Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

En 2020, le musée de Baltimore n'achètera que des oeuvres signées par des femmes

Son directeur veut rééquilibrer la collection. Il marque aussi la centenaire du droit de vote accordé aux Américaines. Reste que nous sommes dans la tendance dure du politiquement correct.

L'affiche du musée avec la photo (outrageusement retouchée) du directeur Christopher Bedford.

Crédits: DR

On en apprend de belles en lisant «Le Monde»! En 2020, le Musée de Baltimore n'achètera que des œuvres signées par des femmes. Il pense y consacrer deux millions de dollars. Une partie de la somme réunie en 2018 par la vente de trois œuvres issues de la collection, histoire d'accroître la représentations des minorités ethniques. Les huit millions de dollars ont d'abord servi à se payer des pièces de créateurs d'origine afro-américaine, coréenne ou mexicaine. Je signale que les trois pièces évacuées étaient signées Andy Warhol, Robert Rauschenberg et Franz Kline. Voilà qui fait passer un gay à la trappe. Warhol. Il devient difficile de nos jours de privilégier une minorité plutôt qu'une autre. Reste qu'il ne fait plus en aucun cas appartenir à aucune majorité.

La façade de l'institution. Photo fournie par le musée de Baltimore.

Si les femmes ne sont nullement rares aux Etats-Unis, et dans le Maryland où se trouve Baltimore, elles l'apparaissaient aux cimaises. C'est ce qui a frappé à sa venue le directeur Christopher Bedford, nommé en 2017. L'homme, pourtant Blanc, se dit prêt à des gestes «radicaux». On n'a pas semble-t-il pas encore tout vu. L'idée de se concentrer sur les femmes en 2010 vise certes à «corriger l'image de l'institution et un déséquilibre historique dans les collections», mais aussi à célébrer un anniversaire. En août 1920, les femmes obtenaient bien avant les Françaises (et a fortiori les Suissesses) le droit de vote avec le 19e amendement à la Constitution.

Politique à risques

Evidemment, le directeur prend des risques. S'il lui est bien sûr loisible de procéder à des «deaccessioning» (ou ventes), vu que l'institution reste privée, il doit affronter les bailleurs de fond. Blancs, sans aucun doute. Or ceux-ci font grise mine. Il agit aussi contre le cœur historique du musée. Or celui de Baltimore doit presque tout à deux femmes, Claribel et Etta Cone. Elles avaient notamment acquis, entre les gravures, les peintures et les sculptures, quelque 500 Matisse. Un peu moins de Picasso. Il s'agissait en plus d'amies proches de Gertrude Stein dan les années 1910. Peut-on jouer le féminisme contre le féminisme en voulant le mettre au goût du jour?

Les soeurs Cone avec, au milieu, Gertrude Stein. Photo DR.

Cela dit, «Le Monde», devenu en France le temple du «politiquement correct», commence à rétro-pédaler. Le quotidien, qui a un peu trop gentiment tendu le micro aux minorités, afin de faire mousser l'audimat, semble découvrir avec surprise leur appétit de pouvoir. Censures. Interdictions. Pressions par les réseaux sociaux. Menaces. Nous avons avec lui affaire à une forme inédite de fascisme sans chef charismatique. Le journal a donc publié récemment plusieurs tribunes allant assez peu dans le sens de la nouvelle «morale». Michel Guerrin s'est même fendu d'un éditorial assez couillu. Et bien étayé. Les choses commenceraient-elles à bouger?

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