Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Et à quoi donc ressemble aujourd'hui la rétrospective Vivienne Westwood à Lyon?

Le rez-de-chaussée du musée a été vidé pour accueillir une créatrice de mode qui a fait la part belle à des inspirations venues du XVIIIe siècle. C'est très réussi.

L'affiche de l'exposition.

Crédits: Musée des Tissus, Lyon 2020.

Le début est surprenant. En entrant dans les premières salles de l’exposition Vivienne Westwood, le visiteur a l’impression que le vénérable bâtiment du XVIIIe siècle abritant le Musée des Tissus a été vidé comme un poulet. Le parcours du rez-de-chaussée, qui abritait l’histoire de la soie à Lyon, a disparu comme par (dés)enchantement. La rétrospective n’est en effet pas présentée dans la grande salle temporaire en sous-sol, comme l’an dernier celle consacrée à Yves Saint Laurent. Elle se révèle bien trop vaste, même si sa dimension n’offre rien de commun avec le tribut géant du Victoria & Albert Museum de Londres en 2016, dont je vous avais parlé. Il lui fallait donc un étage entier.

Tout commence bien sûr avec les années punk. Les vêtements et la musique stridente semblent contredire les salons, aux boiseries aujourd’hui repeintes en noir avec des éléments dorés. Mais c’est tout de même du punk de luxe, dans des belles vitrines bien éclairées. Notez que le musée a respecté les principes écologistes de la couturière. Le décor constitue une réutilisation partielle de celui de la présentation Saint Laurent. L’institution aujourd’hui dirigée par Esclarmonde Monteil a par ailleurs vérifié les provenances des nouveaux éléments.

Multiples corsets

Puis le lien s’opère avec l’ancien hôtel particulier. Le XVIIIe revient en force avec des vêtements d’époque, mêlés aux créations d’une Vivienne ayant soigneusement étudié (aux point et au pli près) la manière dont une robe se cousait vers 1750. Une attention soutenue est vouée aux corsets anciens et nouveaux. L’Anglaise a toujours cultivé un petit côté «bondage». Il y a là aussi des meubles magnifiques. Plus quelques tableaux, dont l’un est dû à François Boucher, l’artiste ayant inspiré quelques imprimés conçus pour l’Anglaise. Tout cela provient du Musée des arts décoratifs voisin (les immeubles se touchent), aujourd’hui en travaux. C’est ma foi très réussi. Il y a à la fois les sources d’inspiration et leurs résultats probants. Il faut tout de même souligner que Vivienne tend toujours à amplifier. Nous sommes entre l’hommage et la caricature. Un genre très anglais. Je vous ai ainsi parlé l’an dernier de la carte blanche laissée par le V & A de Londres au photographe Tim Walker.

La galerie abritant jadis aux murs les tapis d’Orient est aujourd’hui occupée par d’immenses tirages photo représentant des mannequins en pied lors de défilés. Ils sont présentés comme s’il s’agissait de portraits en hauteur signés dans les années 1780 par Reynolds, Gainsborough ou Romney pour un château britannique. Viennent ensuite les années récentes de la couturière, un peu trop vite traitées. Une large place se voit néanmoins laissée à un pourpoint du XIVe siècle (celui de Charles de Blois), conservé par le musée. Vivienne l’a toujours considéré comme une grande source d’idées pour elle. Elle en parle dans un film déjà ancien. L'itinéraire se termine avec des chaussures souvent difficiles à porter, avec leurs plates-formes géantes. L’écologie n’oblige pas encore à porter des savates ou des «baskets». Il faut un brin de folie pour faire passer les idées les plus raisonnables. Serait-ce ce qu'on appelle savoir parfois "lever le pied"?

Pratique

«Vivienne Westwood», Musée des Tissus, 34, rue de la Charité, Lyon jusqu’au 17 janvier 2021. Tél. 00334 78 38 42 00, site www.museedestissus.fr Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Réservation obligatoire. Du moins en principe. Il y a en effet une caisse qui «dépanne».

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