Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Emilie Ding revient aux Bains genevois avec des photographies d'Afrique du Sud

L'artiste se retrouve à nouveau chez Xippas, où elle avait montré des feutres brûlés. Il y a tout de même cette fois aussi un peu de béton! Emilie vit aujourd'hui à Berlin.

L'une des photos prises discrètement en Afrique du Sud.

Crédits: Emilie Ding, Galerie Xippas, Genève 2020.

Avant de la connaître, l’interlocuteur a l’impression que la femme se révélera aussi sèche et sévère que les blocs de béton brut parfois exposés par ses soins. «Mes pièces pèsent parfois des tonnes, ce qui les réserve d’avance à des institutions.» Souvenez-vous! C’était en 2015, à la fin du règne de Christian Bernard. Emilie Ding présentait des machins énormes au Mamco. Le musée genevois lui consacrait sur fond vert olive (l’institution aimait alors la couleur!) une exposition intitulée «Until the Evening of the Echo», puisque l’art contemporain parle anglais. Il est cependant apparu depuis des pièces plus légères d'Emilie. Pliables, même. Xippas, son galeriste romand, accrochait ainsi en 2016 dans son local de la rue des Bains d’énormes morceaux de feutre, par endroits calciné. «C’était vraiment un accrochage sentant le brûlé!» La chose s’appelait «Books of Sleep». Il faut bien que chaque manifestation artistiques possède aujourd’hui un titre.

Emilie Ding devant ses oeuvres. Photo RTS.

En fait, dans ce qui tient vite davantage d’une conversation que d’un entretien, Emilie Ding se révèle drôle. Détendue. Bavarde. Elle ne se prend pas la tête, ni par ricochet celle des autres. La plasticienne ne récite jamais ce que les critiques ont dit d’elle. Elle ne jargonne pas. Avec elle, tout reste simple. Terre à terre. Un peu comme les briques de béton dont elle est en train de faire par superpositions des bancs chez Xippas, qui l’accueille à nouveau dès le 3 septembre. Il faut dire qu’à 39 ans, la native de Fribourg formée par la HEAD («à une époque où il n’y avait pas encore des Masters partout»), a pris de la bouteille. «Je ne suis plus ce qu’on appelle une jeune artiste. Une césure se produit en général vers 35 ans. C’est le moment où l’on réalise qu’on arrive au bout des bourses, des résidences et des distinctions réservées aux émergents.» La vraie carrière commence alors… ou ne commence pas. Pour Emilie, la situation semble plutôt favorable. On l’a vue dès 2012 au Kunsthaus d’Aarau. Une bonne maison. En 2014 elle se trouvait au Palais de Tokyo de Paris, où elle possède un galeriste en la personne de Samy Abraham. Puis à Artissima de Turin. A Dijon. Ce n’est pas une star, bien sûr, mais ses affaires progressent.

Vivre à Berlin

Chez Xippas, Emilie Ding montre aujourd’hui surtout des photographies collées sur des plaques d’aluminium. Du grand format, puisque nous sommes dans une galerie. Un mètre soixante de haut. Pour vastes appartements, donc. «Elles sont issues d’une résidence en Afrique du Sud, que j’ai réussi à étaler, non sans quelques acrobaties dues à mon visa, sur quatre mois. Le pays vous crée inévitablement des chocs sociaux. J’ai été fascinée par les anciens quartiers de bureaux chics, dont les immeubles se retrouvent aujourd’hui divisés en appartements pour une population très mélangée. J’ai feint de vouloir en louer un pour que, pilotée par des gardes, je puisse discrètement faire des photos avec mon téléphone. D’où le grain des tirages.» Aucun être humains sur ces images, qui peuvent évoquer les documents réalisés pour des agences d’architecte «en moins froid et moins parfait». Il faut tout de même savoir de quoi il retourne pour comprendre...

L'exposition des feutres en 2016 chez Xippas. Photo Annnik Wetter, Galerie Xippas, Genève 2020.

Si Emilie Ding retrouve des habitudes à Genève, elle n’y vit pourtant plus depuis longtemps. Comme d’innombrables créateurs européens, elle a trouvé sa place à Berlin. «C’est une question d’argent, bien sûr. Tout coûte bien moins cher dans cette ville. Mais il n’y a pas que cela. Je rencontre là-bas davantage de tolérance. Je n’ai pas l’impression que l’on va y cancaner derrière mon dos. Les gens me semblent plus ouverts. Plus bienveillants.» Reste qu’entre l’acceptation universelle apparente et la parfaite indifférence il n’y a parfois qu’un pas. C’est l’anonymat de la grande ville. Cette situation ne semble pas déplaire à Emilie. Une Emilie par ailleurs très mobile. A part cette année, l’art ne connaît pas (ou plus) de frontières. Même quand il faut des visas!

Pratique

«Emilie Ding», galerie Xippas, 6, rue des Sablons, Genève, jusqu’au 18 octobre. Tél. 022 321 94 154, site www.xippas.com Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 18h30, le samedi de 12h à 17h. Vernissages collectifs aux Bains le jeudi 3 septembre de 11h à 21h.

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