Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Dresde rouvrira en septembre son Semperbau et les appartements de la Residenz

Le premier montrera l'une des plus belles collections de peintures anciennes du monde, réaménagée. Le seconds seront une restitution à l'identique de lieux détruits par les bombardements de 1945.

Le "Ganymède" enfant de Rembrandt. Il urine de peur.

Crédits: DR

C'est souvent par le biais d'une information qu'en en obtient une autre. Par hasard. De manière imprévue. La nouvelle se découvre en lisant un peu attentivement le texte soumis sur un autre sujet. Je viens ainsi de recevoir un communiqué de la TEFAF de Maastricht. «La plus prestigieuse foire d'art et d'antiquités du monde» (c'est elle qui parle) se déroulera en 2019 du 16 au 24 mars au MECC. Elle comprendra comme d'habitude environ 280 exposants. Il y aura à l'instar des autres années une exposition non commerciale, toujours proposée au premier étage. Là où se trouve TEFAF Paper, qui propose des dessins, des gravures et des photos. Il s'agit là d'une grande vitrine qui a déjà permis de voir des œuvres rares, ou peu vues depuis longtemps.

C'est donc à que j'en viens. Le sujet de l'année sera Dresde, qui enverra 23 pièces dont le célèbre «Ganymède» où Rembrandt nous montre, au lieu d'un jeune berger canon, un enfant soulevé par un aigle et pissant de trouille. Il y aura aussi des porcelaines (de Saxe, bien sûr!) et du mobilier d'apparat. Il s'agira là d'une sorte de «teaser». En septembre 2019 rouvriront les grands appartements du château de Dresde, détruits en février 1945 par le bombardement meurtrier que l'on sait. La date n'a pas été choisie par hasard. Ces lieux avaient été inaugurés en septembre 1719 sous le règne d'Auguste le Fort, qui fut parallèlement roi de Pologne. L'homme qui a lancé la première grande manufacture de porcelaine d'Europe en 1709. Les objets sauvés ont été répartis après la guerre entre la Rüstekammer, la Porzellansammlung et le Kunstgewerbemuseum.

Vingt-deux ans de réflexion

C'est en 1997 que le Land de Saxe a pris la décision d'entreprendre ce qui constitue davantage une reconstitution qu'une restauration. Il s'agissait d'accomplir un nouveau pas pour rendre à la Residenz sa splendeur, les premiers ayant été accomplis du temps où la DDR restait sous étroit contrôle soviétique. On sait que, comme Hiroshima, Dresde reste un point politiquement très sensible. Le Zwinger des années 1720 a ainsi été restitué entre 1945 et le milieu des années 1960. Une priorité. Le Semperoper a été rebâti à l'identique à partir de 1977, en utilisant au mieux des pierres qui avaient été classées une par une, à partir des ruines, en 1952. La Frauenkirche et tous les immeubles avoisinants du XVIIIe siècle ont été refaits méthodiquement de 1994 à 2005, avec une souscription populaire. En 2006, le Grünes Gewölbe a rouvert ses portes avec les trésors des rois de Saxe, confisqués par les Soviétiques de 1945 à 1958. Et l'on ne compte plus les efforts privés pour rendre à la «Florence du Nord» sa splendeur ancienne. Cela même si un pont moderne sur l'Elbe, quelque peu disgracieux, a valu à la cité de se voir retirée de la liste du Patrimoine de l'Unesco en juin 2009.

La Residenz ne sera pas seule à rouvrir en septembre prochain. Après plusieurs années de travaux, le Semperbau rouvrira ses portes avec des collections de peintures anciennes redéployées. Il y aura là une présentation à la fois thématique et historique. Elle remplacera l'ancien accrochage, dans mes souvenirs bien poussiéreux. Rappelons que cette collection, formée au XVIIIe siècle, demeure l'une des plus importantes d'Europe, avec ses cadres rococo uniformément dorés. Elle a moins souffert des bombes de la dernière guerre que celle de Berlin. Son noyau est formé par l’ensemble vendu par en 1745 par les ducs de Modène, ruinés. Sont ainsi parties pour l'Allemagne des toiles comme la «Madone Sixtine» de Raphaël, qui resta longtemps l'un des plus célèbre tableaux du monde, avec ses deux angelots du premier plan. Le Semperbau abritera aussi désormais de la sculpture afin de pouvoir «proposer des dialogues».

Le château de Berlin à bout touchant

La chose me fait penser de vous dire qu'à Berlin la reconstruction du château avance. Mais peut-être vous l'ai-je déjà raconté. Ce colossal bâtiment, construit au XVe siècle, complètement refait à l'âge baroque, puissamment agrandi à la fin du XIXe et dynamité par les communistes en 1950, en arrive à la fin du gros œuvre. Rappelons qu'il s'agit uniquement d'en restituer la seule façade, alors que tout l'intérieur de la Frauenkirche a été refait à l'identique, fresques comprises. L'inauguration berlinoise devrait (conditionnel) avoir lieu cet été. Il y aura sans doute du retard, même si nous sommes en Allemagne.

Le château de Berlin, bombardé puis dynamité en 1950, est aujourd'hui presque entièrement reconstruit. Photo Site des châteaux berlinois.

Et la Charte de Venise dans tout cela, me direz-vous? N'interdirait-elle pas par hasard de reconstruire des bâtiments détruits? Oui, mais il y a une exception prévue pour les édifices identitaires, dont le Schloss berlinois et la Frauenkirche de Dresde font à coup sûr partie. Et puis, soit dit entre nous, la Charte de Venise, on s'en fout un peu. A juste titre, du reste. Seul compte le résultat. Cela dit, je dois confesser que les Germaniques sont moins doués dans la réfection que les Italiens. Avec ces derniers, distinguer le vrai du faux devient vraiment difficile. Mais après tout, dans une cathédrale soit disant médiévale, combien y a-t-il encore de pierres du XIIe ou du XIIIe siècle, à force de travaux? Je me le demande parfois.





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