Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Eike Schmidt veut rouvrir les Offices de Florence le 18 mai. Urgence économique!

Florence ne vit presque plus que du tourisme, essentiellement culturel. Ce secteur doit se déconfiner, avec un public national. Pour le directeur, c'est tout à fait possible.

Les Offices, la nuit. ds ouvertures le soir?

Crédits: Wikipédia

Et si je vous donnais une bonne nouvelle? Même fausse? Même illusoire? Eh bien les Offices de Florence espèrent rouvrir le 18 mai! Je vous tire cela d’un entretien que leur directeur Eike Schmidt vient de donner à «Il Sole-24 Ore». Ce monsieur dont je vous parle souvent (mais que je n’ai jamais fait que croiser lors de la Biennale des Antiquaires locale de septembre 2019) est non seulement une heureuse nature, mais un hyperactif. L’homme peut donc se dire fin prêt. Il suffit selon lui de trouver des modalités compatibles avec la pandémie.

Les Offices forment un cas spécial. Je vous ai déjà raconté les queues devant cet établissement dans lequel je suis parvenu à entrer l’an dernier un mardi soir (ouverture nocturne exceptionnelle). Le lieu accueille près de trois millions de millions de visiteurs chaque année, mais avec une jauge très faible compensée par de larges tranches horaire. Il ne faut pas oublier que le bâtiment a été construit vers 1550 par Giorgio Vasari pour abriter l’administration grand-ducale. L’architecte ne pouvait pas prévoir que les hordes barbares piétineraient près de cinq siècles plus tard ses planchers fatigués. Il ne peut y avoir que 900 personnes à la fois dans un immense espace réparti sur deux étages. «Chaque visiteur dispose ainsi», explique l’Allemand de Florence, «de vingt-deux mètres carrés.» Tout cela pour des raisons qui restaient jusqu’ici de poids. «Il est bien sûr possible de descendre au-dessous de 900 suivant les exigences des autorités.»

Comme en 1970!

Reste le problème de l’entrée, engorgée comme il n’est pas permis à la belle saison. Eike Schmidt devra la «décongestionner». Il compte user pour ce faire un algorithme mis au point en collaboration avec l’Université de L’Aquila. Celui-ci servira à régler les flux. «Il ne faut pas oublier non plus que nous recommencerons sans la clientèle internationale. Il devrait y avoir au départ peu de monde. Par peur aussi.» Le directeur pense du coup que les audacieux (ou les imprudents) pourront bénéficier d’une expérience disparue du musée depuis un demi siècle. Celle d’un endroit à taille humaine, où il n’y a jamais de groupes compacts. Je confirme. La première fois que j’ai visité les Offices, il y a bien longtemps, on y entrait comme au tabac du coin avant le Coronavirus. Aucune attente. Jamais. La caisse. Le billet. Et on empruntait ensuite l’escalier.

Eike Schmidt devant le "tondo" de Michel-Ange. Photo Uffizi.

Il y a autre chose. Eike Schmidt pense que, quelle que soit la situation actuelle, il devient «très important de réactiver les lieux historiques alors même que l’épidémie n’est pas terminée.» En dépit de la «prudence» revendiquée, l’endroit devrait même offrir des expositions patrimoniales. Sans vernissages, bien entendu. L’une au Pitti (qui est jumelé avec les Offices) concernerait la peintre de fleurs et de fruits du XVIIe siècle Giovanna Garzoni (1600-1670). On sait à quel point une touche féministe est devenue importante de nos jours. Une autre présenterait des miniatures médiévales récupérées par la Tutela Patrimonio Culturale dei Carabinieri. Il est bon de montrer que cette police reste active pour récupérer les œuvres volées ou illégalement exportées. Herr Direktor aimerait aussi mettre en avant Giuseppe Bezzuoli. Alors là, je me suis senti largué! Sachez donc qu’il s’agit d’un peintre toscan peu connu du XIXe siècle.

Une économie locale paralysée

Il n’y a cependant pas qu’un pôle muséal en jeu. En ce moment, les villes italiennes les plus touchées par la disparition de tout revenu touristique, central pour leurs circuits économiques, sont Florence et Venise (sinistrée de plus par une inondation de l’«acqua alta» en novembre 2019). Ces cités ne peuvent pas se raccrocher à une autre branche. Leur production, même artisanale, a du plomb dans l’aile. Les fabriques les plus proches de Florence se situent aujourd’hui à Prato. Il s’agit de textile, et quasi toutes les entreprises de la ville se sont retrouvées en mains chinoises.

De toute manière, il n'y aura pas de coup de baguette magique. Il faudra selon l'Ente Nazionale Italiano del Turismo trois ans et demi pour que le tourisme puisse espérer revenir à son niveau de 2019. J'ai par ailleurs lu, dans le même quotidien «Il Sole-24 Ore», un appel des dirigeants économiques nord-italiens portant sur un sujet plus général. Ils pensent que faute d’un proche redémarrage, assumé coûte que coûte, le «cœur» industriel de Lombardie et de Vénétie risque de définitivement cesser de battre. Autant dire que l’heure n’est pas à l’optimisme…

P.S.1 Je sens que je vous fais souvent ces temps des recensions tirées de la presse internationale. Mais au moins moi je l’avoue, contrairement à certains. Cela dit, les journaux francophones me semblent avoir en ce moment de la peine à regarder autre chose que le nombril malade de leur lectorat.

P.S.2 Les «médiathèques, bibliothèques et petits musées» pourront rouvrir leurs portes en France dès le 11 mai «parce qu'ils peuvent fonctionner plus facilement en respectant les règles sanitaires», a précisé Edouard Philippe lors de la présentation de son plan de déconfinement mardi à l'Assemblée nationale. Je vous rapporte la chose à tout hasard. Rien n'est sûr. Outre Jura, nous restons dans le flou artistique.

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