Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ÉDITO/Peut-on encore sauver le Musée d'art et d'histoire genevois?

Crédits: DR

Pondérés, argumentés, conciliants, les textes de Patrimoine suisse Genève et de l'Association pour l'étude de l'histoire régionale (voir articles plus haut) restent forcément optimistes. Ils partent de l'idée que le Musée d'art et d'histoire (MAH) reste sauvable. Contester ce postulat tiendrait du blasphème. Et pourquoi se battre depuis tant d'années pour une cause perdue? 

Et pourtant... Chaque année, le MAH semble descendre une marche de plus. On croyait le fond du trou atteint en 2015, puis en 2016. Il faut bien reconnaître que 2017 s'est montré encore pire avec la quasi fermeture du Rath, l'abandon des «salles palatines» (après une exposition paradoxalement consacrée aux musées du XXIe siècle!) et le terme mis à la revue scientifique «Genava». Tout se déglingue dans le bâtiment, et pas seulement pour ce qui tient à sa nature physique. Comment un directeur peut-il décourager toutes les initiatives de ses subordonnés, au bord de la dépression, au profit d'un «chantier des collections» tenant du mirage? Comment la Ville, autorité de tutelle, peut-elle laisser aller le MAH à vau-l'eau jusqu'à la noyade totale? Il ne suffit d'"afterworks" pour exister.

Un énorme effort 

Le musée peut-il dans ces conditions remonter un jour la pente? Difficilement. L'épreuve dure depuis trop longtemps. Ce n'est pas le projet (parfois délirant) de la Commission qui va suffire à arranger les choses. Il faudrait un sursaut unanime des gens du MAH, et surtout de sa tête supposée pensante. L'effort devrait de plus tenir sur le long terme. Il s'agirait d'avoir des idées, de les imposer et de les tenir. De convaincre surtout, alors que la mauvaise réputation du MAH s'est faite nationale, puis internationale. D'inconnue en France, par exemple, l'institution est aujourd'hui devenue «notorious», avec le sens bien particulier que les Anglo-saxons accolent à cet adjectif. Ce n'est pas Hodler qui va faire changer les avis en 2018. J'avoue par ailleurs davantage attendre des rétrospective que Berne ou Pully consacrera au peintre suisse pour les 100 ans de sa mort. 

C'est ailleurs qu'il faudra donc continuer à aller pour se faire agréablement surprendre. Genève dispose heureusement d'excellents établissements privés. Lausanne est bien partie avec un chantier de Plateforme10 en avance sur son calendrier. Berne, Bâle et Zurich, mais aussi Aarau (moins de 20 000 habitants!) ou Vevey, se montrent capables d'excellentes choses. Genève, qui possède sans doute le musée le mieux doté en subventions par rapport à sa surface, va inévitablement rester à leur traîne. Voire pire. On parle depuis deux décennies de «grand malade» à propos du MAH. Il serait à mon avis temps de changer le diagnostic. Ne s'agirait-il pas plutôt d'un moribond?

Photo (DR): Les bonnes questions...

Ce texte intercalaire a été précédé de deux autres articles sur le MAH.

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