Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Fabrice Gygi a touché le Prix de la Société des Arts genevoise sans en franchir le seuil

Réfractaire au "pass" comme à toute surveillance policière, l'artiste est resté sur le trottoir. Le chèque lui a été tendu par la fenêtre.

L'artiste masqué... mais pas à la mode d'aujourd'hui.

Crédits: Information Immobilière, 2021.

C’était la septième édition de cette récompense biennale. Autant dire qu’elle a été fondée il y a en 2009, puisqu’il y a toujours un An Zéro. C’est alors que la Société des Arts a remis pour la première fois son Prix des Arts Visuels. Il allait à Francis Baudevin. Comme l'a rappelé le jeudi 16 septembre à l’Athénée la présidente Fabia Christen Koch, l’idée était de couronner un artiste suisse ou vivant en Suisse «se trouvant à un moment clef de sa carrière». Il ne s’agit donc pas d’un débutant. Ni d’un quasi centenaire flirtant avec l’éternité. Le bon moment se situe dans la cinquantaine, même s’il y a eu des exceptions comme Christophe Büchel, qui a obtenu le Prix à 46 ans.

Ce dernier (le Prix, donc) est bien doté. Cinquante mille francs, plus un livre et une exposition dans la Salle Jules-Crosnier, au premier étage de l’Athénée. Les petits ruisseaux font les grandes rivières. C’est en mettant ensemble les bourses un peu dévaluées distribuées naguère par la Société des Arts que cette dernière a garni sa tirelire. Les lauréats et lauréates (il y en a eu deux jusqu’à présent, Sylvie Fleury et Renée Levi) en retirent par ailleurs d’avantage de prestige. Cela dit, soyons justes. Il pleut toujours où c’est mouillé. Le choix ne s’est jamais caractérisé par son extrême audace. Il va toujours un peu dans le même sens. La seule vraie surprise est venue en 2017 avec !Mediengruppe Bitnik, un tandem alémanique dont j’avoue ne plus avoir plus guère entendu reparler depuis.

Exposé un peu partout

En 2021, l’accord du jury, chapeauté par Eveline Notter, s’est fait sur Fabrice Gygi, qu’on connaît depuis trois décennies (même si je ne sais toujours pas où se situe le «y» et le «i» dans son nom). A 56 ans, le Genevois a déjà beaucoup exposé, tant dans des institutions que dans des galeries comme celles de Chantal Crousel, Guy Bärtschi et Wilde. Gygi a représenté la Suisse à la Biennale de Venise. C’était en 2009. Une énorme cage posée dans l’église San Stae. Fabrice a organisé pour la Ville la dernière des expositions voulues par le magistrat Patrice Mugny au Rath à l’intention des artistes locaux. C’était en 2011. Il a même eu sa tombe au Cimetière des Rois, le Panthéon genevois. Soyons justes. Il s’agit d’une sculpture de 2018 restée en place, comme les interventions de Gianni Motti et Sophie Calle après une exposition en plein air supposée éphémère au départ. On a le Panthéon moins pompeux en Suisse qu’en France.

Les orateurs se succédant au Rath n’ont pas rappelé ces hauts faits. On n’était pas vraiment jeudi soir dans la «laudatio». Trop universitaire. Il fallait surtout que Madame la Présidente annonce que Fabrice ne serait pas là. Ou pas tout à fait. A l’heure des «pass» faisant que l’on ne passe plus toujours, ni partout, l’artiste avait choisi la liberté. Il était resté sur le trottoir devant l’Athénée. Moderne Juliette, Fabia Christen Koch lui a donc remis son enveloppe en ouvrant une fenêtre. Fabrice n’a pas eu besoin d’une échelle de corde, comme Roméo. Il a pris la lettre de la main et invité à le rejoindre dehors où «The Artist Is Present», comme dirait Marina Abramović. Cela dit, vu le physique de Fabrice, je l’aurais plutôt imaginé pénétrant dans la Salle des Abeilles hissé sur un pavois, comme un empereur du Bas-Empire. La chose eut par ailleurs posé un intéressant cas juridique. Est-on entré quelque part quand les pieds n’ont pas touché le sol?

Une exposition minimale

La soirée s’est terminée à moitié sur le trottoir, à moité en haut, où les spectateurs se voyaient invités à parcourir l’exposition, intitulée «Une longue vacance». Un contenu pour le moins sobre. De grandes tables de bois clair, avec un plateau noir brillant. Ce sera parfait si un jour la Société des Arts décidait de faire de la Salle Crosnier un café. Aux murs, se trouve une seule des grandes peintures à l’eau où Fabrice s’applique à trace de grands coups de pinceau parfaits. Un tableau rouge. Il y a davantage de choses à regarder dans le livre, «Ubique Fabrica». Comme quoi je ne reste pas le seul à utiliser des mots latin. Fabrice a ainsi laissé entendre que son atelier se trouvait partout. De nombreuses photos en témoignent. Il arrive cependant aussi à l’homme de planter sa tente où il en a envie. «Une longue vacance»…

Pratique

«Une longue vacance», Salle Jules-Crosnier, Athénée, 2, rue de l’Athénée, Genève, jusqu’au 16 octobre. Tél. 022 310 44 22, site www.societedesarts.ch Ouvert du mardi au vendredi de 15h à 19h, samedi de 14h à 18h. «Ubique fabrica», texte de Viviane Vandelli, aux Editions Macula, pages non numérotées.

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