Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Douze expositions à voir en Suisse. Mon libre choix pour février parmi les choses vues

Certaines viennent de débuter. D'autres n'ont plus que quelques heures à vivre. Que voir de Genève à Zurich? De tout. Mais c'est Bâle qui a l'offre la plus intéressante.

La Maison d'Ailleurs d'Yverdon place le visiteur au centre de l'exposition.

Crédits: Blindung

Il est temps pour les récapitulatifs. Certaines manifestations vont fermer leurs portes ce dimanche soir. D'autres viennent d'ouvrir les leurs. C'est un peu comme dans un film d'Ingmar Bergman, où une naissance vient équilibrer un décès. Pour ce panorama suisse, je vous propose comme toujours mes six expositions préférées et six autres qui constituent pour moi des choix raisonnés. J'ai renoncé aux pires. Je n'ai rien vu qui m'ait semblé horrible ces derniers temps. Il y a juste des accrochages ennuyeux. Alors pourquoi vous ennuyer avec eux?

Mes six expositions préférées

«Füssli» au Kunstmuseum de Bâle. Le musée a placé son choix dans l’œuvre du plus anglais des peintres helvétiques sous le signe du théâtre et du drame. Il y a Shakespeare. Il y a Milton. Plus des légendes nordiques auxquelles dont je ne connais pas grand chose. La grandiloquence s'est vue élevée par le Zurichois au niveau de grand art dans les années 1780-1820. Très belle présentation sur fond violet ou jaune sable. Jusqu'au 17 février, www.kunstmuseumbasel.ch

Füssli à Bâle, Une réussite. Photo Kunstmusuem, Bâle 2018

«Pôles, Feu la glace» au Museum d'Histoire naturelle de Neuchâtel. L'exposition écologique de l'année, menée avec goût et intelligence. Il s'agissait d'expliquer aux visiteurs les théories climatiques de Milutin Milankovic comme de montrer des animaux empaillés. Histoire de rappeler que si les ours blancs sont au Nord, les manchots vivent eux au Sud. Le tout sans les perdre sous un flot d'explications. Pari réussi. Jusqu'au 18 août, www.museum-neuchatel.ch
«L'exposition dont vous êtes le héros» à la Maison d'Ailleurs d'Yverdon. Unique en Suisse, le lieu embarque aujourd'hui son public dans le monde du ludique personnalisé. Chacun dispose d'une tablette et suit les parcours de son choix. Il y a là de nombreux jeux vidéo suisses. Pour tout voir, il faut revenir plusieurs fois. Marc Atallah a  imaginé une quantité d'itinéraires possibles que chacun peut aménager à son gré. Jouer, c'est aussi tricher. Jusqu'au 27 octobre, www.ailleurs.ch
«Pattern Decoration & Crime» au Mamco de Genève. C'est l'ultime moment pour découvrir cette exposition coproduite avec le Consortium de Dijon. Elle se penche sur un mouvement américain des années 1970. Sans programme défini, ses membres revenaient non seulement à la peinture, mais à ce décoratif stigmatisé par Adolf Loos dès le début du XXe siècle. D'où la réhabilitation d'arts «mineurs» comme le textile ou la céramique. Jusqu'au 3 février, www.mamco.ch
«Tardi» au Cartoonmuseum de Bâle. Le Français, qui vient de sortir le troisième tome de «Stalag IIB», reste l'un de plus grands noms actuels de la bande dessinée et de l'illustration. Né en 1946, l'homme a construit un œuvre qui se conjugue presque entièrement au passé, avec des thèmes noirs. Guerres de 1914 et de 1939. Romans de Céline. «Adèle Blanc-Sec» n'est pas bien joyeuse non plus. Le musée bâlois présente de lui 200 planches originales jusqu'au 24 mars, www.cartoonmuseum.ch
«Oskar Kokoschka» au Kunsthaus de Zurich. Le musée a hésité avant de montrer à nouveau l'Autrichien, qui a passé toute la fin de sa longue vie sur les bords du Léman. A tort! Le peintre se titre bien d'affaire. Si la cause est entendue pour ses débuts aux côtés de Klimt et de Schiele, il fallait pourtant réhabiliter la suite. Elle va des paysages urbains des années 1920 et 1930 au néo-baroque des grande décorations de la fin. Jusqu'au 10 mars, www.kunsthaus.ch 

