Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Exportation d'archéologie mésopotamienne à Londres. Une vraie histoire de faux

Inspectés à Heathrow, deux conteneurs recelaient 190 cylindres, statuettes ou tablettes cunéiformes. Le British Museum vient de rendre son verdict. Des copies!

Une partie des statuettes.

Crédits: British Museum, Londres 2020.

La nouvelle courait la presse spécialisée britannique le mardi 5 mai. Avec la même photo en tête. Et un texte identique, à deux ou trois virgules près. Du copié-collé, quoi! Qui reproduit qui? On ne le saura jamais. Il faut dire qu’il s’agit d’une bonne histoire, commencée par un heureux hasard l’été dernier pour se conclure récemment. Les faux, en art, font toujours vibrer une corde sensible chez le public, comme les records en vente publique et les spoliations.

L’affaire débute à l’aéroport d’Heathrow de Londres le 1er juillet 2019. Un douanier soupçonneux a voulu ouvrir deux caisses originaires du Bahreïn. Son flair ne l’avait pas trompé. Il y avait là des antiquités du Proche-Orient. Un secteur sensible s’il en est. On a aujourd’hui l’idée presque obsessionnelle que des fouilleurs clandestins, ou pire encore les membres de l’État islamique, se procurent des devises en vendant leurs trouvailles à des collectionneurs occidentaux sans scrupules. Les conteneurs recelaient 190 pièces, ce qui n’est pas rien. Des tablettes côtoyaient des cylindres, des statuettes et des objets de céramique en formes d’animaux.

Un marché inondé de copies

Saisie, la cargaison est partie pour le British Museum. Examens. Un long et fastidieux travail a été entrepris, dont le conservateur John Simpson vient de donner les résultats. Eh bien, aucun pillage! Tout est faux. Archi-faux. Il s’agit selon l’expert davantage d’un envoi fait à un vrai particulier qu’à un stock destiné à se voir dispersé discrètement via Internet. Le scientifique ne se montre pas surpris du résultat de ses recherches. Selon lui, le marché apparaît à l’heure actuel inondé d’imitations pour ce qui touche à la Syrie ou à l’Irak. «Il y a aujourd’hui davantage de copies en ente que d’originaux.» L’homme ne le dit pas. Mais il semble permis de voir là une double immoralité. Ou alors une justice immanente. Certains profitent du fait qu’il existe des exportations clandestines de vraie trouvailles (à n’acheter sous aucun prétexte) pour en créer de fausses du même type. De cette manière, les acquéreurs ne pourront jamais vraiment pas se plaindre…

Qu’est-ce qui amis aux experts «la puce à l’oreille», pour reprendre le titre d’un vaudeville de Georges Feydeau? D’abord le mélange, même s’il aurait pu très bien s’agir d’une collection moyen-orientale. Le lot comprenait des interprétations d’œuvres de la Mésopotamie entière à toutes les époques. Le seul problème est que la terre utilisée demeure toujours la même. Celle-ci aurait en principe dû sécher au soleil. Or la pâte s'est vue cuite à haute température. Les caractères cunéiformes utilisés, dont ceux d’une inscription citant le roi assyrien Adadnirari, se révèlent par ailleurs peu orthodoxes. Certains sont à l’envers. D’autres inventés. D’autres encore apposés en désordre. Enfin, l’épaisseur des tablettes apparaît fantaisiste. «C’est ce qui arrive presque toujours aux faussaires qui partent de photographies.» Normal. Une photo, c’est plat…

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