Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

EXPOSITIONS/Que voir en Suisse? Mes quinze idées en tous genres

Crédits: Kunsthaus, Zurich

C'est le grand récapitulatif. La liste des coups de cœur (j'ai le droit à un cœur comme tout le monde). Celle aussi des choix raisonnés. Cela veut dire que j'aime moins, mais que l'entreprise me semble méritoire et qu'elle saura séduire d'autres gens. J'ajoute les expositions en fin de parcours. Je reste bien entendu en Suisse, où il devient de plus en plus difficile de tout voir. Le nombre d'expositions n'est pas à la baisse, vu le nombre croissant d'institutions en organisant... Et ceci même à Genève. Certains gros morceaux du printemps restent par ailleurs encore à venir. Je pense à l'Australie du MEG genevois (c'est pour le 18 mai) ou à Wolfgang Tillmans à la Fondation Beyeler (début le 28 mai). Sur ce, c'est parti! 

Les coups de cœur

Hola Prado! Le Kuntmuseum de Bâle en travaux avait accordé en 2015 des prêts aux musées madrilènes. Le Prado renvoie l'ascenseur. Ses vingt-six tableaux se voient associés chacun avec une œuvre, parfois peu connue, appartenant à la ville rhénane. Le «Kunst» apparaît du coup comme une institution de niveau européen, même sur le plan flamand ou... hispanique. C'est très intelligent. Très bien mis en scène. Très, quoi! (jusqu'au 20 août, www.kunstmuseumbasel.ch)
Kirchner, Les années berlinoises. Mort en 1938 à Davos, E. L. Kirchner a peint dans les Grisons des scènes alpines expressionnistes à grand renfort de vert de violet. Originaire de Dresde, il avait auparavant vécu les trépidantes années 1910 dans la capitale allemande, dont il a su saisir l'esprit de la rue. Le Kunsthaus de Zurich a réussi une exposition magistrale, avec beaucoup d'emprunts spectaculaires, notamment aux Etats-Unis (Prolongé jusqu'au 21 mai, www.kunsthaus.ch).
Arabie heureuse? On situe aujourd'hui le pays de la reine de Saba sur la péninsule arabique plutôt qu'en Afrique. La légendaire souveraine aurait tiré ses revenus du passage des routes commerciales. Le Yémen a révélé des civilisations antiques remarquables, connues par l'archéologie sauvage. Les grands musées étrangers ont prêté à cette présentation de l'Antikenmuseum de Bâle, faite alors que les sites du Yémen sont aujourd'hui menacés (jusqu'au 2 juillet, www.antikenmuseumbasel.ch).
L'aventure chinoise. Une famille neuchâteloise est partie au siècle dernier à la conquête commerciale de la Chine. Les Loup auront tenu bon jusqu'en 1954, au moment des nationalisations communistes. Il leur sera tout arrivé. La Fondation Baur raconte cet itinéraire qui a croisé le destin de ses créateurs. Un Loup, antiquaire, a fourni Alfred et Eugénie Baur. Une ravissante exposition, avec de beaux objets en plus des souvenirs (jusqu'au 2 juillet, www.fondation-baur.ch).
Zeitgeist. La peinture figurative revient au galop dans les années 1980. Elle s'était pourtant vue condamnée auparavant par l'abstraction, puis les installations. A partir de l'Allemagne et de l'Italie, elle va à nouveau rayonner. Le Mamco mélange créations anciennes (enfin d'il y a trente ans!) et productions récentes. Beaucoup d'artistes figurent au menu. Il y a même eu une commande de l'institution. A découvrir au troisième étage (jusqu'au 7 mai, www.mamco.ch).

