Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ÉGYPTE/Les touristes désertent le pays, créant un chaos archéologique

Crédits: AFP

Il n'y a pas que le terrorisme et le fanatisme pour mettre le patrimoine culturel en danger. Une décision politique peut supprimer un bâti millénaire, comme quand la Chine a décidé (dans l'indifférence générale, là aussi) de raser le vieux Pékin. Une sur-utilisation se révèle destructrice. Cela vaut aussi bien au château de Versailles qu'à Pompéi, le site le plus visité d'Italie, où les subventions européennes n'arrivent comme par hasard jamais au but. Un monument historique s'use comme n'importe quelle autre construction. 

La sous-consommation peut aussi engendrer des effets dramatiques. C'est ce qui arrive dans un Moyen-Orient désormais diabolisé. La Jordanie (non touchée par des attentats) ou la Tunisie (qui l'a été, elle, plusieurs fois) doivent brader leurs voyages. La principale victime du report touristique reste cependant l'Egypte, déjà frappée par le passé, quand des Suisses avaient été massacrés à Louxor. Pour donner un simple chiffre, relayé par l'Agence France Presse, les billets d'entrée ont rapporté en 2015 environ 38,4 millions de dollars, alors qu'ils correspondaient encore à 220 millions de dollars en 2010. Et les chiffres de 2016, encore à peaufiner, s'annoncent encore pires...

Travaux reportés 

Or le patrimoine égyptien exige des soin permanents. Il faut non seulement payer les 38 000 employés de l'Administration des Antiquités, mais entretenir des monuments que l'on parlait naguère de fermer, tant la foule des visiteurs les abîmaient à la longue. Seules, les restaurations indispensables sont encore pratiquées. Les travaux du pharaonique (c'est le cas de le dire) Grand Musée Egyptien du plateau de Gizeh, commencés en 2002, se poursuivent au ralenti. Quelques salles devraient néanmoins ouvrir en 2018, grâce à de l'argent japonais. Et, si la synagogue d'Alexandrie ou l'église Abou Mena sont aujourd'hui en chantier, c'est grâce à une inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco. 

L'actuel ministre de la culture Khaled el-Enary aimerait ouvrir des sites rares, histoire d'attirer des curieux. Il a ainsi rendu au public les tombes de Nefertari ou de Séthi Ier. Zawi Hawass, son charismatique prédécesseur, prône pour sa part l'organisation de rentables expositions à l'étranger. Si les gens ne viennent plus en Egypte, que celle-ci aille à eux.

Un proche passé inquiétant 

Nul n'évoque dans ce texte d'agence des menaces politiques ou confessionnelles. C'est curieux comme personne ne parle plus du président islamiste Mohamed Morsi, destitué en 2013 et condamné en 2016, échappant de justesse à la peine de mort. Or, si mes souvenirs sont bons, c'est sous son «règne» que des extrémistes ont parlé de détruire le Sphinx et les Pyramides...

Photo (AFP): Les Pyramides ne font plus recette. Le nouveau musée, construit à côté d'elles, doit pourtant ouvrir partiellement en 2018.

Ce texte intercalaire accompagne celui sur le livre de Jean-Pierre Perrin, situé une case plus haut.

 

 

 

 

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