Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Europa Nostra donne sa liste des douze sites en danger pour 2021. Il y a de tout!

Le choix va d'un palais vénitien baroque à une ligne de chemin de fer autrichienne, en passant par des îles grecques menacées par les éoliennes.

Le Palazzo Zenobio à Venise.

Crédits: DR.

C’est l’un des plus beaux palais de Venise, même s’il se trouve loin des hordes de touristes. Si la façade sur le canal du Zenobio, près de l’église du Carmine, ne paie pas de mine, il y a l’autre côté. Il donne sur un vaste jardin débouchant sur un petit temple. Et puis il faut signaler l’existence du décor intérieur. Conçu sur deux étages au moins, le salon se révèle colossal. La taille de celui de la fameuse Ca’ Rezzonico. Les stucs et les peintures apparaissent cependant plus intéressants ici. Il s’agit du chef-d’œuvre mural de Luigi Dorigny (1654-1742). Un Français, comme son nom l’indique. Pas vraiment le genre de noms faisant courir les foules…

L'église Saint-Denis à Saint-Omer. Photo DR.

Longtemps, le palais a appartenu à des frères arméniens, qui le bouclaient comme un coffre-fort. C’était l’époque où il y a avait des attentats arméniens partout en Europe. Les religieux sont partis en 1997. Depuis, plus rien. Rien de fixe en tout cas. L’immense bâtiment sert (un peu) pour des concerts et des expositions, dont quelques pavillons lors des Biennales. Parler d’abandon serait excessif. Il y a bien pire dans la Cité des Doges, comme un «palazzo» baroque à Murano, juste en face du Musée du Verre. La façade devenue noire se détache là sur un vide abyssal. N’empêche que le Zenobio n’apparaît pas au mieux de sa forme.

Choix panaché

Le bâtiment se retrouve donc depuis quelques semaines sur la liste pour 2021 d’Europa Nostra. Une entité existant depuis le début des années 1960. De quoi s’agit-il? D’une association formée par des gens qu’il me semblerait permis d’appeler des influenceurs. Dénué d’argent, sans pouvoir politique, le petit monde d’Europa Nostra désigne depuis 2013 douze sites par an pour signaler leur existence menacée. Il demeure possible de faire quelque chose pour eux. Sept se voient élus au final, par votation. De pieuses intentions. Pas de «cash». En 2021 pourtant, les sept gagnants toucheront chacun 10 000 euros. Le millième sans doute qu’il faudrait dans certains cas pour une totale réhabilitation. Europa Nostra a pourtant partie liée avec la Banque européenne d’investissement…

Le petit train de 1889 au bord de l'Achensee. Photo DR.

Qui figure sur la liste actuelle? Outre le Zenobio, il y a une autre site italien, les Jardins Giusti (vers 1570) de Vérone, quasi anéantis par les orages de 2020. Autrement, il a fallu un panachage pour des pays divers et des actions en tous genres. La France se voit ainsi représentée par l’église Saint-Denis de Saint-Omer. Carcasse du XIIIe siècle. Intérieur baroque. Le tout va vers la ruine dans une des rares villes normandes épargnées par les bombardements de 1944. L’Espagne se voit signalée par une chapelle wisigothique (VIIe siècle) au bord de l'écroulement. Zagreb par le cimetière Mirogoj. Le Kosovo par le Monastère Decani. La Georgie par la forteresse de Narikala. Skopje, en Macédoine, pour son bureau de poste, inauguré en 1974. Un poumon vert visé par l’urbanisation devrait se voir sauvé à Cologne. Un théâtre moderne semble en danger à Sofia. Cinq îles grecques risquent de se retrouver défigurées par des éoliennes.

En faillite

Le choix le plus insolite d’Europa Nostra? Une petite ligne de chemin de fer au bord de l’Achensee, dans le Tyrol. Encore utilisé de nos jours, l’équipement date de 1889. La compagnie se retrouve, Covid aidant, en faillite. Ce n’est bien sûr pas une priorité de l’État autrichien. Heureusement, les vieux trains possèdent partout des fanatiques...

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