Les choix raisonnés

Monet. Encore Monet! Toujours Monet! Sa popularité même provoque une épidémie de rétrospectives. Elles finissent par émousser l'intérêt. Pour fêter ses 20 ans, la Fondation Beyeler de Bâle a regroupé une soixantaine de toiles pour leur caractère exemplaire. Aucun thème. Aucune période non plus, même si les années de jeunesse se sont vues laissées de côté. Un bel ensemble sans surprise, qui plaît beaucoup au grand public (jusqu'au 28 mai, www.fondationbeyeler.ch).
Chefs-d’œuvre de la Collection Bührle. Mort en 1956 à 66 ans, l'industriel zurichois avait rassemblé plus de 600 toiles capitales. Un tiers d'entre elle a fini érigé par sa veuve en fondation. Il y a ainsi à l'Hermitage de Lausanne Cézanne, Manet, Van Gogh, Gauguin, Degas ou Monet. Quelques toiles annonçant la modernité ont été retenues, de Frans Hals à Ingres. Le tout finira au Kunsthaus de Zurich après un séjour au Japon (jusqu'au 9 octobre, www.fondation-hermitage.ch).
La révolution est morte, vive la révolution! Le Zentrum Paul Klee et le Kunstmuseum de Berne marquent les 100 ans du coup d'Etat russe d'octobre 1917. Le premier travaille sur le thème de l'abstraction, qui mène à l'art contemporain. Le second se penche sur la figuration, en allant du réalisme socialiste à l'ironie des artistes russes actuels. C'est un peu confus, résolument surabondant, mais il y a des choses à voir (jusqu'au 9 juillet, www.zpk.org et www.kunstmuseumbern.ch)
Tout va bien. Il y a trente ans, le collectif M/2, installé dans un appartement de la ville par la Municipalité, révolutionnait le paysage veveysan. Ce fut le départ d'une aventure de quatre ans. Logiquement, le Musée Jenisch marque aujourd'hui l'anniversaire, alors que certains artistes exposés alors sont devenus des vedettes. L'accrochage se voit complété par celui des dessins de Stephan Landry, donnés au musée par sa famille (jusqu'au 11 juin, www.museejenisch.ch).
Martin Disler. Mort à Genève il y a vingt et un ans, l'Alémanique est bien représenté depuis 2001-2002 au Cabinet des arts graphiques du Musée d'art et d'histoire. Celui-ci a alors bénéficié des largesses de sa veuve. Un certain nombre d'estampes ont été tirées des cartons. L'ensemble se retrouve complété par quelques matrices permettant d'énormes tirages sur bois. L'ensemble tient la route. Il n'y a là aucun effet purgatoire (jusqu'au 30 juillet, www.institutions.ville-geneve.ch/mah

Et toujours...

Manger. Le Muséum neuchâtelois explore la grande mécanique du ventre. Il lui faut ingérer, digérer et si possible expulser. C'est l'exposition d'adieu du directeur Christophe Dufour, avec une mise en scène particulièrement imaginative d'Anne Ramseyer. La chose se présente comme un parcours initiatique faisant découvrir l'ensemble du monde animal, dont l'homme fait bien évidemment partie (jusqu'au 26 novembre, site www.museum-neuchatel.ch).
L'utopie au quotidien. Au cœur du grand mensonge d'Etat. Le Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds explore l'univers soviétique de la mort de Staline, en 1953, à la chute de l'Empire en 1990. De nombreux objets anonymes ont été réunis dans cette exposition conçue par Lada Umstätter. Ils avaient un sens précis pour les Russes, qui vivaient alors des temps de pénurie. L'exposition devait se terminer fin avril. Elle se voit prolongée jusqu'au 21 mai (www.chaux-de-fonds.ch/musees/mba).
Osiris. Mystères engloutis... Au VIIIe siècle de notre ère disparaissent sous l'eau les vestiges de Thônis-Héracléion et de Canope, villes liées au culte osiriaque. Les archéologues actuels en découvrent les vestiges, parfois érodés par les courants. Après Paris et Londres, cette exposition égyptienne débarque au Museum Rietberg de Zurich. Attention! Il s'agit là d'une présentation ardue, reposant sur de solides bases théologiques pharaoniques (jusqu'au 16 juillet, www.rietberg.ch)
Arts de la Côte d'Ivoire, autour des Yohouré. Les quelques objets Yohouré présentés (ils demeurent en effet rares) se révèlent particulièrement beaux. Le Musée Barbier-Mueller genevois a su compléter son accrochage, tant sur la mezzanine que dans les caves, par des pièces africaines spectaculaires. Elles montrent la diversité du continent, et ce en se contentant d'un seule aire géographique. Dépêchez-vous! Les Yohouré ne durent plus que trois jours (jusqu'au 30 avril, www.barbier-mueller.ch)
Pop art mon amour. Le Japon est entré en force à la Maison d'Ailleurs. Il l'a fait sous la forme de mangas, un genre populaire puissamment développé depuis la guerre. Mais le lieu comporte aussi une extraordinaire collection d'affiches de Tadanori Yokoo. Le maître nippon de la publicité en a même créé deux spécialement pour la manifestation. Celle-ci tire également sur sa fin. Ne restent que trois jours pour aller à Yverdon-les-Bains (jusqu’au 30 avril, www.ailleur.ch)

Photo (Kunsthaus, Zurich): Fragment du tableau de Kirchner faisant l'affiche de l'exposition prolongée par le Kunsthaus.

Prochaine chronique le samedi 29 avril. Le Prado rentre (en partie!) au Kunstmuseum de Bâle.

 

 

 

 

 

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