Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

L'art pyrothechnique va-t-il bientôt disparaître en Suisse?

Les feux d'artifice polluent l'atmosphère. Oh, assez peu, mais nos édiles préfèrent regarder par le petit bout de la lorgnette. C'est moins dangereux!

Le ciel se charge en quelques minutes, d'où des interdictions.

Crédits: AFP

J'ai vu la nouvelle hier dans «Le Temps» (un journal que je ne lis pourtant jamais...) . Elle s'y voyait annoncée par le gros titre de la page d'ouverture. Les feux d'artifice sont-ils «en voie d'extinction», du moins en Suisse? Olten les a interdits pour le 1er août, jour de la Fête Nationale, ainsi que Stein, que j'ai fini par localiser en Argovie. Bâle va limiter ses éclats pyrotechniques, ainsi que Gland. Vous en imaginez bien sûr la raison. Le sort de la Planète est en jeu. Un rapport de l'Office fédéral de l'environnement a pourtant calculé que les dits feux ne participent qu'à deux pour-cent maximum aux émissions de poussières fines en Suisse.

Les verts et quelques socialistes (il en existe encore en Suisse, contrairement à d'autres pays européens) se félicitent bien sûr de cette mesure. Il s'agit aujourd'hui de trouver des alternatives à cette diabolique invention chinoise millénaire. Des projections lumineuses. Un ballet de lasers et de drones, même si ces derniers interpellent les consciences pour d'autres raisons. Une élue lausannoise interrogée par le journal montre cependant bien où la chatte a mal aux pieds. Ce que voudrait Sara Gnoni, c'est en réalité un acte de contrition. «Nous faisons face à une crise planétaire et nous continuons de faire la fête comme si de rien n'était.» Tirer des fusées rend selon elle plus difficile la prise de conscience individuelle, «alors même que la population doit se rendre compte de l'urgence de la situation.»

Technique millénaire

J'aurais deux choses à répondre. La première se situe dans le cadre de cette chronique. Le feu d'artifice est un art séculaire. Subtil. Après avoir séduit la Chine depuis la dynastie des Tang (VIIe-IXe siècles), il est arrivé en Occident avec la poudre autour du XIIIe siècle. Le feu constitue une manière plus pacifique de la faire parler que le canon. On peut considérer que la formule actuelle a pris son essor chez nous au XVIIe siècle. Il suffit de penser aux fêtes de Versailles, dont l'aspect, un peu magnifié sans doute, se voyait diffusé à travers toute l'Europe par la gravure. Ceci dit, le bon peuple avait aussi droit à ses réjouissances. Chaque mariage royal, chaque naissance prestigieuse, chaque traité de paix (victorieux, si possible) se voyait marqué par des chandelles romaines et des fusées. La technique des feux progressait au fil des décennies. Il faut cependant dire que ceux-ci restaient rares, alors qu'il n'y en aurait pas moins de 300 cette année pour le 1er août helvétique.

La seconde chose que je rétorquerai est d'ordre écologique. Il y a chez certains élu verts ou socialistes un goût certain de faire la leçon, pour ne pas dire d'emmerder le monde (j'ai failli utiliser un autre mot, ce que je n'ai pas fait même si la première occurrence de «chier» remonte au XIIIe siècle selon le «Petit Robert»). Ces gens s'attaquent toujours aux problèmes par le petit bout de la lorgnette. Il s'agit pour eux de se donner bonne conscience. De prouver leur grandeur d'âme. Je veux bien qu'on me prive de feux d'artifice comme on on punirait un enfant méchant en lui enlevant son chocolat. Mais pas au moment où on laisse easyjet décoller pour des voyages souvent absurdes des avions toutes les minutes de Cointrin. Pas à la saison où l'on pousse en toute impunité la «clim» dan les magasins, les hôtels et les bureaux. Pas à l'époque où règnent les emballages en plastique qui abritent parfois, ô horreur, des produits «bio». Pas au siècle où la crotte de chien, produit éminemment biodégradable, doit être mise dans un sachet qui met des siècles à se décomposer. Pas.... Mais que je crois que je vais arrêter là. La liste des problèmes auquel nul politicien ne s'attaque, parfois hélas par couardise, se révélerait interminable.

Un grand coup?

En ce 1er août, il eut peut-être fallu frapper un grand coup. Une réclamation d'envergure pour les Romands. Allez, soyons fous! On dynamite l'autoroute Genève-Lausanne. Comme ça, plus de voitures! Ce serait excellent pour le niveau des émissions de gaz. Air plus pur. Sol moins contaminé. Après tout, on fait de l'écologie, ou on n'en fait pas...

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