Fonds

«Ayant pris acte de la volonté des autorités cantonales de fermer les lieux de culture au public.» Le texte commence mal. Voici qui sent déjà la désapprobation. «A l’heure où d’aucuns se targuent d’une solidarité entre les acteurs de la culture pour justifier de manière chimérique la fermeture des musées.» Ici, le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds passe franchement à l’attaque. On sait que les institutions muséales, ces derniers jours pourtant désertes, deviennent les victimes collatérales de la pandémie. Et encore, en Suisse, se souvient-on par la bouche du conseiller fédéral Alain Berset du théâtre, de la musique ou des arts plastiques! En France, c’est le grand silence présidentiel, alors qu’Emmanuel Macron se targuait au départ d’être un homme de culture…

Que va donc faire le navire haut-neuchâtelois, que dirige depuis quelques années David Lemaire? Un ancien du Mamco genevois. Il se transformera provisoirement en laboratoire. «Durant le confinement de mars dernier, le musée avait invité son public à s’emparer des œuvres de la collection sous forme de «challenge» photographique.» Cette fois, il abritera les artistes qui en formuleront la demande sur mba.vch@ne.ch Les invités seront là pour une ou deux semaines de cinq jours. Récemment restauré, avec sa belle façade rouge et jaune, le bâtiment se muera ainsi en ateliers au lieu de demeurer vide. «L’institution est un bien public; elle appartient à tout le monde.» Pourquoi donc ne pas en faire «un lieu de réflexion et d’émulation»? Après tout, les musées s’ouvraient au XIXe siècle aux créateurs de demain. Au Louvre, en 1818, les artistes avaient ainsi le droit à la semaine, les visiteurs se contentant du dimanche.

Un silence gênant

L’idée semble bonne. Je reste pour l’instant frappé du peu de réactions publiques de directeurs ou de directrices de musées, à qui on enlève brutalement leur outil de travail. Ce silence correspond sans doute au silence soumis qui se fait aujourd’hui jour. Chacun (ou presque) baste à cause de la peur et d’une presse volontairement anxiogène. Comme si les choses réelles (je ne suis pas complotiste!) n’allaient déjà pas assez mal comme cela! J’aimerais bien entendre de semblables réactions venant d’autres musées dans les cantons où ils sont aujourd’hui fermés, comme Genève, Vaud, Berne ou Fribourg. Cela donne l’idée qu’il reste permis d’aller de l’avant. David Lemaire peut ainsi terminer sur des mots optimistes. «L’hiver approche, mais le printemps s’invite maintenant.» Un seul problème. L’hiver se révèle très long à La Chaux-de-Fonds. Normal, en altitude…

P.S. Le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds propose depuis quelques jours une remarquable exposition Camille Graeser. Il est clair que je vais tout de même vous en parler.

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