Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ENCHÈRES/Basquiat pulvérise son record: 110,5 millions de dollars

Crédits: Succession Jean-Michel Basquiat, Sotheby's, New York

C'est cher. C'est même très cher. Une toile de Jean-Michel Basquiat (1960-1988) brossée en 1982 a atteint le jeudi 18 mai 110,5 millions d'euros à New York, soit à peu près la même somme en francs suisses. Un petit moins, en fait, mais ne nous montrons pas mesquins. Sotheby's peut se frotter les mains. La bataille a duré dix minutes, ce qui peut sembler interminable dans la mesure où les enchères pour une œuvre durent en moyenne soixante secondes. Un amateur se trouvait dans la salle. L'autre au téléphone. Tout le monde a bien sûr applaudi. Ce réflexe stupide constitue davantage un hommage à l'argent dépensé qu'à la peinture elle-même. 

Cette grosse tête noire, qui ira dans le musée privé d'un Japonais, Yusaku Maezawa (41 ans, 3,6 milliards de fortune selon «Forbes») et non d'un Chinois, a été jusqu'ici très peu vue. Il faut dire que son premier acquéreur avait fait son emplette du vivant de Basquiat. Il avait déboursé 19 000 dollars en 1984. On peut donc parler de «fraîcheur» sur le marché, une condition aujourd'hui très importante pour assurer une grosse valeur commerciale. Le commissaire priseur a démarré à 57 millions. Ce chiffre qui ne constitue pas un hasard. En mai 2016, un autre Basquiat bien plus grand (cinq mètres de large, alors qu celui-ci constitue un carré de moins de deux mètres de côté) avait précisément été vendu 57 millions de dollars... mais chez Christie's.

Sixième derrière Picasso ou Modigliani 

Si le prix actuel constitue bien sûr un énorme record pour Basquiat, cette composition n'occupe que le sixième rang des enchères historiques. Une liste claire, qui se verrait sans doute éclipsée par celle (nettement plus opaque) des transactions privées. N'oublions pas que des Qataris auraient payé un Gauguin jadis prêté au Kunstmuseum de Bâle 300 millions de dollars. Basquiat reste donc à la traîne. Il vient après le Picasso des «Femmes d'Alger», un nu de Amedeo Modigliani, un Francis Bacon représentant Lucian Freud, une sculpture d'Alberto Giacometti et un «Cri» d'Edvard Munch. 

Notons cependant la progression inexorable de ce que les maisons d'enchères nomment le «post war». Le Picasso se révèle tardif, le Bacon et le Giacometti datent des années 50-70. Le temps semble loin, en ce printemps 2017, de celui où le record mondial se voyait atteint (c'était en 1985) par une toile religieuse des dernières années du XVe siècle, peinte par l'Italien Andrea Mantegna...

Photo (Succession Jean-Michel Basquiat/Sotheby's, New York): Le Basquiat vendus le 18 mai 2017 à New York.

Texte intercalaire.

 

 

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