Mes six choix raisonnés

«Emil Nolde» au Zentrum Paul Klee de Berne. Les expositions dédiées au plus sauvage peut-être des expressionnistes allemands demeurent rares. Il faut dire que tout l’œuvre, ou presque est concentré dans sa fondation de Seebüll, avec laquelle il fut s'entendre. Bien qu'artiste dégénéré, l'homme faisait en plus partie du parti nazi. D'où des réticences qu'ont ici levées son amitié continue avec Paul Klee, qui ne partageait pas ses idées. Jusqu'au 3 mars, www.zpk.org
«Artgenève». La grand messe locale, avec plein de galeries venues de la ville même, mais surtout d'ailleurs en Suisse et d'assez loin à l'étranger. De nombreux stands sont occupés par des lieux non commerciaux. Il y a de vraies expositions. Des livres. Des animations. La foire que gère Thomas Hug a même vu pousser un face, à la Villa Sarrasin, «Get a Nerve». Avec cet anagramme, Artgenève possède désormais son «off». Jusqu'au 3 février, www.artgeneve.ch
«Gustave Revilliod» à l'Ariana de Genève. Mort en 1890, le Genevois a légué à la Ville les 30 000 objets qu'il avait collectionnés. Il avait fait construire pour eux, par Jacques-Elysée Goss, le bâtiment les abritant. Genève se devait de lui rendre une fois hommage. C'est fait avec un choix d’œuvres bien sûr très sélectif et un énorme, très lourd et très cher livre d'accompagnement. Il fallait faire briller toutes les facettes d'un personnage complexe. Jusqu'au 2 juin, www.ariana-geneve.ch

"The Bayswater Omnibus" de George William Joy à l'Hermitage.


«Peintures anglaises, de Turner à Whistler» à l'Hermitage de Lausanne. La Grande-Bretagne constitue aussi une île sur le plan pictural. Presque rien avant le XVIIIe. Une floraison éblouissante depuis les années 1750, sans lien ou presque avec le Continent. Est ici pris en considération le XIXe, qui reste celui des paysagistes, des peintres animaliers, des préraphaélites et des Américains de Londres comme Whistler et Sargent. Jusqu'au 2 juin, www.fondation-hermitage.ch
«Le jeune Picasso» à la Fondation Beyeler de Bâle. Après le Musée d'Orsay à Paris, la Suisse alémanique. Il y a là environ 80 pièces pour représenter moins ce débutant de 20 ans que demeure l'Espagnol en 1901 que les périodes rose et bleue. Longtemps les favorites du public, parce que le maître restait encore classiquement figuratif. L'ensemble est magnifique, mais c'est pour beaucoup une redite. Orsay a accueilli 670 000 personnes. Et la présentation se révèle de plus glaciale. Du 3 février au 25 mai, www.fondationbeyeler.ch
«Prochaine arrêt Nirvana» au Museum Rietberg de Zurich. Cette exposition sur le bouddhisme possède deux visages. Les uns viennent pour un cheminement historique et spirituel. Les autres en raison des œuvres présentées. Beaucoup de ces dernières sortent des réserves du Rietberg, très riches en art asiatique. La pièce de résistance a pourtant été empruntée à Peshawar. Il s'agit d'un énorme Bouddha en schiste de type Ganhara du IIe ou du IIIe siècle. Jusqu'au 31 mars, www.rietberg.ch

P.S. Tiens, je viens de me rendre compte que j'ai oublié Big Pictures au Kunsthaus d'Aarau. Il s'agit bien sûr là de montrer des pièces surdimensionnées. Comme nous sommes à Aarau, la plupart d'entre elles sont suisses et contemporaines. Jusqu'au 28 avril, www.aargauerkunsthaus.ch 

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