Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Dresde a reconstitué son appartement de parade, créé en 1719 dans le Château

Il ne restait plus rien de ce décor en 1945, sauf des meubles, des objets et des porcelaine. Il s'agit là d'une reconstitution presque complète.

L'une des salles refaites avec le plafond d'après Louis de Silvestre.

Crédits: Schloss, Dresde 2019.

Seules les mauvaises nouvelles méritent de se voir publiées. Tout le monde sait cela. La vie médiatique tient du drame permanent. Du sang et des larmes.Ainsi en va-t-il pour Dresde. Vous avez sans doute lu partout que la «Voûte verte» (ou «Grünes Gewölbe») de son Palais royal avait été victime d’un grave cambriolage le 25 novembre. Des bijoux historiques ont disparu. Sans doute définitivement. Un désastre historique.

Ce que les journaux,en tout cas francophones, n’ont pas dit, c’est que quelques semaines auparavant, le même Schloss avait rouvert ses appartements de parade. Ils avaient été conçus au moment du mariage du«Kronprinz» (prince héritier) Frédéric Auguste, le fils d’Auguste le Fort, avec Marie-Josèphe de Habsbourg (1). Un décor fabuleux conçu par Matthaüs Daniel Poppelmann et Raymond Leplat en1719. Cet ensemble reflétait la visite faite par Auguste le Fort jeune au Versailles de Louis XIV. Comme l’explique «Il Giornale dell’arte» de décembre, que je suis en train de piller, cette suite de salons installés au deuxième étage n’a jamais été occupée par le jeune couple. Il s’agissait d’un décor dynastique conçu pour prouver à l’Empire romain-germanique entier la grandeur de la Saxe. Il y avait ainsi une salle de bal, celle abritant la collection de porcelaines, la salle des banquets et celle du Trône. Il fallait en mettre plein la vue.

L'habit d'or

Tout cela avait disparu lors de l’épouvantable bombardement anglo-américain de février 1945. Tout, sauf les meubles, des objets, des tapisseries et les fameuses céramiques mis à l’abri. Il est étrange de constater que si le château lui-même n’était plus qu’un amas de ruine à la fin de la guerre, la garde-robe du prince héritier (dont son habit brodé et rebrodé d’or) a été sauvée. Fallait-il reconstruire le tout? On sait que les chartes patrimoniales demeurent très réticentes à ce sujet. Mais Dresde reste un point sensible pour les Allemands, qui ont rebâti leZwinger, un immense complexe rococo, dès les années 1950. La restitution de la Frauenkirche, financée par des privés après la réunification, a tenu plus tard de l’épopée. Avec une réussite brillante certes. Mais dans le genre réfection, les Italiens ont toujours mieux fait que les Germaniques.

Un des autres salons. Flambant neuf! Photo Schloss, Dresde 2019.

La question de l’appartement de parade, qui venait après celle du «Grünes Gewölbe», s’est posée dès 1997. Jusqu’où pouvait-on aller dans le pastiche? Il aura fallu vingt ans pour répondre. C’est en2016 que les travaux, menés par la Saxon Property and Construction Management, ont débuté. Il y avait comme base des gravures d’époque, plus 34 photos prises en Agfacolor entre 1942 et 1944.Ces dernières ont permis de créer des copies d'après les plafonds disparus. Ils avaient été exécutés à l’époque par Louis de Silvestre, en poste à Dresde. Mais n’est-il pas un peu délicat de créer de fausses peintures pour encadrer de vrais tableaux et meubles? Non pour le directeur Dirk Syndram. «On prenait évidemment un risque.Le résultat aurait pu apparaître horrible. Mais après tout, il ne faut pas oublier que nous n’étions pas ici face à la Chapelle Sixtine. Ce que Sylvestre faisait à l’époque, c’était de la pure décoration. Je pense que nous en avons bien donné l’idée.»

La Sempergalerie rouvre

Tout cela a coûté cher, bien sûr. Mais la reconstruction du château de Dresde, comme de celui de Berlin dynamité par les Soviétiques en 1950, tient de la réparation morale. On a donc pu dépenser sans sourciller dans l’ex-Florence de l’Elbe 340 millions d’euros fournis par le gouvernement fédéral et l’Administration régionale de la Saxe. Du reste, les coûts continuent de grimper. En ce mois de décembre, et je rejoins ici l’actualité, Dresde offre la réouverture de la Sempergalerie datant, elle, du XIXe siècle. Elle abrite l’une des plus belles collections de tableaux du monde, restituée par les Russes en 1958. Les rois de Saxe l’avaient acquises au XVIIIe siècle des ducs de Modène, complètement ruinés. Il y a aussi bien là ,dans d’identiques cadres sculptés et dorés, Raphaël que Giorgione ou Vermeer. Déjà reconstituée à partir de presque rien au temps de la DDR, la galerie avait besoin d’une complète restructuration.

(1) Les fêtes ont duré pendant tout un mois.

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