Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Entre mes mains" propose aujourd'hui un autre regard au Jenisch de Vevey

L'institution a demandé à Michel Cap, qui fut son technicien durant vingt-huit ans, de composer son exposition à partir des collections du musée. Une bonne idée, qui aboutit ici à une réussite

Une vue du Léman de François Bocion choisie par Michel Cap.

Crédits: Musée Jenisch, Vevey 2019

Il serait permis de parler de contraste. Le Musée Jenisch de Vevey, qui regarde de haut son public avec sa présentation dédiée à Thomas Hirschhorn (voir l'article situé une case plus haut dans le déroulé de cette chronique), propose parallèlement un accrochage aussi novateur que sympathique. Sa direction intérimaire a proposé à Michel Cap, qui fut durant vingt-huit ans le régisseur de la maison, de concevoir une exposition. Celle-ci prendrait place dans les deux cabinets droits du premier étage. Un espace restreint, certes, mais riche en murs. Et c'est finalement ça qui compte!

Michel Cap, qui quitte aujourd'hui l'institution pour travailler en roue libre, a participé en un quart de sièvle à 160 expositions de grande ou de petite taille. Il connaît par cœur les collections du Jenisch, que devra maintenant découvrir la nouvelle directrice Nathalie Chaix. Qui semblait mieux à même d'y puiser des créations pour la plupart rarement, voire jamais montrées? Il s'agit en plus d'un homme de goût. Celui-ci se révèle nécessaire pour mettre en scène peintures et dessins. On ne dira jamais assez qu'une exposition se compose certes d'un certain nombre d’œuvres, mais que la principale d'entre elles reste la somme d'entre elles. Une présentation ratée, et tout tombe par terre.

Miroirs et correspondances

La carte blanche donne lieu à un jeu de miroirs et de correspondances. Les pièces choisies se parlent et se répondent. «Entre mes mains» fait ainsi passer le visiteur de Gérard de Palézieux à Wolfgang-Adam Töpffer, de François Bocion à André Evrard et de Jaques Berger (également honoré jusqu'au 17 mars à Pully) à Zoran Music. Il y a une ou deux toiles nordiques anciennes aux murs. Fouquières, De Heem. Elles s'intègrent parfaitement. Une stèle de Raoul Ubac vient apporter de la verticalité et une troisième dimension. La sélection a parfois porté sur de parfaits inconnus, du moins de nos jours. Ainsi en va-t-il pour une énorme tartine d'Alfred Chavannes, qui cale tout un mur.

Cette réussite montre qu'on peut varier la composante des auteurs d'expositions sans se livrer au n'importe quoi de certains institutions faisant appel à une écrivaine scandaleuse ou à un footballeur célèbre (1). Il faut une pluralité de regards. La science ne doit exclure ni la liberté, ni la fantaisie. Si l'on vient au musée, c'est avant tout pour voir et si possible bien voir.

(1) Je fais ici allusion au Musée Delacroix de Paris.

Pratique

«Entre mes mains», Musée Jenisch, 2 avenue de la Gare, Vevey jusqu'à une date à fixer. Tél. 021 925 35 20, site www.museejenisch.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 20h.

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